JEAN-JACQUES ROUSSEAU.

 Pastel de Maurice Quentin de La Tour, Jean-Jacques Rousseau, en 1753, (alors âgé de 41 ans)

Pastel de Maurice Quentin de la Tour – JJ Rousseau en 1753 à l’âge de 41 ans.

La vie de Rousseau.  

  Jean-Jacques Rousseau est né le 28 Juin 1712 à Genève et est mort à Ermenonville, près de Paris, le 02 Juillet 1778. C’est un écrivain, philosophe et musicien genèvois de langue française. Il est un illustre philosophe du siècle des Lumières. Il est particulièrement célèbre pour ses travaux sur l’homme, la société ainsi que sur l’éducation.

  La mère de Jean Jacques Rousseau, Suzanne Bernard, fille de l’horloger Jacques Bernard (1673-1712) est morte 9 jours après sa naissance. Son père Isaac Rousseau était horloger comme son propre père et son grand-père. Rousseau est élevé par son oncle Samuel Bernard à partir de l’âge de 9 ans. Il est abandonné par son père qui doit quitter Genève et mettre Rousseau en pension alors qu’il n’a que 10 ans. Il passe 2 ans chez le pasteur Lambercier à Bossey (1722-1724). Ensuite son oncle le place comme apprenti chez un greffier, puis en 1725 chez un maître graveur. Rousseau quitte Genève à 16 ans en 1728. Il est envoyé chez la baronne de Warens, catholique. La baronne l’envoie à Turin où il se convertit au catholicisme. Puis il retourne chez elle, près de Chambéry. Elle deviendra sa maîtresse.

  Rousseau demeure toute sa vie du côté des humbles, du peuple. Il exerce les professions de laquais, secrétaire, musicien, précepteur, copiste de musique. Il ne sera jamais riche, ni propriétaire. Il a une exitence à l’inverse de Voltaire qui cherche et trouve la gloire, la fortune et le luxe. Il ne cesse de voyager à pieds. En 1730, il voyage à pieds jusqu’à Neuchatel où il enseigne la musique. Ces longues marches le lient avec la nature, à son goût de la solitude et de la rêverie. En 1732, il revient à Chambery où il travaille aux Services administratifs du duché de Savoie puis comme maître de musique auprès de jeunes filles. En 1734, il devient l’intendant de Mme de Warens. Il écrit pour elle en 1739, son premier livre, le Verger de Madame la baronne de Warens. Jean Jacques Rousseau ne se sent pas bien dans les salons littéraires, ni avec les intellectuels.

  Il est à Paris en 1742-1743. Il se lie alors avec Denis Diderot et Mme Epinay. Après avoir rédigé quelques articles de musique et de science politique pour l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, il se brouille avec les philosophes. En 1745 à Paris, il rencontre Thérèse Levasseur, servante d’auberge. Il a avec elle 5 enfants qu’il confie ensuite aux Enfants Trouvés (Assistance Publique). Il finira par l’épouser le 30 août 1768 à Bourgoin-Jallieu. Il s’est fâché avec Voltaire. Après avoir rejoint l’Angleterre et David Hume en 1765, il rompt avec lui aussi rapidement. Entre 1766 et 1769, il écrit les Confessions dans lesquelles il se justifie de l’abandon de ses enfants.

  Il rentre à Paris en 1770, à la veille de la chute de Choiseul. En 1772, il entame la rédaction des Dialogues de Rousseau juge de Jean-Jacques.

  Les Rêveries d’un promeneur Solitaire sont rédigées les dernières années de sa vie.

  Jean-Jacques Rousseau a donc deux facettes : d’un côté, il est réservé, sensible et fragile et de l’autre il est radical, résolu et intransigeant. Mais c’est aussi un révolutionnaire qui constitue une révolution dans l’histoire de la pensée et dans celle de la littérature. Il bouleverse aussi la philosophie. Pour lui, l’avancée technique a toujours un prix à humainement payer.

Rousseau et Les lumières. 

