AUGUSTE COMTE.

 Lithographie de Comte par Tony Touillon 

AUGUSTE COMTE.

  Auguste Comte (Isidore, Marie, Auguste, François, Xavier Comte) est né à Montpellier le 19 janvier 1798 et mort à Paris le 05 septembre 1857. Il est inhumé au cimetière du Père Lachaise.

  Auguste Comte était un philosophe positiviste français. Il est aussi considéré, en France, comme le fondateur de la sociologie. Il s’appuie sur les sciences dites « positives » aujourd’hui appelées « exactes ou dures » pour définir des lois d’organisation sociale.

  Il étudie au lycée de Montpellier. Il perd la foi à l’âge de 14 ans. Il rentre ensuite à l’Ecole polytechnique.

Auguste Comte inventeur du positivisme.coeur_073.gif

  Auguste Comte est l’inventeur du  » positivisme  » terme que l’on voit apparaître dès 1834 dans son Cours de philosophie positive et d’une nouvelle science la « sociologie » qui apparaît également dans ce cours en 1838.

  Sa philosophie voulait rompre avec le scientisme de son époque en subordonnant les constructions de la raison aux mouvements du coeur. Elle voulait éliminer la conception de la divinité à celle de l’humanité.

  Il est admis dans les premiers à l’Ecole Polytechnique en 1814, à l’âge de 16 ans. Il est exclus 2 ans plus tard pour sa participation à une révolte d’élèves. En effet, à la Restauration, en 1816, toute sa promotion est congédiée pour manque de discipline par le Comte de Vaublanc. Il vit alors de leçons de mathématiques lorsqu’il rencontre le Comte de Saint Simon (Claude Henri de Rouvroy, Comte de Saint Simon) dont il devient secrétaire particulier en 1817 jusqu’à leur séparation, en 1824, à la suite d’une dispute orageuse.

  En 1825 il rencontre Caroline Massin une ancienne prostituée qu’il épouse suite aux intances de sa mère. Il aura un enfant avec elle dont il ne s’occupera jamais.

  La mauvaise conduite de sa femme l’entraîne dans une grave dépression et il fait un séjour de 8 mois à l’hôpital d’Esquirol.

  Il publie à cette époque des écrits sur la réorganisation de la société et ouvre en 1826 un cours de philosophie positive qu’il donne à son domicile devant un auditoire de savants.

  Après une tentative de suicide en 1827, il continue ses cours de philosophie positive. Il publie les 4 volumes composants ce cours entre 1830 et 1842. C’est la 1ère phase de sa pensée que l’on appelle positivisme scientifique ou positivisme philosophique. Il est nommé répétiteur d’analyse et de mécanique à l’Ecole polytechnique en 1832 mais il ne sera jamais élu à une chaire de mathématiques. De plus, on lui retira son poste d’examinateur d’entrée à Polytechnique,  qu’il avait obtenu en 1836 puis celui de répétiteur.

  John Stuart Mill organise une souscription en sa faveur afin qu’il sorte de ses difficultés financières.

  Auguste Comte divorce en 1842 et rencontre Clotilde de Vaux en donnant des Cours de Mathématiques, en octobre 1844. Clothilde est la soeur d’un de ses élèves et il établit avec elle une relation passionnée et platonique. Mais en 1846, Clotilde meurt de tuberculose et Auguste Comte infléchit son système dans le sens d’une exaltation religieuse vouée au sentiment, à la femme et à l’humanité. C’est l’amour qu’il porta à Clotilde qui bouleversera sa conception de la philosophie et de l’histoire. Il dit qu’il lui voue un culte qu’il qualifie de fétichisme.

  A la suite, il crée un cours public sur l’évolution de l’humanité en 1847 et publie les années suivantes son Discours sur l’ensemble du positivisme qui servira à l’écriture de son second traité, le Système de politique positive, publié de 1851 à 1854, un catéchisme positiviste en 1852 ainsi que la Synthèse subjective en 1856. C’est la deuxième phase de sa pensée que l’on appelle quelquefois le positivisme religieux .

  Au niveau politique, il s’enthousiasme pour la révolution de 1848. Il s’intéresse à la question du prolériat et tente de rallier le monde ouvrier à sa philosophie, sans succés.

  Il meurt le 05 septembre 1857 et laisse inachevé son dernier projet la Synthèse subjective.

