GEORG WILHELM FRIEDRICH HEGEL.

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Hegel dans sa chambre de travail.

Lithographie dédicacée à Goethe, en 1828.

GEORG WILHELM FRIEDRICH HEGEL.

  Hegel ne fait rien pour séduire et il ne cherche pas un auditoire. De plus, il y a chez Hegel une volonté d’hermétisme. Mais il faut le suivre car ce philosophe veut tout embrasser par la pensée. Sa philosophie récapitule la totalité de l’histoire. En effet, Hegel met en place un système philosophique qui est capable de totaliser tout ce qui s’est dit et accompli auparavent dans tous les domaines et rend compte en même temps du mouvement et de la dynamique interne qui anime cette histoire. 

  L’oeuvre de Hegel intègre, en les renouvelant profondèment la logique, l’histoire de la philosophie, l’analyse des religions, la reflexion sur l’art, les sciences, la politique et le droit. Hegel veut parvenir à penser dans leur globalité l’époque des connaissances et des croyances, la succession des empires et la marche de la civilisation. Dans le processus chaotique, confus et continuellement changeant de l’histoire, il s’efforce de discerner sa compréhension.

  On a vu dans Hegel un penseur athée ou au contraire une sorte de renouveau et de théologie moderne. On a fait de lui l’inspirateur des courants ouvriers révolutionnaires ou à l’inverse le modèle du penseur conservateur, voire réactionnaire.

LA VIE DE HEGEL. 

Stuttgart 1770-1788.

  Georg Wilhelm Friedrich Hégel, né à Stuttgard le 27 août 1770 dans une famille de moyenne bourgeoisie et protestante, est un philosophe allemand. Son père Georg Ludwig Hegel (1733-1799) est fonctionnaire à la Cour des comptes du Duc de Wurtemberg. Sa mère Magdalena Fromm (1741-1783) est issue d’une famille très cultivée de juristes et participe à la 1ère formation intellectuelle de son fils mais meurt prématurément. Il fait ses études au gymnasium de sa ville natale où il est un écolier modèle. A l’âge de 10 ans son père lui fait apprendre la géomètrie et l’astronomie. Sa formation à Stuttgart est inspirée par les principes des Lumières et a pour contenu les textes classiques de l’Antiquité. Hegel aima le grec et traduit par exemple le Manuel d’Epictète, l’Antigone de Sophocle. Il rédige de nombreuses notes de lecture concernant la littérature, l’esthétique, la physiognomonie, les mathématiques, la physique, la psychologie, la pédagogie, la théologie, la philosophie.

  L’oeuvre de Hegel est une des plus représentatives de l’idéalisme allemand et elle a eu une influence décisive sur l’ensemble de la philosophie du XXème siècle. Hegel hérite d’un siècle qui découvre l’importance de l’histoire, la diversité des populations, l’ampleur des progrès humains. Il a 19 ans quand le peuple de Paris prend la bastille. Il devient philosophe dans le siècle des révolutions. Il a 23 ans quand l’espoir de la liberté prend le visage de la terreur. Il a un peu plus de 30 ans quand Bonaparte étend ses conquêtes révolutionnaires et militaires sur l’Europe.

Tübingen 1788-1793. 

  La formation initiale de Hegel fut religieuse autant que philosophique. Il entre à l’âge de 18 ans dans un séminaire protestant de Tübingen où est dispensé l’un des meilleurs enseignements de l’époque. Il y commence ses études universitaires. Il a en même temps que lui dans cette école Hölderlin qui sera un grand poète, Schelling qui sera aussi un grand penseur. Il étudie la philologie, l’histoire, la philosophie, la physique et les mathématiques. Hegel est un étudiant très doué mais timide et renfermé. En 1788, il rédige un article sur Les avantages que nous procure les anciens écrivains grecs et romains classiques. Il obtient sa maîtrise de philosophie en 1790 avec un mémoire sur le problème moral des discours dans lequel il oppose au dualisme Kantien, l’unité de la raison et de la sensibilité.

  Puis il s’inscrit à la faculté de Théologie. Il suit les cours sur l’histoire des apôtres, les Psaumes, les Epîtres, sur Cicéron, sur l’histoire de la philosophie, sur la métaphysique et la théologie naturelle et s’inscrit à titre personnel à des cours d’anatomie. L’essentiel de l’enseignement consiste dans un apprentissage de la dogmatique chrétienne qui provoque chez Hegel un écoeurement qui ressort dans ses écrits critiques postérieurs sur la religion. Il retourne souvent à Stuttgart à cause d’une mauvaise santé. Puis Hegel se fait l’orateur des idées de liberté et d’égalité avec des amis comme Friedrich Hölderlin, Friedrich Wilhelm von Schelling dont il partage la chambre. Il achève ses études à Tübingen en septembre en présentant un mémoire de théologie neutre sur l’histoire de l’église de Wurtemberg.