  Rousseau pense qu’il faut abandonner l’idée chère aux penseurs des Lumières d’une marche parallèle du progrès moral et du progrès des sciences et des techniques. Au contraire plus nous sommes savants moins nous pouvons être sages. Nos savoirs nous rendent plus froids, plus égoïstes voir plus pervers. Avec des savoirs nous sommes plus puissants mais notre âme devient difforme et desséchée. Sa laideur croit en même temps que se développe la face brillante des savoirs et des techniques.

  Rousseau rompt ainsi la pensée que toutes les améliorations nous font évoluer dans un même sens positif. Inutile d’attendre de la science une éducation plus relationnelle et une amélioration de l’humanité, c’est un leurre! De plus, la révolution de Rousseau est plus radicale et plus profonde qu’une opposition à l’évolution de son siècle. Il dit qu’il faut rompre avec l’antique conception héritée de Socrate et de Platon selon laquelle la connaissance accroît la vertu. Un savant n’est pas nécessairement un sage.

  Rousseau ne trouve pas seulement l’homme bon mais il découvre que la société le corrompt. De plus, à la question de qui suis-je Rousseau ne répond pas comme Descartes  » un être qui pense », il affirme « je suis mon coeur ». Donc le sentiment remplace chez lui la réflexion. Il est possible, par le moyen du coeur, la nature. Rousseau est le premier philosophe qui accorde la primauté à l’émotion. Jusqu’à lui, l’affectivité, la sensibilité, les passions étaient jugées inférieures et dangereuses. Pour être un philosophe, il fallait s’en défier et les maîtriser par la raison. La voix de la nature se trouve neutralisée par la raison et Rousseau se révolte. Il ne peut pas supporter l’insensibilité, la froideur, les coeurs éteints. Coeur, sentiment, intuition, voies de la conscience sont utilisés par Rousseau. Ces expressions ne sont pas des synonymes mais elles convergent vers une source unique que nous pouvons nommer sensibilité et qu’il privilègie. Pour lui ce qui est le plus important c’est cette voix intérieure pure. Rousseau juge que ce qui parle en nous est plus décisif que ce que nous lisons. La sagesse de la nature, la voix de la conscience, le divin se lisent à coeur ouvert sans intermédiaire, sans artifices, sans livres. En conséquence, la réflexion et les connaissances ne sont plus des soutiens indispensables pour la philosophie. L’intelligence risque de brouiller ou d’étouffer la voix de la nature. En effet, elle peut instaurer des distances avec notre coeur. Elle peut nous tendre des pièges et nous perdre.

La raison rend insensible. 

  Voyant quelqu’un souffrir nous souffrons aussi si nous ne sommes pas dénaturés. Nous voulons le secourir spontanément sans avoir au préalable réfléchi. Nous ne lui demandons pas les raisons de son malheur. Nous agissons par le mouvement de notre coeur et voulons alléger cette souffrance. Regardons agir les mouvements de solidarité lors des accidents quotidiens ou lors de grandes catastrophes humanitaires!

  Si la raison étouffe ce mouvement originaire que déclenche la pitié, nous sommes profondèment dénaturés. Pour Rousseau, le philosophe est capable de s’endormir lorsqu’on égorge quelqu’un sous sa fenêtre. Rousseau, par rapport à la philosophie antérieure rend la conscience morale indépendante de la raison. Cette conscience ne résulte pas d’un processus logique ni d’un dispositif théorique. Elle nous permet de discerner directement le bien du mal, nous indique immédiatement et spontanément notre devoir sans que nous ayons besoin d’y réfléchir. Cette voix de la nature constitue pour Rousseau ce que Dieu nous dit. Nous le sentons dans notre coeur sans avoir besoin d’y réfléchir de manière logique.

  Cette primauté du coeur est aussi celle de la subjectivité. Je ne trouve pas le devoir, le bien et le mal, la vérité dans un monde idéal et objectif, mais au contraire je les éprouve à l’intérieur de moi, dans mon histoire avec mes sentiments et mes mots. Ce double mouvement conjuguant coeur et subjectivité forment des points cruciaux dans la démarche de Rousseau. Par exemple la critique de l’histoire humaine. Car l’évolution de l’humanité nous éloigne des mouvements de notre coeur. Elle nous entraîne dans des artifices, de la froideur, dans des passions dénaturées et nous rend sourds à la voix de la nature. Cette critique de l’histoire est aussi une critique de la société. Cette société considérée par Rousseau comme abus de l’artifice et des conventions. La solidarité fait place à des rivalités absurdes, la pitié est remplacée par l’égoïsme. La philosophie est critiquée et vécue comme une hypertrophie de la rationalité. Au regard de la pureté de la nature, la culture peut toujours être regardée dans un sens péjoratif.

