BARUCH SPINOZA.

Portrait de 1665 tiré de la Herzog-August-Bibliothek

Potrait de Spinoza-1665-tiré de Herzog-August-Bibliothek.

LA VIE DE SPINOZA. 

Spinoza est également connu sous le nom de Bento de Espinoza ou Bénédictus de Spinoza. Il naît le 24 novembre 1632. Il est mort à la Haye le 21 Février 1677. C’est un philosophe Néerlandais dont la pensée fut influente sur ses contemporains et sur de nombreux penseurs postérieurs. Il vit dans une communauté juive d’Amsterdam, dans une famille venue du Portugal à la fin du XVIème siècle. Cette famille s’est fixée à Amsterdam comme beaucoup de marchands juifs. Cette ville respecte les croyances et les libertés de chacun. Cette communauté juive d’Amsterdam devient rapidement une des plus actives d’Europe. Le père de Spinoza est un commerçant estimé et riche. Spinoza  fréquente le Talmud Torah (école juive élémentaire) de sa communauté.

Spinoza acquiert une grande maîtrise de l’hébreu et de la culture rabbinique. Il est rapide pour lire l’hébreu, il comprend vite les questions du Talmud. Il en propose des commentaires et interprétations très pertinentes. Les rabbins crurent en lui et se mettent en colère lorsqu’il les déçoit.

L’oeuvre de Spinoza a été admirée et en même temps scrutée et ignorée. Lui même était vénéré comme un sage ou bien poursuivi comme un démon menaçant l’ordre établi ou même la pensée. On le prétend aussi bien athée que mystique. Il critique les religions et leurs clergés mais médite l’idée de dieu. En politique, il est aussi bien rebelle que conservateur.

A la mort de son père en 1654, il reprend l’entreprise familiale avec son frère.

Juif de naissance et d’éducation, il fut chassé de la communauté en 1656 à presque vingt quatre ans. Spinoza vit pauvrement, ne publie pratiquement pas mais sa réputation croît dans toute l’Europe. Il polit des lentilles pour lunettes astronomiques et télescopes pour gagner sa vie et par ailleurs il est connu de tous les princes de son temps. Louis XIV veut se faire dédier aussi un livre du philosophe et des chaires de philosophie lui sont proposées. Le jour de son enterrement alors qu’il ne possédait que quelques habits, ses livres et un lit, six carrosses le suivent. Ce cortège était anonyme car la fréquentation de Spinoza était jugée comme dangereuse.

Ses écrits publiés par des admirateurs peu après sa mort seront brûlés l’année suivante. Pendant sa vie Spinoza affirme l’inexistence de toute volonté libre en l’homme et même en dieu. La philosophie conduit le sage à une contemplation d’une forme d’éternité et d’infini dans les choses singulières.

UNE VIE POUR CONSTRUIRE SON OEUVRE. 

Vers 1660-1661, Spinoza s’installe à Rijnsburg, centre intellectuel des collègiants. C’est là qu’il reçoit la visite d’Henry Oldenburg secrétaire de la Royal Sociéty avec lequel il échange une longue et riche correspondance.

En 1663, il quitte Rijnsburg pour Voorburg et commence à enseigner à un élève Caséarius, la doctrine de Descartes. De ces cours, il tire les Principes de la philosophie de Descartes dont la publication en 1663 donne lieu à une correspondance centrée sur le problème du mal avec Willem van Blijenberg, un marchand calviniste.

Il interrompt l’écriture de l’Ethique pour rédiger le Traité théologico-politique dans lequel il défend la liberté de philosopher et conteste l’accusation d’athéisme qui le concerne. L’ouvrage paraît en 1670 sous couvert d’anonymat et avec un faux lieu d’édition. Il soulève de nombreuses polémiques. Les autorités religieuses condamnent unanimement l’ouvrage.

En 1675, il tente de publier l’Ethique. La fin ultime de la philosophie c’est la constitution d’une authentique éthique du bonheur et de la liberté. Il commence à rédiger le Traité politique. Il meurt deux ans plus tard le 21 Février 1677.

La vie de Spinoza pourrait par son apparence être jugée comme discrète car elle incarne le retrait du sage, l’effacement du philosophe derrière son oeuvre. En réalité, dans sa maîtrise de l’existence, la constitution d’une éthique est le projet majeur de sa vie. De plus, il n’a jamais cessé d’être au sein d’un réseau d’amis et de correspondants.

Cette volonté de s’ancrer dans le monde a conduit précocement Spinoza à prendre ses distances envers la religion et envers la loi juive. On ignore cependant les doctrines qu’il professait et qui l’ont fait exclure du milieu juif. Un rituel, à vingt trois ans nommé herem le chasse :  » Vous ne devez avoir avec Spinoza aucune relation écrite ni verbale. Qu’il ne lui soit rendu aucun service et que personne ne l’approche à moins de quatre coudées. Que personne ne demeure sous le même toit que lui et que personne ne lise aucun de ses écrits. » Cette exclusion peut-être temporaire mais dans son cas, elle ne fut jamais levée.