Berne 1793-1797.

  Au sortir du séminaire, Hegel ne fut pas pasteur ce à quoi sa formation de Théologie le destinait. Il devient précepteur à Berne à l’été 1793 jusqu’en 1797. Il travaille dans la famille du capitaine Karl Friedrich von Steiger (1754-1841) membre du Conseil Souverain de Berne et représentant de l’aristocratie alors au pouvoir dans ce canton. Il y fait l’expérience de la servitude. Mais il lui reste du temps pour les lectures et des travaux d’autant que cette famille possède une importante bibliothèque. Hegel étudie les derniers développements que prend la philosophie dans les publications de Kant, Fichte, Schiller et Schelling. Il attend une révolution en allemagne et écrit en ce sens à Schelling. Les écrits de Hegel rattachés à cette époque témoignent surtout d’une réflexion critique sur la religion chrétienne. La 1ère publication de Hegel concerne les habitants du pays de Vaud qui se révoltent contre la domination du gouvernement de Berne avec l’appui de la France. Hegel traduit et commente les événements en Allemand en 1798, sous couvert de l’anonymat, Les lettres confidentielles sur le rapport juridique du pays de Vaud à la ville de Berne de l’avocat révolutionnaire Jean Jacques Cart parues à Paris en 1793. 

Francfort 1797-1800.

  En 1797, Hegel prend la charge de précepteur à Francfort-sur-le-Main dans une famille de négociant en vin Johann Noë Gogel. Son lien amical avec Hölderlin se renforce. Hegel participe à son projet de tragédie sur la mort d’Empédocle.

  Hegel développe une critique de la raison et de la philosophie qui est le ferment de la dialectique. Hégel rédige, en 1798, un ouvrage dédié aux patriotes sur La situation récente de Wurtemberg.

  En 1799, Hegel compose un commentaire des théories économiques de James Steuart, aujourd’hui perdu. Son analyse de la société industrielle anglaise lui aurait permis de sortir des idéaux révolutionnaires et l’ont conduit dans la voie dialectique. Il poursuit sa critique de la religion sous un mode historique publié sous le titre de le Christianisme et son destin. Après la mort de son père en 1799, Hegel retourne à Stuttgart et dispose d’un héritage qui lui permet l’indépendance.

Iena 1801-1807.

  Hegel commence sa carrière universitaire en devenant privatdozent à l’université de Iena en 1801. Il soutient sa thèse latine sur Les orbites des planètes le 27 août 1801. Cette étude du système solaire doit illustrer la nouvelle physique spéculative en rompant avec la mécanique de Newton. Hegel se fait connaître également avec un écrit sur la différence entre les systèmes de Fichte et de Schelling. Hegel suit la pensée de Schelling dont il partage les idées et le logement. Puis à Iéna, il écrit son premier chef d’oeuvre , la Phénoménologie de l’esprit publié en 1807. Il fonde avec Schelling le Journal Critique de la philosophie en 1802 qui prend fin avec la départ de Schelling pour Würzburg en 1803.

Bamberg 1807-1808.

  L’arrivée de Napoléon interrompt ses activités universitaires. Hegel travaille alors comme rédacteur en chef en 1807 d’un petit journal à Bamberg.

Nuremberg 1808-1816.

  Hegel est engagé comme recteur du gymnasium de Nuremberg. Ses élèves ont entre 18 et 20 ans. Il enseigne son système de la philosophie. Il apprend aux élèves à dialoguer librement entre eux tout en gardant du respect. Il donne une suite à la Phénomènologie de l’esprit, qu’il continue à Heidelberg, en publiant La Science de la logique en 3 volumes (1812-1816). C’est un véritable traité de métaphysique. En 1811, il épouse Marie von Tucher. Ils ont 2 fils.

Heidelberg 1816-1818.

  Hegel est professeur d’Université à Heidelberg. Il participe à la rédaction des annales littéraires de Heidelberg, revue dirigée par des professeurs de l’université et consacrée à l’ensemble des disciplines académiques. Il donne ses premiers cours d’esthétique ou philosophie de l’art en 1817.

Berlin 1818-1831.

  En 1818, il occupe la chaire de Fichte décédé, à Berlin. Hegel publie ses Principes de la philosophie du droit (1820) qui développent sa philosophie pratique et particulièrement sa théorie sur les rapports de la Société civile et de l’Etat.