  La révolution que propose Rousseau c’est de faire renaître la pureté première de la nature dans nos coeurs, dans nos moeurs et dans l’histoire universelle. Car la pureté n’est jamais complètement morte. Elle n’est qu’obscursie, enfouie, déformée et transformée par l’histoire et la société. Elle peut toujours ressurgir. Ce retour de la pureté résurgence de la nature dans la civilisation correspond à un mouvement profond de la vie de Rousseau. Pour Rousseau, il est possible de dissocier son existence intime et le mouvement de sa pensée. 

Une vie solitaire. 

  Dans les confessions, Rousseau a consacré plusieurs volumes à une période restrainte de son existense. Il avoue tout pour se faire aimer. Cet aveu fut un grand facteur d’incompréhension pour son entourage en particulier avec les philosophes de son époque. Sa vie est marquée par des brouilles, par des rencontres et des éloignements.

  Ce qui domine la vie de Rousseau est la solitude choisie ou subie.

  A la fin de sa vie, dans les Confessions (écrites de 1766-1769) et dans l’Emile publié en 1762 (avec Du contrat social), Rousseau est obsédé pour rejoindre cette voix de la nature. En effet, elle persiste pour exister toujours en nous mais si elle est temporairement recouverte par nos lâchetés ou nos indifférences. Il est possible de la rejoindre par l’aveu, l’exposition de soi-même sans faux semblant ni masque ou de la préserver par une éducation différente de l’ordinaire contrainte.

  Ainsi Rousseau se présente avec les traits du romantismes et encore de la modernité : homme seul contre les pouvoirs, homme simple contre les puissants, homme vertueux contre les intrigants, naïf contre les pervers, révolutionnaire contre les despotes. Mais aussi il dérive à plusieurs reprises vers la fin de sa vie dans les parages de la folie…

Critique des Lumières. 

  Rousseau critique Les lumières car l’optimisme des Lumières est à ses yeux excessif et mensonger. Il est aussi un adversaire des sciences et des techniques mais celà ne signifie pas qu’il en condamne tout : Il combat l’idée que ce progrès doit entraîner un progrès humain et moral. Il a la conviction que toute avancée sur un plan se double d’une face sombre.

  Comment s’est mis en place cette dégradation, cet éloignement de la nature, ce départ si éloigné de la vie authentique ? Voilà la question de Rousseau. Il veut comprendre comment nous sommes passés de l’homme nature à l’homme de l’homme. Nous comparerons le sauvage supposé simple et vertueux, proche de la nature originelle, solidaire de ses semblables et le courtisan jugé capable de trahir un ami proche pour obtenir d’un tyran une faveur qui ne dure pas : une spirale de l’histoire qui combine le malheur, la corruption, le despotisme. La voie de la nature se trouve alors presque étouffée sous les artifices de la perversion. Une fois éclaircie l’énigme de la dégradation des moeurs, le problème est de savoir si nous pouvons y remédier et comment. Si la nature en nous n’est pas détruite, il faut faire renaître l’homme de la nature dans la société. L’éducation va devoir réapprendre à écouter la nature, d’éviter de la déformer.

  Ce sera la tâche de l’Emile ou De l’éducation, publié en 1762, qui est condamné par le Parlement de Paris. Les connaissances ne viennent pas à l’enfant du dehors, il les découvre en lui s’il n’est pas entravé ni contraint à autre chose. Pour Rousseau, chez l’enfant l’amour est un instinct de conservation. Chez l’adolescent nait l’amour physique. L’amour de soi devient l’amour propre. L’adolescent a des contacts et de là naissent la jalousie, le mensonge. Il a plus de besoins et se compare aux autres ce qui engendre, la vanité, l’orgueil. L’amour physique est purement sexuel. On choisit un corps. Puis pour ne pas perdre sa bien aimée, il faut rivaliser avec les autres. L’amour moral fait partie lui d’un choix propre à l’individu.

