EMMANUEL KANT.

Emmanuel Kant

EMMANUEL KANT.

  Avec Kant, on peut parler d’une mutation décisive de la philosophie. La philosophie européenne ne peut plus être la même après la philosophie critique de Kant, dont l’oeuvre est centrée autour de trois critiques : la Critique de la raison pure, la Critique de la raison pratique et la Critique de la faculté de juger.

  Cependant, il n’y a pas de révolution radicale qui modifierait de fond en comble la pensée. La réforme opérée par Kant est à la fois discrète et fondamentale. Kant modifie le paysage de la réflexion et le fond même de la vérité en marquant des limites à la pensée philosophique. Que peut connaître notre raison ? A quelles vérités peut-elle accéder ? Dans quels domaines ? Avec quelles limites ? Telles sont les questions traitées dans la Critique de la raison pure, pour répondre à une première interrogation :  » Que puis-je savoir ? « 

  Que dois-je faire ? est une autre question fondatrice.  La raison peut-elle nous éclairer sur notre devoir et sur notre conduite ? Tel est l’objet de la Critique de la raison pratique. Enfin une part importante de la Critique de la faculté de juger porte sur les problèmes de l’esthétique, en particulier sur la nature du Beau et la question de savoir dans quelle mesure le Beau est culturel quels que soient son instruction et son milieu social. La réflection de Kant  porte aussi sur les domaines de l’histoire, des libertés, de la différence entre le despotisme et la république, la paix internationale et la construction d’institutions mondiales.

  L’organisation des analyses de Kant est quelquefois complexe. Kant a choisi délibérément d’utiliser un vocabulaire spécifique. On peut penser que des formules  comme « esthétique transcendantale » sont des formules obscures qui interdisent de rentrer dans la pensée. Pourtant en se référant à la définition de ses termes, on reconnait leur utilité.

 La vie de Kant. 

  Kant est né le 22 Avril 1724 à Königsberg, capitale de la prusse orientale, dans un milieu modeste et y est mort le 12 février 1804. Kant est le fils d’un artisan sellier d’origine écossaise et il perd sa mère à 13 ans.  Il est le 4ème d’une famille de 11 enfants.  Il poursuit ses études dans une Allemagne qui est alors peu ouverte aux activités intellectuelles.  François 1er qui  règne sur la Prusse jusqu’en 1740 aurait lu uniquement la Bible et les bulletins de l’armée. En 1740, il entre à l’université de Königsberg pour y étudier la théologie. Il suit les cours de Martin Knudsen professeur de mathématiques et de philosophie, pietiste et disciple de Wolff. En 1746, la mort de son père l’oblige à interrompre ses études pour donner des cours. 

   Kant est le disciple de Leibniz et de Wolff. Etudiant pauvre, puis professeur, il doit subvenir à ses besoins et il devient enseignant. A partir de 1746, il est engagé comme précepteur dans des familles aisées pendant 9 ans.  Il enseigne avec la philosophie, la physique, les sciences naturelles, la logique et la géographie.

  En 1755, il obtient une promotion universitaire grâce à sa thèse sur le feu et une habilitation grâce à une dissertation sur les principes premiers de la connaissance métaphysique. Il donne 16 ou 24 h de cours par semaine pendant 41 ans. Kant est le 1er philosophe à donner un enseignement universitaire régulier. Mais à force de génie et de travail, son oeuvre couvre 29 volumes dans la grande édition de l’Académie de Berlin.

   Cet homme qui a bouleversé la philosophie fut un philosophe à maturation lente.  Il a mené une vie régulière et n’a pratiquement jamais quitté Königsberg, sur la mer Baltique. L’éclosion de son oeuvre vient fort tard dans sa vie. A partir de cinquante ans, il rédige ses oeuvres fondamentales. En 1781, Kant publiera la 1ère édition de son oeuvre la Critique de la raison pure, fruit de 11 années de travail. Une seconde édition voit le jour en 1787.  En 1788 est publiée la Critique de la raison pratique et en 1790, la Critique de la faculté de juger.

Révolution philosophique. 

  Des positions incompatibles ne cessaient de s’affronter en philosophie. Pour mettre fin à ces combats Kant interroge la question même de nos vérités.  Il commence à chercher les conditions de possibilité d’une vérité et les limites de validité des opérations de notre raison. 

  Il lui a fallu préciser quelles données que nous connaissons proviennent du dehors et quels éléments dépendent de capacités d’organisation des données fournies par les sens. Kant insiste sur la conjugaison de la sensibilité et de l’entendement. La sensibilité est purement passive : elle reçoit couleurs, sons, formes que nous expérimentons constamment. Mais  pour que cette expérience ne devienne pas informe, pour qu’elle se structure, s’organise, compare et combine des données, il est indispensable que l’entendement s’opère, avec ses catégories propres, sur ce matériau fourni par la sensibilité. Sur ce point, Kant prolonge la formule de Leibniz : tout dans l’entendement provient de l’expérience, à l’exception de l’entendement lui-même. Il fait passer le temps et l’espace du côté du sujet. On le croit du côté des choses… Le travail de Kant souligne, au contraire, que le temps et l’espace sont des formes de la sensibilité. Nous ne connaissons rien sans l’intermédiaire de ces deux filtres.