  Pendant ses vacances Hegel entreprend des voyages : 1819 à l’île de Rugen, à Dresde et en Suisse, en 1822 aux Pays Bas, – en 1824 à Vienne, – en 1827 à Paris,- en 1829 à Carlsbad et à Prague en passant par Weimar et Iena. Il s’intéresse à l’art et est épris de musique. En 1826, il fonde avec son élève Eduard Gans et d’autres professeurs les Annales de la critique scientifique. En 1929, il devient recteur de L’université de Berlin. En 1831, Hegel travaille à une nouvelle édition de la Science de la logique mais après 13 ans de gloire académique, vénéré par ses étudiants, admiré par toute l’Université, Hegel meurt brutalement le 14 novembre 1831 à Berlin, emporté par le choléra dans une épidémie qui décime la population.

  Ce philosophe aura fait peu de voyages. Mais dans ses chefs d’oeuvres on découvre des forces de subversion considérables. La Phénoménologie de l’esprit décrit l’histoire de la civilisation. La Science de la logique qu’il publie en 1816 et qu’il rédige à Nuremberg puis à Heidelberg explore les processus qui permettent à la réalité de se mouvoir et de se penser. L’Encyclopédie des sciences philosophiques qu’il publie à Berlin rassemble d’une manière reflexive les connaissances. Mais il ne faut pas oublier ses cours que publient ses élèves après sa mort. Ses leçons sur la philosophie de l’histoire, sur l’esthétique, sur l’histoire de la religion, sur l’histoire de la philosophie constituent des parties essentielles de son oeuvre.

LES DISCIPLES D’HEGEL. 

  Après sa mort, ses disciples se divisent en hégéliens de gauche et de droite. Les premiers insistent sur la primauté de la raison et principalement sur les luttes qui concernent l’histoire et la font avancer. Marx reprend à Hegel sa vision d’une marche de l’histoire conduite par le jeu des contradictions. Ainsi se développe la branche révolutionnaire de cette gauche hégélienne. Elle se continue avec Lénine qui lit et commente Hegel à Genève avant la révolution d’octobre qui conduit les bolcheviks au pouvoir.

  Par ailleurs, il existe une postérité fidèle à la tradition de l’idéalisme allemand et de son aspiration fondamentale à l’absolu. Ces hégéliens de droite mettent l’accent sur la place de l’esprit dans la marche de l’histoire universelle et sur le lien profond que Hegel leur semble établir entre philosophie et christianisme. A la fin du XIXème siècle se développe un néo-hégélianisme idéaliste en Grande Bretagne notamment les oeuvres de Bradley et de Bosanquet.

  La diversité de cet héritage montre l’ampleur du système hégélien. Selon que l’on privilégie un des points de vue, que l’on accentue une des composantes, le résultat est différent. En effet, des éléments opposés se trouvent dans cette totalité.

LA PENSEE D’HEGEL. 

  Hegel enseigne la philosophie sous la forme d’un système de tous les savoirs suivant une logique dialectique. Le système est présenté comme une phénoménologie de l’esprit puis comme une encyclopédie des sciences philosophiques et engendre des disciplines académiques nouvelles comme la philosophie de l’art, la philosophie de l’histoire. Il produit une synthèse audacieuse de l’ensemble de la philosophie présente et passée. La singularité de Hegel est d’avoir tenté de concevoir la totalité de la réalité à la fois dans sa diversité et dans son unité. Dans la réalité se trouvent une infinité de sous-réalités incompatibles construite d’éléments qui s’excluent mutuellement ou se contredisent. Habituellement pour élaborer une vérité on ne retient qu’un de ces éléments et on disqualifie ceux qui s’opposent. Cette manière de pratiquer ne permet pas cependant de concevoir la totalité. Elle aboutit à privilégier certains éléments.  Or pour Hégel le concret exige une pensée capable de tenir ensemble tous les aspects même ceux qui s’opposent et s’excluent. La vérité ne réside pas dans un seul point de vue. Elle est constituée par l’ensemble des éléments contraire et par le mouvement qui anime leurs relations.Voilà pourquoi Hegel accorde une place centrale à la contradiction.

  Dans les pensées antérieures à la sienne la contradiction était un signe d’impossibilité. Ce qui était contradictoire ne pouvait exister. Avec Hegel la contradiction apparaît comme l’indice même du réel. En effet, ce qui est réel est contradictoire. Et pourtant ce qui est réel est également rationnel c’est à dire compréhensible. Car la raison est capable de penser les contradictions, de saisir comment une situation donnée se transforme en son contraire. La pensée solide pour Hegel est celle de l’entendement qui sépare, classe, oppose et cloisonne. dans cette vision de la réalité seul compte le mouvement et non les points d’arrêt. La vérité est le parcours, le cheminement. Aucune des étapes ne contient la vérité.

