BLAISE PASCAL.

Blaise Pascal.

BLAISE PASCAL.

Généralités sur l’oeuvre de Pascal. 

  Blaise Pascal a exercé sur des générations de penseurs une influence et une fascination mais il n’eut jamais des disciples. Sa particularité c’est d’avoir une place importante tout en restant solitaire. Le contraste est grand avec Descartes, son ainé et contemporain car il existe un « cartésianisme » comme système de pensée et une lignée de penseurs « cartésiens » qui prolongent sa philosophie mais non un « pascalisme ».

  Descartes part de principes qui à ses yeux s’imposent d’eux même comme vrais. A partir de ces principes, il déduit des conséquences vraies au moyen de ce qu’il appelle  » la chaîne des raisons » . Pascal au contraire critique l’idée même de principe et refuse de déduire des vérités de prétendues évidences premières. Il  fait se confronter des points divergents sans aboutir toujours à un résultat logique.

  Pascal se méfie des principes. Pascal distingue des registres, des types de vérité qui correspondent à des expériences distinctes, constituant des univers différents. – Dans l’ordre du corps, les grandeurs sont visibles. Leurs différences sautent aux yeux : tel homme à plus de force physique, plus de richesse ou de propriétés que tel autres : la puissance financière et le pouvoir social se voient. – Dans l’ordre de l’esprit, c’est différent : des grands savants son pauvres, des génies ne paient pas de mine : leur puissance intellectuelle ne se voie pas, c’est seulement avec les « yeux de l’âme » qu’on peut les discerner, par l’intelligence. Mais cette distinction entre ce qui est visible aux yeux et ce qui est visible par l’intelligence n’épuise pas les registres de vérité. Pascal ajoute – l’ordre du coeur qui est pour lui décisif : c’est l’amour du prochain, la compassion, la charité, les grandeurs spirituelles et non pas seulement intellectuelles et physiques. Il y règne les Saints et le Christ comme modèle absolu et grandeur suprême.

  Les trois registres précités sont radicalement disjoints.On ne peut voir avec les yeux du corps ce que l’on voit avec l’esprit, ni ce que l’on ressent avec le coeur avec les deux autres. Voilà ce que Pascal change dans les conceptions philosophiques de la vérité : il y introduit des registres incommensurables et accorde la place à l’intuition, au coeur à ce qui est senti bien plus que ce qui est conçu intellectuellement. Puis il affirme la supériorité décisive de l’ordre du coeur. Le registre de la charité, de la ferveur, de la foi l’emporte sur tout autre.

La vie de Pascal. 

  Blaise Pascal est né le 19 juin 1623 à Clermont Ferrand et est mort le 19 août 1662 à Paris. Pascal est un mathématicien, physicien, philosophe, moraliste et théologien français.

 Pascal perd sa mère, Antoinette Bégon, en 1626, il a seulement 3 ans. Il est élevé par son père Etienne Pascal (1588-1651) qui reste très attentif à son fils. Le père de Pascal est juge local et membre de la petite noblesse. Pascal a deux soeurs.

En 1631,  Etienne se rend avec ses enfants à Paris et décide d’éduquer son fils. Pascal signale précocement des capacités mentales et intellectuelles qui se remarquent. A 11 ans Pascal publie son premier travail de mathématiques, un Traité des sons. A 12 ans en 1635, il commence à travailler seul sur la géomètrie et découvre que la somme des angles d’un triangle est égale à 180 degrés.Son père réagit en interdisant à son fils de poursuivre ses études sur les mathématiques jusqu’à ses 15 ans afin qu’il puisse étudier le latin et le grec. A 16 ans, il achève son Essai sur les coniques où il résoud plusieurs questions centrales pour les mathématiques de l’époque.

  Pascal se distingue par sa méthode. En effet, Pascal est capable de construire pour chaque objet de ses recherches une méthode spécifique. La démarche consiste à déduire toutes les vérités particulières à l’aide de principes généraux toujours identiques. Pascal suit le chemin inverse à celui habituel. Il part des problèmes qu’il rencontre comme celui des coniques et construit la méthode qui convient – pour ce problème et non pas pour tous. Il découvre ainsi que tous les coniques s’inscrivent dans un hexagramme qu’il dénomme  » hexagramme mystique. »

  En 1638, Etienne son père quitte Paris pour échapper à la Bastille mais un compliment bien tourné dit par sa fille devant Richelieu fait qu’il obtient sa grâce. En 1639, la famille s’installe à Rouen. Son père devient Commissaire délégué du Roi pour la collecte de l’impôt et la levée des tailles.