  Sur le plan politique, Du contrat social publié également en 1762, est condamné aussi par le Parlement de Paris. Il propose un modèle de pacte dans lequel chacun est à la fois gouvernant et gouverné, et ne se déssaisit pas de sa liberté. Voltaire l’accuse de vouloir nous faire marcher à quatre pattes. Mais il s’agit d’une idée fausse car Rousseau n’appelle pas à revenir à une situation antérieure de la société, il souhaite faire de la pureté première une pureté de l’avenir. Il ne faut pas revenir à ce qu’il y avait autrefois mais à ce qu’il y a en nous. La nature est dans notre propre coeur. Il s’agit de la retrouver et d’y puiser à nouveau : il y a un retour à l’interieur de soi mais non un retour en arrière. L’Emile et Du contrat social sont interdits en France, au Pays Bas, à Genève et à Berne. 

Trois oeuvres majeures. 

  Comment avons nous perdu la nature et comment pouvons nous la retrouver ? Ces deux questions organisent les trois oeuvres majeures de Rousseau que sont le Discours sur les sciences et les arts, le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes et Du contrat social.

  Le Discours sur les sciences et les arts est le premier texte qui rendit Rousseau célèbre. Il lit le sujet : la question est de savoir  » si le rétablissement des arts a contribué à épurer les moeurs. «  A peine a-t-il lu le sujet proposé par l’Académie de Dijon pour le prix de morale de 1750 qu’il a une vision  » Je vis un autre univers et je vis un autre homme.  » dit-il et il se retrouve dans un état second. Ce Discours est une description de notre éloignement progressif de la nature et une méditation sur l’obscurcissement de notre âme. Ce discours frappe ceux qui vivent en un temps où sont quotidiennement dénoncés les méfaits des machines, les ravages réels ou possibles des sciences.

  Dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes de 1754, Rousseau reprend l’état de nature. Pour Rousseau dans cette situation de  » pure nature » les hommes vivent dépourvus de tout lien social. Ils errent en solitaire dans les forêts, se nourissent de leur cueillette, privés de tout instinct communautaire, dépourvus de langage et de techniques. Rien ne les déstabilise et ne les pousse à se sortir de cet état originaire. Rousseau doit donc imaginer des catastrophes externes : éruptions, inondations, changement climatique. ces hommes vont alors se regrouper et se forcer à vivre ensemble, à se parler, à échanger des biens et des services etc…Ces hommes commencent donc à inventer les techniques, le pouvoir et bientôt la propriété comme le premier des malheurs. Ces changements vont engendrer la détérioration et la corruption. Les humains au fur et à mesure qu’ils progressent, inventent, découvrent, apprennent, deviennent inhumains et violents jusqu’à l’extrème et le despotisme et la tyrannie qui engendre la révolution. La nature s’oppose à la culture. 

   Avec Du contrat social, publié je le rappelle en 1762, Rousseau se charge de forger des concepts essentiels pour analyser la démocratie moderne comme ceux de la volonté génèrale ou de Souverain ( le peuple). Il énonce la solution politique permettant de retrouver la liberté de la nature au sein de la société. Chacun s’engage à renoncer à la force, non pas au profit d’un seul (le Prince) le maître de tous, mais envers tous les membres de la communauté. Chacun est ainsi gouverné et gouvernant et demeure libre. Son influence, avec Du contrat social, trouve sa pleine expression avec la Révolution Française.

  En 1778, le marquis de Girardin lui offre l’hospitalité dans un pavillon de son domaine d’Ermenonville près de Paris. Rousseau y meurt subitement le 02 Juillet 1778.

  Le 11 Octobre 1794, les cendres de Jean-Jacques Rousseau sont transférées d’Ermenonville au Panthéon.

Article écrit et publié par Chantal Flury le 22 Octobre 2009.background-2008_039.jpg

 


Autres articles

Répondre

"Le regard des autres", 1er... |
Atelier permanent de lectur... |
Ilona, Mahée et Mila. |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les Ailes du Temps
| David Besschops
| professeur.de.français