  De plus ce qui interesse Hegel, c’est la manière dont la réalité ne cesse de se transformer, dans un processus dialectique : Thèse, antithèse, synthèse. Puis au sein même de la réalité une dynamique de destruction-conservation modifie les situations et les fait vivre. La négation est un mouvement interne de dépassement, elle appartient au processus de transformation continue de la réalité. Le génie d’Hegel est d’avoir compris la puissance du négatif. Celui-ci est une force qui travaille au sein de la réalité, la creuse du dedans et la fait avancer.

HEGEL ET L’HISTOIRE. 

  Hegel adapte cette dialectique à l’histoire. Le chaos apparent des évènements, le cours hasardeux des guerres, les effondrements et les renaissances des cultures n’est pas une fin en soi. De plus, elle se révèle animée du dedans par une logique profonde. La monarchie est détruite du dedans par la Révolution, et la Révolution se détruit, à son tour, pour engendrer un régime qui n’est ni monarchie, ni république mais qui conserve les traits de l’une et de l’autre.  Napoléon 1er condense en lui l’esprit de l’histoire et son principe d’évolution. Les individus n’agissent qu’à court terme, en fonction de leurs intérêts personnels. L’objectif de Napoléon est sa propre gloire et non la réalisation d’un projet global. Toutefois en consolidant son règne, en étendant son empire, il contribue à l’extension des libertés citoyennes, la constitution des Etats-nation en Europe.

  Enfin la conception hégélienne de l’histoire s’organise autour de caractéristiques propres à l’esprit d’un peuple ou à l’esprit d’un temps. Cette conception aura, elle aussi, une longue et diverse postérité. Elle suppose que les multiples aspects d’une époque soient reliés. Les différentes formes d’art (architectural, musical, pictural, poétique) seraient connectées aux croyances religieuses, aux conceptions morales, aux structures politiques. A la place de d’unité séparée qui suivent des évolutions disjointes, Hegel voit une forme d’unité profonde, de cohérence interne de chaque civilisation.

  C’est à travers le passage dialectique d’une forme de civilisation à une autre que se poursuit la marche de l’histoire. Elle s’accompagne d’une prise de conscience graduelle de l’esprit par lui-même. Le terme de ce processus constitue ce que Hegel nomme : savoir absolu. L’expression ne doit pas susciter de confusion. Elle ne signifie pas un savoir englobant les données factuelles du monde. Atteindre le savoir absolu ne veut surtout pas dire que l’on connaisse tout.

  Le savoir absolu est l’ultime étape de la marche de l’esprit vers la conscience de soi, celle où il se réconcilie définitivement avec lui-même et se comprend en ayant compris la totalité de son parcours. C’est aussi le point où la vision de l’histoire s’éclaire, où la philosophie dépasse et conserve la véritée incarnée par le christianisme en tant que religion absolue. Le savoir absolu constitue le point d’aboutissement de l’histoire humaine, celui d’où l’on peut penser la totalité du parcours. Il en est ainsi par une nécessité interne au déploiement de la pensée. Hegel se situe au point où tout devient visible.

LA PHENOMENOLOGIE DE L’ESPRIT. 

  Achevée dans la hâte et la fièvre au milieu des armées françaises arrivant à Iena, la Phénoménologie de l’esprit est un texte parfois déroutant. Le texte doit se lire en plusieurs plans. C’est une histoire de l’humanité depuis la forme de la conscience immédiate et sensible voisine de l’animalité jusqu’à la conscience de soi du savoir absolu. C’est aussi une histoire de la culture occidentale depuis l’Antiquité jusqu’à la science et à l’Etat moderne. C’est enfin une histoire de la pensée de Hegel, une forme d’autobiographie intellectuelle.

  Cette histoire retrace la vie de l’esprit et non les faits ou des éléments ponctuels. Les figures évoquées ne sont ni des personnages, ni des faits mais des moments du développement de la conscience, des postures liées à l’état de développement du savoir et des relations de la conscience et à elle-même.

  Tous les thèmes essentiels par rapport à son système postérieur sont déjà présents, mais l’ordre et les analyses diffèrent. La Phénoménologie de l’esprit a pris place à côté des grandes oeuvres, sommets de l’histoire occidentale.

Texte écrit et publié par Chantal Flury le 16 Juin 2009.background-2008_039.jpg 


Archive pour juin, 2009

GEORG WILHELM FRIEDRICH HEGEL.