  A 18 ans, en 1641, Pascal construit une machine à calculer capable d’effectuer des additions et des soustractions afin d’aider son père dans son travail. Ce fut un échec commercial à cause de son coût élevé (100 livres) Pascal améliore cette machine pendant 10 ans. De plus en1642, Pascal publie « Essai pour les coniques ».

  Dès sa 18 ème année, Pascal subit un mal nerveux qui le laisse rarement un jour sans souffrance. En 1647, une attaque de paralysie l’atteint et il ne peut plus bouger sans ses béquilles. Il a de forts maux de tête, de ventre, mal aux jambes et ses pieds sont continuellement froids.

   Pascal est aussi un physicien, un expérimentateur, capable de dépasser les préjugés de son temps. Il confirme l’existence du vide, refait les expériences de Torricelli en 1646, établit l’existence de la pression atmosphérique. Il a clarifié les concepts de pression et de vide en étendant le travail de Torricelli. En 1647, il publie  » Expériences nouvelles touchant le vide  » et  « Récit de la grande expérience des liqueurs », en 1648.

   » La première conversion » de Pascal à la chrétienté à 23 ans, le rapproche de la foi et aussi de la communauté de Port-Royal. Mais il n’envisage pas, ni de mettre un terme à ses travaux scientifiques, ni de se retirer du monde.

  De 1648 à 1654, Pascal s’éloigne de la religion. Il vit ce qu’il appelle  » une période mondaine ».

  Son père meurt en 1651. Pascal se trouve riche et libre. Il prend une maison somptueuse avec des domestiques et se fait conduire à Paris dans un carrosse tiré par 6 chevaux.

  En 1654, il écrit son « Traité du triangle arithmétique ». Pour son ami, passionné par le jeu, va naître la théorie mathématique des probabilités et la notion  » d’espérance mathématiques ».

  Après son expérience mystique de la nuit du 23 novembre 1654, qui marque sa « seconde conversion » ses perspectives changent. Peu après cette nuit décisive Pascal choisit de se retirer du monde. Il se consacre à la réflexion philosophique et religieuse. Mais retiré du monde Pascal intervient encore davantage. Il se transforme en polémiste, en pédagogue, en prédicateur. Il prend position en faveur des jansénistes de Port-Royal contre les jésuites ou dominicains et il rédige en 1656-1657, sous le pseudonyme de Louis Montalde, 18 lettres connues sous le titre  » Les Provinciales ». Il adopte ici le point de vue d’un honnête homme qui cherche à comprendre la querelle. Pascal s’emploie à montrer combien les griefs et les reproches formulés à l’encontre des  » Messieurs de Port-Royal » sont injustes et infondés.

  Pascal se montre redoutable dans le choix de ses arguments, son habileté et la qualité de son écriture. Il montre l’esprit brillant d’un homme du monde. Ces lettres ont été publiées en 1657 par Pierre Le Petit. Elles choquent Louis XIV qui commande en 1660 que le livre soit déchiqueté et brûlé. Mais de nombreux exemplaires sont déjà vendus. Et l’on continue à lire et à commenter  » Les Provinciales », plus de 3 siècles et demi plus tard, en littérature française. Pascal y a une écriture rapide et fièvreuse, ramassée et puissante, concise et déliée. Pascal est ainsi considéré comme un grand auteur de la langue française. Il publie aussi en 1657, « De l’esprit géomètrique et de l’art de persuader ». Il publie « Histoire de la roulette » en 1658, « L’art de persuader » en 1660.

Une apologie particulière, les Pensées. 

  On retrouve la qualité de l’écriture de Pascal dans « Les Pensées ». Ce ne sont que des ébauches, parfois des brouillons d’un ouvrage interrompu par la mort. Pascal y a consacré les dernières années de sa vie. Malgré la dégradation de sa santé, il prend une multitude de notes pour construire ce qui devait être « Vérité de la religion chrétienne », un livre de ferveur et de combat destiné à convertir les plus libertins.

