BLAISE PASCAL.

Blaise Pascal.

BLAISE PASCAL.

Généralités sur l’oeuvre de Pascal. 

  Blaise Pascal a exercé sur des générations de penseurs une influence et une fascination mais il n’eut jamais des disciples. Sa particularité c’est d’avoir une place importante tout en restant solitaire. Le contraste est grand avec Descartes, son ainé et contemporain car il existe un « cartésianisme » comme système de pensée et une lignée de penseurs « cartésiens » qui prolongent sa philosophie mais non un « pascalisme ».

  Descartes part de principes qui à ses yeux s’imposent d’eux même comme vrais. A partir de ces principes, il déduit des conséquences vraies au moyen de ce qu’il appelle  » la chaîne des raisons » . Pascal au contraire critique l’idée même de principe et refuse de déduire des vérités de prétendues évidences premières. Il  fait se confronter des points divergents sans aboutir toujours à un résultat logique.

  Pascal se méfie des principes. Pascal distingue des registres, des types de vérité qui correspondent à des expériences distinctes, constituant des univers différents. – Dans l’ordre du corps, les grandeurs sont visibles. Leurs différences sautent aux yeux : tel homme à plus de force physique, plus de richesse ou de propriétés que tel autres : la puissance financière et le pouvoir social se voient. – Dans l’ordre de l’esprit, c’est différent : des grands savants son pauvres, des génies ne paient pas de mine : leur puissance intellectuelle ne se voie pas, c’est seulement avec les « yeux de l’âme » qu’on peut les discerner, par l’intelligence. Mais cette distinction entre ce qui est visible aux yeux et ce qui est visible par l’intelligence n’épuise pas les registres de vérité. Pascal ajoute – l’ordre du coeur qui est pour lui décisif : c’est l’amour du prochain, la compassion, la charité, les grandeurs spirituelles et non pas seulement intellectuelles et physiques. Il y règne les Saints et le Christ comme modèle absolu et grandeur suprême.

  Les trois registres précités sont radicalement disjoints.On ne peut voir avec les yeux du corps ce que l’on voit avec l’esprit, ni ce que l’on ressent avec le coeur avec les deux autres. Voilà ce que Pascal change dans les conceptions philosophiques de la vérité : il y introduit des registres incommensurables et accorde la place à l’intuition, au coeur à ce qui est senti bien plus que ce qui est conçu intellectuellement. Puis il affirme la supériorité décisive de l’ordre du coeur. Le registre de la charité, de la ferveur, de la foi l’emporte sur tout autre.

La vie de Pascal. 

  Blaise Pascal est né le 19 juin 1623 à Clermont Ferrand et est mort le 19 août 1662 à Paris. Pascal est un mathématicien, physicien, philosophe, moraliste et théologien français.

 Pascal perd sa mère, Antoinette Bégon, en 1626, il a seulement 3 ans. Il est élevé par son père Etienne Pascal (1588-1651) qui reste très attentif à son fils. Le père de Pascal est juge local et membre de la petite noblesse. Pascal a deux soeurs.

En 1631,  Etienne se rend avec ses enfants à Paris et décide d’éduquer son fils. Pascal signale précocement des capacités mentales et intellectuelles qui se remarquent. A 11 ans Pascal publie son premier travail de mathématiques, un Traité des sons. A 12 ans en 1635, il commence à travailler seul sur la géomètrie et découvre que la somme des angles d’un triangle est égale à 180 degrés.Son père réagit en interdisant à son fils de poursuivre ses études sur les mathématiques jusqu’à ses 15 ans afin qu’il puisse étudier le latin et le grec. A 16 ans, il achève son Essai sur les coniques où il résoud plusieurs questions centrales pour les mathématiques de l’époque.

  Pascal se distingue par sa méthode. En effet, Pascal est capable de construire pour chaque objet de ses recherches une méthode spécifique. La démarche consiste à déduire toutes les vérités particulières à l’aide de principes généraux toujours identiques. Pascal suit le chemin inverse à celui habituel. Il part des problèmes qu’il rencontre comme celui des coniques et construit la méthode qui convient – pour ce problème et non pas pour tous. Il découvre ainsi que tous les coniques s’inscrivent dans un hexagramme qu’il dénomme  » hexagramme mystique. »

  En 1638, Etienne son père quitte Paris pour échapper à la Bastille mais un compliment bien tourné dit par sa fille devant Richelieu fait qu’il obtient sa grâce. En 1639, la famille s’installe à Rouen. Son père devient Commissaire délégué du Roi pour la collecte de l’impôt et la levée des tailles.