De l’esprit positif au positivisme.coeur_073.gif

  En 1848 Louis Philippe abdique et la II ème République est proclamée. Auguste Comte par le Discours sur l’ensemble du positivisme salue la Révolution en créant sa Société positiviste : ce qu’il a appelé dans ses écrits tout d’abord  » l’esprit positif  » qu’il opposait à l’esprit théologique et à l’esprit métaphysique. La politique va céder la place au social.

  L’homme se concevra lui-même comme une réalité sociale avec l’analyse sociologique dont la rigueur épousera les exigences rationnelles de la science. La lecture du Discours surprendra le lecteur par sa critique scientisme, son refus du rationalisme et par le fondement sentimental d’un système qui prend le coeur comme principe de connaissance.

  Le principe qui régit l’ensemble de la démarche d’Auguste Comte, et qui fait l’unité du système, c’est ce qu’il nomme  » la prépondérance continue du coeur sur l’esprit ».

  Le Discours sur l’ensemble du positivisme est le livre le plus important de l’auteur dans la mesure où le culte de l’Humanité d’Auguste Comte permet, grâce à l’amour de Clotilde, de passer d’un positivisme intellectuel qu’il tenait de l’histoire des sciences à un positivisme religieux.

  Le Discours est le préliminaire du Système de politique positive ou Traité de sociologie instituant la Religion de l’Humanité : Réorganisation, sans dieu ni roi, par le Culte  systématique de l’Humanité : a) Réorganiser, sans dieu ni roi,  par le Culte systématique de l’Humanité -b) Nul n’a droit qu’à faire son devoir -c) L’esprit doit toujours être le ministre du coeur et jamais son esclave. La politique, la morale et le sentiment sont associées et seules susceptibles d’assurer le développement de la l’humanité vers son perfectionnement universel.

  L’esprit du positivisme est fondé sur la « sociabilité » de l’être humain et non sur sa « personnalité ».  La destination du social, l’efficacité du prolétaire, l’influence de la femme et l’aptitude à l’art concourent à l’avènement du positivisme.

  Auguste Comte reconnait que le projet de la philosophie véritable a consisté à systématiser tous les aspects de l’existence, pensées, sentiments et actes pour conduire l’homme à l’unité la plus complète. Cette systématisation a commencé avec l’état théologique, voué aux fictions religieuses puis s’est développé avec l’état métaphysique critique mais soumis aux abstractions personnifiées, avant de se réaliser dans l’état positif exact et fondé sur la réalité extérieure; elle a toujours été dévoyée par la religion et par la métaphysique, deux ignorantes du problème social et aussi par la science qui a voulu évincer le sentiment moral au profit de la spéculation intellectuelle. Il faut rendre à l’homme son unité qui provient de la suprématie de l’affection sur la spéculation et sur l’action. L’homme doit assurer le primat de la sociabilité sur l’individualité.

  Il faut substituer l’étude des lois à celles des causes ou la détermination du « comment  » à celle du « pourquoi » mettant fin à la prétention de la religion et de l’athéisme qui croient tous deux percer le mystère de l’existence.

  Le positivisme en renonçant à explorer l’absolu identifiera ce qui est positif avec ce qui est relatif mais aussi avec ce qui est organique certain et finalement seul réel, en reconnaissant l’unité du monde, de l’homme et de la société. La véritable science sera la science sociale.

De la société au prolétaire .coeur_073.gif

  Auguste Comte a été sensible à la montée du problème social qui s’est substitué au mystère religieux dans la conscience collective. C’est la crise révolutionnaire de 1789 qui a permis à la France et à l’Occident de donner un sens au progrès en l’établissant sur l’exigence d’un ordre.

  Le positivisme a comme souci d’assurer la continuité de l’histoire. Il montre que l’ordre était présent dans les désordres du passé en assurant l’avènement du progrés. Auguste Comte conciliera non pas la droite et la gauche, la révolution et la réaction mais l’ordre et le progrés qui sont en germe dans toutes les périodes de l’histoire humaine. Sa formule trinitaire inscrite au fronton du Système de politique positive :  » l’amour pour principe, l’ordre pour base, et le progrès pour but. »

  Pour Auguste Comte pendant le Moyen Age, en dépit de le croyance chimérique en un Dieu, le catholicisme européen a réussi a séparer la théorie et la pratique, l’action et la contemplation, en limitant la puissance du Prince pour sauvegarder la morale.