  Son intention est de ramener les égarés dans le chemin du salut et de leur faire connaître la foi. Comment leur faire rencontrer Dieu et le Christ, telles sont les tâches qui apparaissent en premier lieu comme insurmontables. Pascal pour se justifier va mobiliser toutes les expériences qu’il a acquises au cours de sa vie. Il mobilise toutes ses ressources intellectuelles et sa sensibilité. Il reprend et revisite bien des moments antérieurs de sa vie. Il mesure, résume et transforme une bonne partie de ses reflexions scientifiques mais également politiques et philosophiques antérieures.

  Pascal rassemble une multitude de points de vue existant réellement afin que le lecteur puisse s’identifier à telle ou telle position qui sera au départ la sienne. Pascal va ainsi susciter chez le lecteur un trouble. Il montre comment les vérités philosophiques sont à la fois solides et fragiles puis fondées mais partielles.

  Dans les Pensées comme déjà dans « l’Entretien avec Monsieur de Sacy sur Epictète et Montaigne », publié bien après sa mort, l’opposition entre deux positions philosophiques fondamentales est mise en scène. Epictète, le sage stoïcien, voit la grandeur et la dignité de l’homme. Montaigne souligne son insuffisance, sa faiblesse, ses limites, son indignité. Pour Pascal chacun s’attarde sur quelque chose que l’autre ne voit pas. Il est impossible qu’ils se complètent puisqu’ils s’opposent radicalement.

  Pascal invente ici un regard nouveau. Chacun de ces discours contient un point de vue profondèment légitime. Il existe une cohérence interne du scepticisme, une autre du stoïcisme. Chacun de ces discours dit aussi quelque chose de la condition humaine, grande et misérable, digne et indigne. C’est à partir de ce jeu interchangeable que Pascal propose une solution qui sort du cadre purement logique. Seule la Révélation, l’ordre du coeur, la vérité révélée par Moïse puis par le Christ  peuvent permettre de comprendre le statut à la fois digne et indigne de l’être humain.

  Pascal ébranle les convictions de chacun par un perpétuel « pour » et « contre ». Le but est de construire un piège dont on ne s’échappe pas. On doit finir par avoir recours à une vérité supérieure, située dans un autre registre que celui du discours.

L’invention du point de vue, les Pensées.  

  La main de Pascal est souvent trop visible  et trop prête à pousser le lecteur vers la ferveur chrétienne. Est-ce un motif pour dénier à cet auteur le titre de philosophe, au nom de l’indépendance de la raison et la séparation de la philosophie et des églises?

  Le projet conduit à donner à la Révélation, à la foi, à la réalité chrétienne la primauté sur la philosophie.  En revanche son apport philosophique est tout autre. Pascal a établi qu’il existe des points de vue repérables sous la forme de discours dont il faut comprendre la vérité interne et avoir compris que ces points de vue disparates ou contraires peuvent se relier.

  On pourrait dire que Pascal anticipe ce que Liebniz, Nietzsche et Foucault diront. Il n’existe pas de vérité unique démontrable et immuable mais des points de vue, des discours qui se combattent et s’inscrivent les uns comme les autres dans des perspectives plus vastes.

 En 1659, la maladie de Pascal s’aggrave. Pascal a des convulsions. Pascal est mort  2 mois après son 39 ème anniversaire, alors qu’il a été malade toute sa vie, sujet à des migraines violentes, avant d’avoir terminé « Les Pensées » et mis en ordre ses brouillons.  Ce texte se présente sous la forme d’environ 993 fragments. Mais on ignore la forme définitive qu’aurait eu cet ouvrage, les textes qui auraient été supprimés ou modifiés ou laissés en l’état.

  Il existe des indices, des plans laissés par Pascal, des liasses où il avait regroupé des feuilles. Pascal est mort en 1662, la première édition « des Pensées » est publiée en 1670 à titre postume. Les lignes de force , le dessein d’ensemble changent selon l’assemblage. Selon la manière dont on les rapproche ou les éloigne, leur signification peut varier.

  Qu’il s’agisse de notre place dans l’univers, de notre interrogation sur la mort ou des signes artificiels du pouvoir, les limites du savoir ou les richesses du coeur, le monde de Pascal est à explorer. Ses écrits sont devenus très vite une des pièces maîtresse de la littérature française.  Pascal est considéré comme l’un des auteurs les plus importants de la période classique française.

Texte écrit et publié par Chantal Flury le 26 Mars 2009. background-2008_039.jpg 


Archive pour mars, 2009

AUGUSTE COMTE.

 Lithographie de Comte par Tony Touillon 

AUGUSTE COMTE.