  A 18 ans, en 1641, Pascal construit une machine à calculer capable d’effectuer des additions et des soustractions afin d’aider son père dans son travail. Ce fut un échec commercial à cause de son coût élevé (100 livres) Pascal améliore cette machine pendant 10 ans. De plus en1642, Pascal publie « Essai pour les coniques ».

  Dès sa 18 ème année, Pascal subit un mal nerveux qui le laisse rarement un jour sans souffrance. En 1647, une attaque de paralysie l’atteint et il ne peut plus bouger sans ses béquilles. Il a de forts maux de tête, de ventre, mal aux jambes et ses pieds sont continuellement froids.

   Pascal est aussi un physicien, un expérimentateur, capable de dépasser les préjugés de son temps. Il confirme l’existence du vide, refait les expériences de Torricelli en 1646, établit l’existence de la pression atmosphérique. Il a clarifié les concepts de pression et de vide en étendant le travail de Torricelli. En 1647, il publie  » Expériences nouvelles touchant le vide  » et  « Récit de la grande expérience des liqueurs », en 1648.

   » La première conversion » de Pascal à la chrétienté à 23 ans, le rapproche de la foi et aussi de la communauté de Port-Royal. Mais il n’envisage pas, ni de mettre un terme à ses travaux scientifiques, ni de se retirer du monde.

  De 1648 à 1654, Pascal s’éloigne de la religion. Il vit ce qu’il appelle  » une période mondaine ».

  Son père meurt en 1651. Pascal se trouve riche et libre. Il prend une maison somptueuse avec des domestiques et se fait conduire à Paris dans un carrosse tiré par 6 chevaux.

  En 1654, il écrit son « Traité du triangle arithmétique ». Pour son ami, passionné par le jeu, va naître la théorie mathématique des probabilités et la notion  » d’espérance mathématiques ».

  Après son expérience mystique de la nuit du 23 novembre 1654, qui marque sa « seconde conversion » ses perspectives changent. Peu après cette nuit décisive Pascal choisit de se retirer du monde. Il se consacre à la réflexion philosophique et religieuse. Mais retiré du monde Pascal intervient encore davantage. Il se transforme en polémiste, en pédagogue, en prédicateur. Il prend position en faveur des jansénistes de Port-Royal contre les jésuites ou dominicains et il rédige en 1656-1657, sous le pseudonyme de Louis Montalde, 18 lettres connues sous le titre  » Les Provinciales ». Il adopte ici le point de vue d’un honnête homme qui cherche à comprendre la querelle. Pascal s’emploie à montrer combien les griefs et les reproches formulés à l’encontre des  » Messieurs de Port-Royal » sont injustes et infondés.

  Pascal se montre redoutable dans le choix de ses arguments, son habileté et la qualité de son écriture. Il montre l’esprit brillant d’un homme du monde. Ces lettres ont été publiées en 1657 par Pierre Le Petit. Elles choquent Louis XIV qui commande en 1660 que le livre soit déchiqueté et brûlé. Mais de nombreux exemplaires sont déjà vendus. Et l’on continue à lire et à commenter  » Les Provinciales », plus de 3 siècles et demi plus tard, en littérature française. Pascal y a une écriture rapide et fièvreuse, ramassée et puissante, concise et déliée. Pascal est ainsi considéré comme un grand auteur de la langue française. Il publie aussi en 1657, « De l’esprit géomètrique et de l’art de persuader ». Il publie « Histoire de la roulette » en 1658, « L’art de persuader » en 1660.

Une apologie particulière, les Pensées. 

  On retrouve la qualité de l’écriture de Pascal dans « Les Pensées ». Ce ne sont que des ébauches, parfois des brouillons d’un ouvrage interrompu par la mort. Pascal y a consacré les dernières années de sa vie. Malgré la dégradation de sa santé, il prend une multitude de notes pour construire ce qui devait être « Vérité de la religion chrétienne », un livre de ferveur et de combat destiné à convertir les plus libertins.