  Nous savons comment sont les choses dans l’espace et dans le temps mais nous n’avons pas accès à ce qu’elles sont en « elles-mêmes ». Nous connaissons des choses du monde que leur apparence, ce qu’est « la chose en soi » demeure inconnaissable. Nous ne savons comment sont les choses, nous connaissons seulement la façon dont elles apparaissent dans l’espace et dans le temps.

  Kant va opérer un partage décisif entre savoir et croyance. Relèvent du savoir, ce que nous pouvons connaître de manière certaine, les connaissances rationnelles constituées au sein du domaine de l’expérience, même s’il s’agit d’une expérience pure comme l’expérience pure de l’espace pour la géométrie ou l’expérience pure du temps pour l’arithmétique. En revanche, lorsque nous sortons du domaine de toute expérience, la raison tourne à vide, elle s’illusionne et croit obtenir des résultats alors qu’elle ne fait que spéculer, sans aucune certitude.

  Kant trace bien une frontière claire et nette entre les disciplines scientifiques et les spéculations métaphysiques. Ce qui est scientifique relève du domaine d’expérience. Ce qui est métaphysique relève de la croyance et non pas du savoir. Il pourra s’agir d’une croyance rationnelle, jamais d’un savoir correspondant à une réalité assurée. C’est ainsi que Kant critique radicalement les preuves rationnelles de l’exitence de Dieu.

  Kant a donc élaboré avec la Critique de la raison pure une nouvelle théorie de la connaissance, éclairant les mécanismes de notre faculté de connaître et les procédures de constitution des sciences. En distinguant savoir et croyance, il a renvoyé les débats métaphysiques du côté des discussions vaines car ce sont des batailles sans issues. Pour la morale, heureusement, il en est tout autrement.

Kant et la loi morale. 

   » Que dois-je faire ?  » est une interrogation sur les critères de la moralité. Comment puis-je connaître mon devoir ? Est-ce une connaissance facile ? La loi morale est-elle une affaire d’éducation, de tradition, de choix individuel ou possède-t-elle une universalité, une clarté absolue, une visibilité parfaite ?

  La loi morale selon Kant est connue intuitivement et immédiatement de tous les êtres humains? La moralité d’une action n’est donc pas une affaire de science ou d’éducation. Il existe toujours un critère simple, immédiat et direct de cette moralité. Puis-je transformer la maxime de mon action en une loi universelle ? Pour que mon action soit morale, je dois pouvoir transformer la règle à partir de laquelle j’agis en une loi valable pour tous. Il y a moralité dès lors que ce que je fais contient une loi que je peux rationnellement proposer à tous comme universelle sans aucune exception. Nul ne peut juger une règle valable pour lui seul en affirmant la moralité de cette règle.

  Kant construit des exemples simples pour illustrer cette inconditionnalité de la loi morale. Imaginons un homme à qui son prince demande de porter un faux témoignage pour se débarasser d’un de ses ennemis. S’il accepte de mentir et de voir condamner un innocent, l’homme et sa famille seront protégés et récompensés. Si au contraire, pour ne pas mentir et ne pas faire condamner un innocent, l’homme refuse, il sera emprisonné ou exécuté, sa famille persécutée.

  Savoir ce qu’il fera est impossible car celà concerne sa décision intime. Savoir ce qu’il doit faire, au contraire, ne pose aucune difficulté. Pour que son acte soit moral, il doit refuser de faire un faux témoignage parceque l’on ne peut rendre universelle la règle selon laquelle il faut mentir. Seul un témoignage peut être véridique et peut devenir une règle universelle sinon plus aucun témoignage n’a de sens.

  Kant va plus loin encore. Une action n’est morale que si elle est uniquement motivée par le respect de la loi universelle et non pas par une considération d’intérêt ou de satisfaction personnelle. Si l’homme refusait de porter un faux témoignage pour pouvoir se féliciter d’avoir bien agi, il n’agirait pas de manière proprement morale mais par amour propre et estime de soi. Le seul critère est donc le souci du devoir indépendamment de toutes autres considérations.

  Cette réflexion a pour mérite de dissocier entièrement la moralité des traditions, des coutumes, du bonheur ou du malheur, de l’intérêt et de l’altruisme. Son principal inconvénient, on ne sait pas si une telle pureté peut exister réellement dans le monde. Kant a fini par dire qu’aucune action morale n’avait peut être été jamais accomplie. Comment être certain que les actions les plus respectables, les plus conformes n’aient pas été faite pour d’autres motifs que la pure obéissance à la règle ?

Kant et le Beau. 