  Auguste Comte (Isidore, Marie, Auguste, François, Xavier Comte) est né à Montpellier le 19 janvier 1798 et mort à Paris le 05 septembre 1857. Il est inhumé au cimetière du Père Lachaise.

  Auguste Comte était un philosophe positiviste français. Il est aussi considéré, en France, comme le fondateur de la sociologie. Il s’appuie sur les sciences dites « positives » aujourd’hui appelées « exactes ou dures » pour définir des lois d’organisation sociale.

  Il étudie au lycée de Montpellier. Il perd la foi à l’âge de 14 ans. Il rentre ensuite à l’Ecole polytechnique.

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  Auguste Comte est l’inventeur du  » positivisme  » terme que l’on voit apparaître dès 1834 dans son Cours de philosophie positive et d’une nouvelle science la « sociologie » qui apparaît également dans ce cours en 1838.

  Sa philosophie voulait rompre avec le scientisme de son époque en subordonnant les constructions de la raison aux mouvements du coeur. Elle voulait éliminer la conception de la divinité à celle de l’humanité.

  Il est admis dans les premiers à l’Ecole Polytechnique en 1814, à l’âge de 16 ans. Il est exclus 2 ans plus tard pour sa participation à une révolte d’élèves. En effet, à la Restauration, en 1816, toute sa promotion est congédiée pour manque de discipline par le Comte de Vaublanc. Il vit alors de leçons de mathématiques lorsqu’il rencontre le Comte de Saint Simon (Claude Henri de Rouvroy, Comte de Saint Simon) dont il devient secrétaire particulier en 1817 jusqu’à leur séparation, en 1824, à la suite d’une dispute orageuse.

  En 1825 il rencontre Caroline Massin une ancienne prostituée qu’il épouse suite aux intances de sa mère. Il aura un enfant avec elle dont il ne s’occupera jamais.

  La mauvaise conduite de sa femme l’entraîne dans une grave dépression et il fait un séjour de 8 mois à l’hôpital d’Esquirol.

  Il publie à cette époque des écrits sur la réorganisation de la société et ouvre en 1826 un cours de philosophie positive qu’il donne à son domicile devant un auditoire de savants.

  Après une tentative de suicide en 1827, il continue ses cours de philosophie positive. Il publie les 4 volumes composants ce cours entre 1830 et 1842. C’est la 1ère phase de sa pensée que l’on appelle positivisme scientifique ou positivisme philosophique. Il est nommé répétiteur d’analyse et de mécanique à l’Ecole polytechnique en 1832 mais il ne sera jamais élu à une chaire de mathématiques. De plus, on lui retira son poste d’examinateur d’entrée à Polytechnique,  qu’il avait obtenu en 1836 puis celui de répétiteur.

  John Stuart Mill organise une souscription en sa faveur afin qu’il sorte de ses difficultés financières.

  Auguste Comte divorce en 1842 et rencontre Clotilde de Vaux en donnant des Cours de Mathématiques, en octobre 1844. Clothilde est la soeur d’un de ses élèves et il établit avec elle une relation passionnée et platonique. Mais en 1846, Clotilde meurt de tuberculose et Auguste Comte infléchit son système dans le sens d’une exaltation religieuse vouée au sentiment, à la femme et à l’humanité. C’est l’amour qu’il porta à Clotilde qui bouleversera sa conception de la philosophie et de l’histoire. Il dit qu’il lui voue un culte qu’il qualifie de fétichisme.

  A la suite, il crée un cours public sur l’évolution de l’humanité en 1847 et publie les années suivantes son Discours sur l’ensemble du positivisme qui servira à l’écriture de son second traité, le Système de politique positive, publié de 1851 à 1854, un catéchisme positiviste en 1852 ainsi que la Synthèse subjective en 1856. C’est la deuxième phase de sa pensée que l’on appelle quelquefois le positivisme religieux .

  Au niveau politique, il s’enthousiasme pour la révolution de 1848. Il s’intéresse à la question du prolériat et tente de rallier le monde ouvrier à sa philosophie, sans succés.

  Il meurt le 05 septembre 1857 et laisse inachevé son dernier projet la Synthèse subjective.

De l’esprit positif au positivisme.coeur_073.gif

  En 1848 Louis Philippe abdique et la II ème République est proclamée. Auguste Comte par le Discours sur l’ensemble du positivisme salue la Révolution en créant sa Société positiviste : ce qu’il a appelé dans ses écrits tout d’abord  » l’esprit positif  » qu’il opposait à l’esprit théologique et à l’esprit métaphysique. La politique va céder la place au social.