  Son intention est de ramener les égarés dans le chemin du salut et de leur faire connaître la foi. Comment leur faire rencontrer Dieu et le Christ, telles sont les tâches qui apparaissent en premier lieu comme insurmontables. Pascal pour se justifier va mobiliser toutes les expériences qu’il a acquises au cours de sa vie. Il mobilise toutes ses ressources intellectuelles et sa sensibilité. Il reprend et revisite bien des moments antérieurs de sa vie. Il mesure, résume et transforme une bonne partie de ses reflexions scientifiques mais également politiques et philosophiques antérieures.

  Pascal rassemble une multitude de points de vue existant réellement afin que le lecteur puisse s’identifier à telle ou telle position qui sera au départ la sienne. Pascal va ainsi susciter chez le lecteur un trouble. Il montre comment les vérités philosophiques sont à la fois solides et fragiles puis fondées mais partielles.

  Dans les Pensées comme déjà dans « l’Entretien avec Monsieur de Sacy sur Epictète et Montaigne », publié bien après sa mort, l’opposition entre deux positions philosophiques fondamentales est mise en scène. Epictète, le sage stoïcien, voit la grandeur et la dignité de l’homme. Montaigne souligne son insuffisance, sa faiblesse, ses limites, son indignité. Pour Pascal chacun s’attarde sur quelque chose que l’autre ne voit pas. Il est impossible qu’ils se complètent puisqu’ils s’opposent radicalement.

  Pascal invente ici un regard nouveau. Chacun de ces discours contient un point de vue profondèment légitime. Il existe une cohérence interne du scepticisme, une autre du stoïcisme. Chacun de ces discours dit aussi quelque chose de la condition humaine, grande et misérable, digne et indigne. C’est à partir de ce jeu interchangeable que Pascal propose une solution qui sort du cadre purement logique. Seule la Révélation, l’ordre du coeur, la vérité révélée par Moïse puis par le Christ  peuvent permettre de comprendre le statut à la fois digne et indigne de l’être humain.

  Pascal ébranle les convictions de chacun par un perpétuel « pour » et « contre ». Le but est de construire un piège dont on ne s’échappe pas. On doit finir par avoir recours à une vérité supérieure, située dans un autre registre que celui du discours.

L’invention du point de vue, les Pensées.  

  La main de Pascal est souvent trop visible  et trop prête à pousser le lecteur vers la ferveur chrétienne. Est-ce un motif pour dénier à cet auteur le titre de philosophe, au nom de l’indépendance de la raison et la séparation de la philosophie et des églises?

  Le projet conduit à donner à la Révélation, à la foi, à la réalité chrétienne la primauté sur la philosophie.  En revanche son apport philosophique est tout autre. Pascal a établi qu’il existe des points de vue repérables sous la forme de discours dont il faut comprendre la vérité interne et avoir compris que ces points de vue disparates ou contraires peuvent se relier.

  On pourrait dire que Pascal anticipe ce que Liebniz, Nietzsche et Foucault diront. Il n’existe pas de vérité unique démontrable et immuable mais des points de vue, des discours qui se combattent et s’inscrivent les uns comme les autres dans des perspectives plus vastes.

 En 1659, la maladie de Pascal s’aggrave. Pascal a des convulsions. Pascal est mort  2 mois après son 39 ème anniversaire, alors qu’il a été malade toute sa vie, sujet à des migraines violentes, avant d’avoir terminé « Les Pensées » et mis en ordre ses brouillons.  Ce texte se présente sous la forme d’environ 993 fragments. Mais on ignore la forme définitive qu’aurait eu cet ouvrage, les textes qui auraient été supprimés ou modifiés ou laissés en l’état.

  Il existe des indices, des plans laissés par Pascal, des liasses où il avait regroupé des feuilles. Pascal est mort en 1662, la première édition « des Pensées » est publiée en 1670 à titre postume. Les lignes de force , le dessein d’ensemble changent selon l’assemblage. Selon la manière dont on les rapproche ou les éloigne, leur signification peut varier.

  Qu’il s’agisse de notre place dans l’univers, de notre interrogation sur la mort ou des signes artificiels du pouvoir, les limites du savoir ou les richesses du coeur, le monde de Pascal est à explorer. Ses écrits sont devenus très vite une des pièces maîtresse de la littérature française.  Pascal est considéré comme l’un des auteurs les plus importants de la période classique française.

Texte écrit et publié par Chantal Flury le 26 Mars 2009. background-2008_039.jpg 

 


Autres articles

Répondre

"Le regard des autres", 1er... |
Atelier permanent de lectur... |
Ilona, Mahée et Mila. |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les Ailes du Temps
| David Besschops
| professeur.de.français