 Le but de Kant n’est pas de proposer des normes du Beau, mais d’expliquer pourquoi une chose est belle et en quoi consiste un jugement de gôut. Le Beau serait un produit du sens esthétique. En ce sens, ce qui est beau, ce n’est pas l’objet mais sa représentation.

  Kant est dans la Critique de la faculté de juger, le philosophe de l’universalité du Beau. Malgré les déterminations sociales, culturelles, historiques ou anthropologiques qui semblent diviser et cloisonner à l’infini la question esthétique, Kant soutient que le  » Beau plait universellement sans concept « . Ainsi indépendamment de son instruction, de sa langue, de son etnie, un être humain peut être sensible d’emblée à la beauté d’une oeuvre créée par un autre être humain.

 Le Beau est un intermédiaire entre la sensibilité et l’entendement : ce n’est pas un concept définissable par notre seul entendement.

 » Une finalité sans fin » : le Beau n’est pas l’utile, il n’a donc pas de fin extérieure. Il a néanmoins une fin interne (harmonie).

 » Un plaisir désinteressé » : Le Beau ne se confond pas avec l’agréable, qui relève pour sa part d’une perception strictement personnelle. Si le Beau apporte plaisir et satisfaction, c’est de manière désinteressée.

 » Le Sublime » : Pour Kant, le sublime se distingue du Beau en ce qu’il dépasse notre entendement.

Kant dit :  » L’art ne veut pas la représentation d’une belle chose mais la belle représentation d’une chose. »

Les interrogations kantiennes. 

  Les interrogations kantiennes convergent vers la question qui les contient toutes :  » Qu’est ce que l’homme ? ». Kant est aussi penseur de la paix, convaincu que la raison répugne à la guerre.

   » L’effet de la philosophie est la santé de la raison » écrit Kant dans le Projet de paix perpétuelle. Il précise que cette santé ne s’obtient pas comme une gymnastique :  la philosophie n’est pas un entrainement de la raison par un exercice lui permettant d’être au meilleur de sa forme. La philosophie est une médication de la raison qui doit rétablir et assurer la santé.  Le traitement consiste à laisser tomber les recherches sans objet, à délaisser des chimères prises pour des sciences.

  Kant insiste sur la nécessité pour chacun de pouvoir faire un « usage public de la raison ». S’exprimer sans être menacé ou puni, publier ses réflexions sans être censuré, pouvoir user des libertés publiques, critiquer si besoin est le pouvoir ou les institutions religieuses, s’exposer soi-même à des contre-arguments ou à des objections, voilà en quoi consiste cet usage. C’est pourquoi il n’est pas possible, ni souhaitable de faire taire les philosophes : ce serait vouloir imposer le silence à la raison humaine.

  Le texte  » Qu’est-ce-que les Lumières ?  » insiste sur la nécessité pour chacun de sortir de la minorité, de la dépendance, de la situation dominée pour affirmer sa propre capacité à penser et à s’exprimer. Il faut oser savoir, oser s’instruire, oser penser.

La Fondation de la métaphysique des moeurs et l’Introduction à la métaphysique des moeurs sont actuelles. Comme un antidote au réalisme prétendument indépassable qui règle les relations entre les humains.  Dans un temps qui ne cesse de montrer et de proclamer que les dominations, le cynisme, les instrumentalisations et manipulations de toutes sortes sont inévitables, Kant rappelle l’existence d’un autre monde où les personnes ne peuvent être traitées comme des choses… parce qu’elles sont des personnes. Elles ne peuvent être utilisées, transformées en moyens sans que se perdent non seulement leur dignité mais aussi l’humanité de ceux qui bafouent cette dimension du respect.

  Du grand édifice que constitue la Critique de la raison pure, Kant éclaire et résume le dessein de l’entreprise et son résultat le plus éclatant : ruiner les prétentions de toute métaphysique dogmatique. Délimitation du domaine de validité de la raison et des sciences théoriques et expérimentales, analyse de nos mécanismes cognitifs, partage entre le régistre du savoir et le registre de la croyance.

  Vers la paix perpétuelle renferme l’essentiel des leçons de Kant en matière de cosmopolitisme et de relations internationales. Les institutions internationales apparues au XXème siècle s’inspire du projet de paix perpétuelle de Kant, qu’il s’agisse de la Société des Nations, mise en oeuvre après la Première Guerre mondiale ou de l’Organisation des Nations unies, édifiées après la Seconde Guerre mondiale.

 

  Kant continue à exercer une influence considérable dans la philosophie analytique et philosophie continentale.

Texte écrit et publié par Chantal Flury le 17 Avril 2009.background-2008_039.jpg 


Archive pour avril, 2009

Joyeuses Pâques.

                Joyeuses Pâques. dans Joyeuses Pâques. oeufs_paques

                                   Joyeuses Pâques !

"Le regard des autres", 1er... |
Atelier permanent de lectur... |
Ilona, Mahée et Mila. |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les Ailes du Temps
| David Besschops
| professeur.de.français