  L’homme se concevra lui-même comme une réalité sociale avec l’analyse sociologique dont la rigueur épousera les exigences rationnelles de la science. La lecture du Discours surprendra le lecteur par sa critique scientisme, son refus du rationalisme et par le fondement sentimental d’un système qui prend le coeur comme principe de connaissance.

  Le principe qui régit l’ensemble de la démarche d’Auguste Comte, et qui fait l’unité du système, c’est ce qu’il nomme  » la prépondérance continue du coeur sur l’esprit ».

  Le Discours sur l’ensemble du positivisme est le livre le plus important de l’auteur dans la mesure où le culte de l’Humanité d’Auguste Comte permet, grâce à l’amour de Clotilde, de passer d’un positivisme intellectuel qu’il tenait de l’histoire des sciences à un positivisme religieux.

  Le Discours est le préliminaire du Système de politique positive ou Traité de sociologie instituant la Religion de l’Humanité : Réorganisation, sans dieu ni roi, par le Culte  systématique de l’Humanité : a) Réorganiser, sans dieu ni roi,  par le Culte systématique de l’Humanité -b) Nul n’a droit qu’à faire son devoir -c) L’esprit doit toujours être le ministre du coeur et jamais son esclave. La politique, la morale et le sentiment sont associées et seules susceptibles d’assurer le développement de la l’humanité vers son perfectionnement universel.

  L’esprit du positivisme est fondé sur la « sociabilité » de l’être humain et non sur sa « personnalité ».  La destination du social, l’efficacité du prolétaire, l’influence de la femme et l’aptitude à l’art concourent à l’avènement du positivisme.

  Auguste Comte reconnait que le projet de la philosophie véritable a consisté à systématiser tous les aspects de l’existence, pensées, sentiments et actes pour conduire l’homme à l’unité la plus complète. Cette systématisation a commencé avec l’état théologique, voué aux fictions religieuses puis s’est développé avec l’état métaphysique critique mais soumis aux abstractions personnifiées, avant de se réaliser dans l’état positif exact et fondé sur la réalité extérieure; elle a toujours été dévoyée par la religion et par la métaphysique, deux ignorantes du problème social et aussi par la science qui a voulu évincer le sentiment moral au profit de la spéculation intellectuelle. Il faut rendre à l’homme son unité qui provient de la suprématie de l’affection sur la spéculation et sur l’action. L’homme doit assurer le primat de la sociabilité sur l’individualité.

  Il faut substituer l’étude des lois à celles des causes ou la détermination du « comment  » à celle du « pourquoi » mettant fin à la prétention de la religion et de l’athéisme qui croient tous deux percer le mystère de l’existence.

  Le positivisme en renonçant à explorer l’absolu identifiera ce qui est positif avec ce qui est relatif mais aussi avec ce qui est organique certain et finalement seul réel, en reconnaissant l’unité du monde, de l’homme et de la société. La véritable science sera la science sociale.

De la société au prolétaire .coeur_073.gif

  Auguste Comte a été sensible à la montée du problème social qui s’est substitué au mystère religieux dans la conscience collective. C’est la crise révolutionnaire de 1789 qui a permis à la France et à l’Occident de donner un sens au progrès en l’établissant sur l’exigence d’un ordre.

  Le positivisme a comme souci d’assurer la continuité de l’histoire. Il montre que l’ordre était présent dans les désordres du passé en assurant l’avènement du progrés. Auguste Comte conciliera non pas la droite et la gauche, la révolution et la réaction mais l’ordre et le progrés qui sont en germe dans toutes les périodes de l’histoire humaine. Sa formule trinitaire inscrite au fronton du Système de politique positive :  » l’amour pour principe, l’ordre pour base, et le progrès pour but. »

  Pour Auguste Comte pendant le Moyen Age, en dépit de le croyance chimérique en un Dieu, le catholicisme européen a réussi a séparer la théorie et la pratique, l’action et la contemplation, en limitant la puissance du Prince pour sauvegarder la morale.