  Mais la morale positive se distingue des morales antérieures car elle fait agir le sentiment et non la force ou la raison comme principe universel de sociabilité. En suivant, l’existence personnelle, familiale et sociale, l’éducation positive réussit à assurer « la prépondérance normale de la sociabilité sur la personnalité « . Seul le sentiment de la personne peut réconcilier l’individualité, vouée à l’égoïsme, et la collectivité soumise à l’indifférence.

  Les analyses d’Auguste Comte ont le souci d’unir ces frères ennemis que sont dans l’homme, la personnalité de chacun et la sociabilité de tous au même titre que l’ordre de la réalité et le progrés de l’histoire. Le principe fondamental est celui de la réalité dans laquelle nous vivons sous des lois universelles, dans un monde ordonné que la science cherche à connaître. Mais cet ordre parcequ’il est un ordre déterminé et non une violence anarchique contient tous les progrès futurs de l’homme dans le fil continu de l’histoire. L’ordre est le principe sur lequel tout repose, le monde comme l’homme. Mais le progrés est la fin à partir de laquelle tout se légitime, l’humanité comme l’histoire.

  Pour que la légitimation humaine soit accomplie, il faut que les acteurs échappent à l’égoïsme des puissants. Le prolétaire doit être en mesure, étranger à la perversion des entités religieuses ou métaphysiques qu’il est hors d’état de comprendre, de régénérer l’humanité par son « active sociabilité « .

  Auguste Comte critique le dogme métaphysique de la souveraineté populaire et repousse la démocratie bien qu’il soit partisan de la république. Pour demeurer morale, la spontanéité populaire doit éviter de se figer dans des institutions politiques et doit développer une opinion publique qui sera le juge de la réalité sociale. L’élément philosophique et l’élément prolétaire seront donc les constituants indissociables de la société positiviste.

De la société à la femme.coeur_073.gif

  Le prolétaire émancipé des terreurs religieuses et des erreurs métaphysiques devra émanciper la femme  et reconnaître son ascendant sur la société qui n’est autre que l’ascendant du sentiment de la raison. La femme ne doit pas seulement être libérée de sa subordination sociale traditionnelle. Elle doit libérer l’humanité de son aliénation et abstraction, qui est une violence, en réaffirmant la pacification du sentiment qui est la véritable libération. Dépassant le culte de la femme à l’époque médiévale, il transpose dans l’éthique républicaine les moeurs chevaleresques en révélant le rôle de la femme dans le nouveau pouvoir spirituel.

  C’est, on le rappelle, Clotilde de Vaux,  la compagne d’Auguste Comte qui est l’inspiratrice essentielle de la nouvelle philosophie. La femme devra se dégager du travail social pour mieux se vouer à la vie domestique ce n’est pas pour limiter à nouveau ses ambitions : c’est pour assurer un destin affectif qui transcende la vie active et irrigue la vie contemplative. Elle aura droit d’ailleurs à la même éducation que les philosophes et les prolétaires, l’idéal pédagogique étant universel.

De la culture du Beau au culte de l’Humanité.coeur_073.gif

  Auguste Comte réhabilite avec le rôle de l’imagination celui de l’art qui doit en idéalisant le monde charmer l’humanité et améliorer la morale.

  Le positivisme développe toute une théorie de la hiérarchie des arts selon le principe de généralité décroissante et d’énergie croissante. La poésie se place au premier rang suivie de la musique, de la peinture, de la sculpture et de l’architecture.

  L’art positiviste devra permettre à l’homme de retrouver ses processus d’idéalisation qui sont les véritables bases de l’éducation universelle. La science ne joue que le rôle d’une « systématisation objective  » qui reste sous la conduite de la systématisation subjective du sentiment qui est celui de la beauté.

  Le sentiment, la raison, l’activité sous l’égide de l’amour, de l’ordre et du progrés orientent l’ensemble du système d’Auguste Comte vers l’histoire : rien de scientiste dans une théorie qui donne au coeur la primauté sur l’intelligence, rien de révolutionnaire dans une oeuvre qui sauvegarde l’héritage théologique et métaphysique de l’humanité, rien d’absolu dans un système qui cherche l’universel dans les relations et trouve l’humanité dans les hommes. Le legs du passé continue à orienter les voies de l’avenir.

  Auguste Comte n’hésitera pas à affirmer que « le positivisme devient enfin une véritable religion, seule complète et réelle » et à introduire dans les églises positivistes le culte du « nouvel Etre suprême ».

Texte écrit et publié par Chantal Flury le 10 Mars 2009.background-2008_039.jpg 

 


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