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Hegel dans sa chambre de travail.

Lithographie dédicacée à Goethe, en 1828.

GEORG WILHELM FRIEDRICH HEGEL.

  Hegel ne fait rien pour séduire et il ne cherche pas un auditoire. De plus, il y a chez Hegel une volonté d’hermétisme. Mais il faut le suivre car ce philosophe veut tout embrasser par la pensée. Sa philosophie récapitule la totalité de l’histoire. En effet, Hegel met en place un système philosophique qui est capable de totaliser tout ce qui s’est dit et accompli auparavent dans tous les domaines et rend compte en même temps du mouvement et de la dynamique interne qui anime cette histoire. 

  L’oeuvre de Hegel intègre, en les renouvelant profondèment la logique, l’histoire de la philosophie, l’analyse des religions, la reflexion sur l’art, les sciences, la politique et le droit. Hegel veut parvenir à penser dans leur globalité l’époque des connaissances et des croyances, la succession des empires et la marche de la civilisation. Dans le processus chaotique, confus et continuellement changeant de l’histoire, il s’efforce de discerner sa compréhension.

  On a vu dans Hegel un penseur athée ou au contraire une sorte de renouveau et de théologie moderne. On a fait de lui l’inspirateur des courants ouvriers révolutionnaires ou à l’inverse le modèle du penseur conservateur, voire réactionnaire.

LA VIE DE HEGEL. 

Stuttgart 1770-1788.

  Georg Wilhelm Friedrich Hégel, né à Stuttgard le 27 août 1770 dans une famille de moyenne bourgeoisie et protestante, est un philosophe allemand. Son père Georg Ludwig Hegel (1733-1799) est fonctionnaire à la Cour des comptes du Duc de Wurtemberg. Sa mère Magdalena Fromm (1741-1783) est issue d’une famille très cultivée de juristes et participe à la 1ère formation intellectuelle de son fils mais meurt prématurément. Il fait ses études au gymnasium de sa ville natale où il est un écolier modèle. A l’âge de 10 ans son père lui fait apprendre la géomètrie et l’astronomie. Sa formation à Stuttgart est inspirée par les principes des Lumières et a pour contenu les textes classiques de l’Antiquité. Hegel aima le grec et traduit par exemple le Manuel d’Epictète, l’Antigone de Sophocle. Il rédige de nombreuses notes de lecture concernant la littérature, l’esthétique, la physiognomonie, les mathématiques, la physique, la psychologie, la pédagogie, la théologie, la philosophie.

  L’oeuvre de Hegel est une des plus représentatives de l’idéalisme allemand et elle a eu une influence décisive sur l’ensemble de la philosophie du XXème siècle. Hegel hérite d’un siècle qui découvre l’importance de l’histoire, la diversité des populations, l’ampleur des progrès humains. Il a 19 ans quand le peuple de Paris prend la bastille. Il devient philosophe dans le siècle des révolutions. Il a 23 ans quand l’espoir de la liberté prend le visage de la terreur. Il a un peu plus de 30 ans quand Bonaparte étend ses conquêtes révolutionnaires et militaires sur l’Europe.

Tübingen 1788-1793. 

  La formation initiale de Hegel fut religieuse autant que philosophique. Il entre à l’âge de 18 ans dans un séminaire protestant de Tübingen où est dispensé l’un des meilleurs enseignements de l’époque. Il y commence ses études universitaires. Il a en même temps que lui dans cette école Hölderlin qui sera un grand poète, Schelling qui sera aussi un grand penseur. Il étudie la philologie, l’histoire, la philosophie, la physique et les mathématiques. Hegel est un étudiant très doué mais timide et renfermé. En 1788, il rédige un article sur Les avantages que nous procure les anciens écrivains grecs et romains classiques. Il obtient sa maîtrise de philosophie en 1790 avec un mémoire sur le problème moral des discours dans lequel il oppose au dualisme Kantien, l’unité de la raison et de la sensibilité.

  Puis il s’inscrit à la faculté de Théologie. Il suit les cours sur l’histoire des apôtres, les Psaumes, les Epîtres, sur Cicéron, sur l’histoire de la philosophie, sur la métaphysique et la théologie naturelle et s’inscrit à titre personnel à des cours d’anatomie. L’essentiel de l’enseignement consiste dans un apprentissage de la dogmatique chrétienne qui provoque chez Hegel un écoeurement qui ressort dans ses écrits critiques postérieurs sur la religion. Il retourne souvent à Stuttgart à cause d’une mauvaise santé. Puis Hegel se fait l’orateur des idées de liberté et d’égalité avec des amis comme Friedrich Hölderlin, Friedrich Wilhelm von Schelling dont il partage la chambre. Il achève ses études à Tübingen en septembre en présentant un mémoire de théologie neutre sur l’histoire de l’église de Wurtemberg.