  Mais la morale positive se distingue des morales antérieures car elle fait agir le sentiment et non la force ou la raison comme principe universel de sociabilité. En suivant, l’existence personnelle, familiale et sociale, l’éducation positive réussit à assurer « la prépondérance normale de la sociabilité sur la personnalité « . Seul le sentiment de la personne peut réconcilier l’individualité, vouée à l’égoïsme, et la collectivité soumise à l’indifférence.

  Les analyses d’Auguste Comte ont le souci d’unir ces frères ennemis que sont dans l’homme, la personnalité de chacun et la sociabilité de tous au même titre que l’ordre de la réalité et le progrés de l’histoire. Le principe fondamental est celui de la réalité dans laquelle nous vivons sous des lois universelles, dans un monde ordonné que la science cherche à connaître. Mais cet ordre parcequ’il est un ordre déterminé et non une violence anarchique contient tous les progrès futurs de l’homme dans le fil continu de l’histoire. L’ordre est le principe sur lequel tout repose, le monde comme l’homme. Mais le progrés est la fin à partir de laquelle tout se légitime, l’humanité comme l’histoire.

  Pour que la légitimation humaine soit accomplie, il faut que les acteurs échappent à l’égoïsme des puissants. Le prolétaire doit être en mesure, étranger à la perversion des entités religieuses ou métaphysiques qu’il est hors d’état de comprendre, de régénérer l’humanité par son « active sociabilité « .

  Auguste Comte critique le dogme métaphysique de la souveraineté populaire et repousse la démocratie bien qu’il soit partisan de la république. Pour demeurer morale, la spontanéité populaire doit éviter de se figer dans des institutions politiques et doit développer une opinion publique qui sera le juge de la réalité sociale. L’élément philosophique et l’élément prolétaire seront donc les constituants indissociables de la société positiviste.

De la société à la femme.coeur_073.gif

  Le prolétaire émancipé des terreurs religieuses et des erreurs métaphysiques devra émanciper la femme  et reconnaître son ascendant sur la société qui n’est autre que l’ascendant du sentiment de la raison. La femme ne doit pas seulement être libérée de sa subordination sociale traditionnelle. Elle doit libérer l’humanité de son aliénation et abstraction, qui est une violence, en réaffirmant la pacification du sentiment qui est la véritable libération. Dépassant le culte de la femme à l’époque médiévale, il transpose dans l’éthique républicaine les moeurs chevaleresques en révélant le rôle de la femme dans le nouveau pouvoir spirituel.

  C’est, on le rappelle, Clotilde de Vaux,  la compagne d’Auguste Comte qui est l’inspiratrice essentielle de la nouvelle philosophie. La femme devra se dégager du travail social pour mieux se vouer à la vie domestique ce n’est pas pour limiter à nouveau ses ambitions : c’est pour assurer un destin affectif qui transcende la vie active et irrigue la vie contemplative. Elle aura droit d’ailleurs à la même éducation que les philosophes et les prolétaires, l’idéal pédagogique étant universel.

De la culture du Beau au culte de l’Humanité.coeur_073.gif

  Auguste Comte réhabilite avec le rôle de l’imagination celui de l’art qui doit en idéalisant le monde charmer l’humanité et améliorer la morale.

  Le positivisme développe toute une théorie de la hiérarchie des arts selon le principe de généralité décroissante et d’énergie croissante. La poésie se place au premier rang suivie de la musique, de la peinture, de la sculpture et de l’architecture.

  L’art positiviste devra permettre à l’homme de retrouver ses processus d’idéalisation qui sont les véritables bases de l’éducation universelle. La science ne joue que le rôle d’une « systématisation objective  » qui reste sous la conduite de la systématisation subjective du sentiment qui est celui de la beauté.

  Le sentiment, la raison, l’activité sous l’égide de l’amour, de l’ordre et du progrés orientent l’ensemble du système d’Auguste Comte vers l’histoire : rien de scientiste dans une théorie qui donne au coeur la primauté sur l’intelligence, rien de révolutionnaire dans une oeuvre qui sauvegarde l’héritage théologique et métaphysique de l’humanité, rien d’absolu dans un système qui cherche l’universel dans les relations et trouve l’humanité dans les hommes. Le legs du passé continue à orienter les voies de l’avenir.

  Auguste Comte n’hésitera pas à affirmer que « le positivisme devient enfin une véritable religion, seule complète et réelle » et à introduire dans les églises positivistes le culte du « nouvel Etre suprême ».

Texte écrit et publié par Chantal Flury le 10 Mars 2009.background-2008_039.jpg 

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