Berne 1793-1797.

  Au sortir du séminaire, Hegel ne fut pas pasteur ce à quoi sa formation de Théologie le destinait. Il devient précepteur à Berne à l’été 1793 jusqu’en 1797. Il travaille dans la famille du capitaine Karl Friedrich von Steiger (1754-1841) membre du Conseil Souverain de Berne et représentant de l’aristocratie alors au pouvoir dans ce canton. Il y fait l’expérience de la servitude. Mais il lui reste du temps pour les lectures et des travaux d’autant que cette famille possède une importante bibliothèque. Hegel étudie les derniers développements que prend la philosophie dans les publications de Kant, Fichte, Schiller et Schelling. Il attend une révolution en allemagne et écrit en ce sens à Schelling. Les écrits de Hegel rattachés à cette époque témoignent surtout d’une réflexion critique sur la religion chrétienne. La 1ère publication de Hegel concerne les habitants du pays de Vaud qui se révoltent contre la domination du gouvernement de Berne avec l’appui de la France. Hegel traduit et commente les événements en Allemand en 1798, sous couvert de l’anonymat, Les lettres confidentielles sur le rapport juridique du pays de Vaud à la ville de Berne de l’avocat révolutionnaire Jean Jacques Cart parues à Paris en 1793. 

Francfort 1797-1800.

  En 1797, Hegel prend la charge de précepteur à Francfort-sur-le-Main dans une famille de négociant en vin Johann Noë Gogel. Son lien amical avec Hölderlin se renforce. Hegel participe à son projet de tragédie sur la mort d’Empédocle.

  Hegel développe une critique de la raison et de la philosophie qui est le ferment de la dialectique. Hégel rédige, en 1798, un ouvrage dédié aux patriotes sur La situation récente de Wurtemberg.

  En 1799, Hegel compose un commentaire des théories économiques de James Steuart, aujourd’hui perdu. Son analyse de la société industrielle anglaise lui aurait permis de sortir des idéaux révolutionnaires et l’ont conduit dans la voie dialectique. Il poursuit sa critique de la religion sous un mode historique publié sous le titre de le Christianisme et son destin. Après la mort de son père en 1799, Hegel retourne à Stuttgart et dispose d’un héritage qui lui permet l’indépendance.

Iena 1801-1807.

  Hegel commence sa carrière universitaire en devenant privatdozent à l’université de Iena en 1801. Il soutient sa thèse latine sur Les orbites des planètes le 27 août 1801. Cette étude du système solaire doit illustrer la nouvelle physique spéculative en rompant avec la mécanique de Newton. Hegel se fait connaître également avec un écrit sur la différence entre les systèmes de Fichte et de Schelling. Hegel suit la pensée de Schelling dont il partage les idées et le logement. Puis à Iéna, il écrit son premier chef d’oeuvre , la Phénoménologie de l’esprit publié en 1807. Il fonde avec Schelling le Journal Critique de la philosophie en 1802 qui prend fin avec la départ de Schelling pour Würzburg en 1803.

Bamberg 1807-1808.

  L’arrivée de Napoléon interrompt ses activités universitaires. Hegel travaille alors comme rédacteur en chef en 1807 d’un petit journal à Bamberg.

Nuremberg 1808-1816.

  Hegel est engagé comme recteur du gymnasium de Nuremberg. Ses élèves ont entre 18 et 20 ans. Il enseigne son système de la philosophie. Il apprend aux élèves à dialoguer librement entre eux tout en gardant du respect. Il donne une suite à la Phénomènologie de l’esprit, qu’il continue à Heidelberg, en publiant La Science de la logique en 3 volumes (1812-1816). C’est un véritable traité de métaphysique. En 1811, il épouse Marie von Tucher. Ils ont 2 fils.

Heidelberg 1816-1818.

  Hegel est professeur d’Université à Heidelberg. Il participe à la rédaction des annales littéraires de Heidelberg, revue dirigée par des professeurs de l’université et consacrée à l’ensemble des disciplines académiques. Il donne ses premiers cours d’esthétique ou philosophie de l’art en 1817.

Berlin 1818-1831.

  En 1818, il occupe la chaire de Fichte décédé, à Berlin. Hegel publie ses Principes de la philosophie du droit (1820) qui développent sa philosophie pratique et particulièrement sa théorie sur les rapports de la Société civile et de l’Etat.

  Pendant ses vacances Hegel entreprend des voyages : 1819 à l’île de Rugen, à Dresde et en Suisse, en 1822 aux Pays Bas, – en 1824 à Vienne, – en 1827 à Paris,- en 1829 à Carlsbad et à Prague en passant par Weimar et Iena. Il s’intéresse à l’art et est épris de musique. En 1826, il fonde avec son élève Eduard Gans et d’autres professeurs les Annales de la critique scientifique. En 1929, il devient recteur de L’université de Berlin. En 1831, Hegel travaille à une nouvelle édition de la Science de la logique mais après 13 ans de gloire académique, vénéré par ses étudiants, admiré par toute l’Université, Hegel meurt brutalement le 14 novembre 1831 à Berlin, emporté par le choléra dans une épidémie qui décime la population.

  Ce philosophe aura fait peu de voyages. Mais dans ses chefs d’oeuvres on découvre des forces de subversion considérables. La Phénoménologie de l’esprit décrit l’histoire de la civilisation. La Science de la logique qu’il publie en 1816 et qu’il rédige à Nuremberg puis à Heidelberg explore les processus qui permettent à la réalité de se mouvoir et de se penser. L’Encyclopédie des sciences philosophiques qu’il publie à Berlin rassemble d’une manière reflexive les connaissances. Mais il ne faut pas oublier ses cours que publient ses élèves après sa mort. Ses leçons sur la philosophie de l’histoire, sur l’esthétique, sur l’histoire de la religion, sur l’histoire de la philosophie constituent des parties essentielles de son oeuvre.

LES DISCIPLES D’HEGEL. 

  Après sa mort, ses disciples se divisent en hégéliens de gauche et de droite. Les premiers insistent sur la primauté de la raison et principalement sur les luttes qui concernent l’histoire et la font avancer. Marx reprend à Hegel sa vision d’une marche de l’histoire conduite par le jeu des contradictions. Ainsi se développe la branche révolutionnaire de cette gauche hégélienne. Elle se continue avec Lénine qui lit et commente Hegel à Genève avant la révolution d’octobre qui conduit les bolcheviks au pouvoir.

  Par ailleurs, il existe une postérité fidèle à la tradition de l’idéalisme allemand et de son aspiration fondamentale à l’absolu. Ces hégéliens de droite mettent l’accent sur la place de l’esprit dans la marche de l’histoire universelle et sur le lien profond que Hegel leur semble établir entre philosophie et christianisme. A la fin du XIXème siècle se développe un néo-hégélianisme idéaliste en Grande Bretagne notamment les oeuvres de Bradley et de Bosanquet.

  La diversité de cet héritage montre l’ampleur du système hégélien. Selon que l’on privilégie un des points de vue, que l’on accentue une des composantes, le résultat est différent. En effet, des éléments opposés se trouvent dans cette totalité.

LA PENSEE D’HEGEL. 

  Hegel enseigne la philosophie sous la forme d’un système de tous les savoirs suivant une logique dialectique. Le système est présenté comme une phénoménologie de l’esprit puis comme une encyclopédie des sciences philosophiques et engendre des disciplines académiques nouvelles comme la philosophie de l’art, la philosophie de l’histoire. Il produit une synthèse audacieuse de l’ensemble de la philosophie présente et passée. La singularité de Hegel est d’avoir tenté de concevoir la totalité de la réalité à la fois dans sa diversité et dans son unité. Dans la réalité se trouvent une infinité de sous-réalités incompatibles construite d’éléments qui s’excluent mutuellement ou se contredisent. Habituellement pour élaborer une vérité on ne retient qu’un de ces éléments et on disqualifie ceux qui s’opposent. Cette manière de pratiquer ne permet pas cependant de concevoir la totalité. Elle aboutit à privilégier certains éléments.  Or pour Hégel le concret exige une pensée capable de tenir ensemble tous les aspects même ceux qui s’opposent et s’excluent. La vérité ne réside pas dans un seul point de vue. Elle est constituée par l’ensemble des éléments contraire et par le mouvement qui anime leurs relations.Voilà pourquoi Hegel accorde une place centrale à la contradiction.

  Dans les pensées antérieures à la sienne la contradiction était un signe d’impossibilité. Ce qui était contradictoire ne pouvait exister. Avec Hegel la contradiction apparaît comme l’indice même du réel. En effet, ce qui est réel est contradictoire. Et pourtant ce qui est réel est également rationnel c’est à dire compréhensible. Car la raison est capable de penser les contradictions, de saisir comment une situation donnée se transforme en son contraire. La pensée solide pour Hegel est celle de l’entendement qui sépare, classe, oppose et cloisonne. dans cette vision de la réalité seul compte le mouvement et non les points d’arrêt. La vérité est le parcours, le cheminement. Aucune des étapes ne contient la vérité.

  De plus ce qui interesse Hegel, c’est la manière dont la réalité ne cesse de se transformer, dans un processus dialectique : Thèse, antithèse, synthèse. Puis au sein même de la réalité une dynamique de destruction-conservation modifie les situations et les fait vivre. La négation est un mouvement interne de dépassement, elle appartient au processus de transformation continue de la réalité. Le génie d’Hegel est d’avoir compris la puissance du négatif. Celui-ci est une force qui travaille au sein de la réalité, la creuse du dedans et la fait avancer.

HEGEL ET L’HISTOIRE. 

  Hegel adapte cette dialectique à l’histoire. Le chaos apparent des évènements, le cours hasardeux des guerres, les effondrements et les renaissances des cultures n’est pas une fin en soi. De plus, elle se révèle animée du dedans par une logique profonde. La monarchie est détruite du dedans par la Révolution, et la Révolution se détruit, à son tour, pour engendrer un régime qui n’est ni monarchie, ni république mais qui conserve les traits de l’une et de l’autre.  Napoléon 1er condense en lui l’esprit de l’histoire et son principe d’évolution. Les individus n’agissent qu’à court terme, en fonction de leurs intérêts personnels. L’objectif de Napoléon est sa propre gloire et non la réalisation d’un projet global. Toutefois en consolidant son règne, en étendant son empire, il contribue à l’extension des libertés citoyennes, la constitution des Etats-nation en Europe.

  Enfin la conception hégélienne de l’histoire s’organise autour de caractéristiques propres à l’esprit d’un peuple ou à l’esprit d’un temps. Cette conception aura, elle aussi, une longue et diverse postérité. Elle suppose que les multiples aspects d’une époque soient reliés. Les différentes formes d’art (architectural, musical, pictural, poétique) seraient connectées aux croyances religieuses, aux conceptions morales, aux structures politiques. A la place de d’unité séparée qui suivent des évolutions disjointes, Hegel voit une forme d’unité profonde, de cohérence interne de chaque civilisation.

  C’est à travers le passage dialectique d’une forme de civilisation à une autre que se poursuit la marche de l’histoire. Elle s’accompagne d’une prise de conscience graduelle de l’esprit par lui-même. Le terme de ce processus constitue ce que Hegel nomme : savoir absolu. L’expression ne doit pas susciter de confusion. Elle ne signifie pas un savoir englobant les données factuelles du monde. Atteindre le savoir absolu ne veut surtout pas dire que l’on connaisse tout.

  Le savoir absolu est l’ultime étape de la marche de l’esprit vers la conscience de soi, celle où il se réconcilie définitivement avec lui-même et se comprend en ayant compris la totalité de son parcours. C’est aussi le point où la vision de l’histoire s’éclaire, où la philosophie dépasse et conserve la véritée incarnée par le christianisme en tant que religion absolue. Le savoir absolu constitue le point d’aboutissement de l’histoire humaine, celui d’où l’on peut penser la totalité du parcours. Il en est ainsi par une nécessité interne au déploiement de la pensée. Hegel se situe au point où tout devient visible.

LA PHENOMENOLOGIE DE L’ESPRIT. 

  Achevée dans la hâte et la fièvre au milieu des armées françaises arrivant à Iena, la Phénoménologie de l’esprit est un texte parfois déroutant. Le texte doit se lire en plusieurs plans. C’est une histoire de l’humanité depuis la forme de la conscience immédiate et sensible voisine de l’animalité jusqu’à la conscience de soi du savoir absolu. C’est aussi une histoire de la culture occidentale depuis l’Antiquité jusqu’à la science et à l’Etat moderne. C’est enfin une histoire de la pensée de Hegel, une forme d’autobiographie intellectuelle.

  Cette histoire retrace la vie de l’esprit et non les faits ou des éléments ponctuels. Les figures évoquées ne sont ni des personnages, ni des faits mais des moments du développement de la conscience, des postures liées à l’état de développement du savoir et des relations de la conscience et à elle-même.

  Tous les thèmes essentiels par rapport à son système postérieur sont déjà présents, mais l’ordre et les analyses diffèrent. La Phénoménologie de l’esprit a pris place à côté des grandes oeuvres, sommets de l’histoire occidentale.

Texte écrit et publié par Chantal Flury le 16 Juin 2009.background-2008_039.jpg 

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