Spinoza ne peut donc plus travailler au sein de la communauté juive et également en tant que juif, trouver du travail chez les chrétiens. Il a dû alors connaître une situation très difficile. Après avoir été hébergé par quelques communautés de chrétiens contestataires de la seconde Réforme, proches des libres penseurs, il s’est orienté vers un travail manuel. En assurant sa subsistance, il appliquait ses connaissances scientifiques et correspondait avec les plus grands savants de son temps.

Spinoza dans son travail est devenu un artisan estimé des scientifiques de son temps. Mais il poursuit aussi la construction d’une pensée philosophique capable de saisir la totalité du monde, de l’existence et des actions humaines.

Il aurait porté longtemps le manteau troué d’un coup de couteau qui provenait d’une tentative d’assassinat à laquelle il avait échappé avant d’être excommunié.

Ses oeuvres sont :

Court traité de Dieu de l’homme et de la Béatitude( vers 1660 découvert en 1852),

Le traité de la réforme de l’entendement (1661, publié en 1677),

Traité Théologico-Politique (1670),

Principes de la philosophie de Descartes (1663),

Ethique (publié en 1677),

Le Traité politique (1677),

Abrégé de grammaire hébraïque (publié en 1677),

Lettres (75 publiées en 1677, 88 découvertes à ce jour).

DIEU C’EST A DIRE LA NATURE. 

Sa définition est surprenante et fondamentale pour la philosophie :  » Deus sive Natura.  » (Dieu c’est à dire la Nature). Dieu se trouve synonyme de la nature, la nature équivaut à dieu. Les deux noms renvoient à la même réalité. Dieu et nature sont deux dénominations d’une même substance. Ces appellations ne désignent pas des réalités distinctes, ni séparées.

Spinoza rompt avec la conception traditionnelle de la séparation de dieu et du monde. Il refuse l’idée d’un dieu dépourvu de toute matérialité. Voilà qui est révolutionnaire. Dans un premier cas, on peut la considérer comme une proclamation d’athéisme. Dieu dissout dans la nature est supprimé. Alors seul l’univers matériel existe.

Dans un deuxième cas, on peut comprendre qu’il y a divination du monde, non par transformation de dieu en matière mais transmutation de la réalité physique en substance divine. C’est en comprenant que Dieu et nature ne font qu’un qu’il devient possible en élucidant les mécanismes naturels, de saisir leur nécessité. La perfection divine est présente dans les moindres réalités. Cette perfection n’est pas le résultat d’une décision quelconque d’un plan divin librement créé par la volonté de Dieu.

Aucun choix n’est opéré par Dieu-la Nature (deuxième point à considérer…). Car la volonté libre ne se rencontre nulle part dans le monde, ni dans la nature, ni en Dieu, ni en l’homme. Les hommes se croient libres. Ils croient prendre des décisions, de constituer ainsi le cours de leur propre existence. Ils imaginent que cette faculté de choix les différencie radicalement des choses et des vivants sans liberté de choix, plantes ou animaux guidés par leur instinct. Ce qui les entraîne à attribuer à Dieu une volonté et une liberté qui lui ferait prendre aussi telle ou telle décision. Dieu aurait le choix de dire oui ou non. Cela n’existe pas aux yeux de Spinoza. Ce ne sont que des constructions imaginaires engendrées par notre ignorance.

Dieu-la Nature obéit à des enchaînements de causes à conséquences qui sont tous régis par une absolue nécessité. Et les hommes sont régis vaussi par ce déterminisme absolu. Il n’est pas en leur pouvoir de décider librement. S’ils le croient, c’est qu’ils ignorent les causes réelles qui les font agir. Je me crois libre à la mesure de l’ignorance où je suis de ce qui me détermine.

Dieu est soumis à la nécessité interne de son essence. Le propre de Dieu-la Nature c’est de n’être soumis à aucune nécessité extérieure. Rien ne pèse sur la nature, rien ne cause en elle des effets dont elle n’est pas elle-même la cause. Si par exemple Dieu-la Nature était un carré, ses propriétés découleraient de sa forme sans la moindre intervention extérieure, sans la moindre volonté capable de la changer. Les propriétés du monde découlent de l’essence de Dieu, sans que dieu en décide, sans qu’il en choisisse le moindre élément. Nos décisions découlent aussi des causes qui nous déterminent mais ces causes ont cette différence c’est qu’elles sont extérieures à nous.

Une telle représentation paraît exclure toute morale du champ de l’existence (3ème point à considérer). C’est ici que Spinoza fit scandale. Il explique en effet que Bien et Mal ne correspondent à rien, qu’il s’agit de représentations vides. Les hommes construisent ces illusions en fonction de l’agrément ou du désagrément qu’ils trouvent aux situations qui se présentent. On pensa qu’une telle affirmation ruinait tout ordre social, toute possibilité de rétribution des mérites ou de punition des méfaits. Mais c’est faux.

JUSTICE, DESIR, BEATITUDE. 

Spinoza doit, à travers sa pensée, sauver ordre et justice tout en ruinant les fondements de la morale. Contre la conception, qu’il juge illusoire et mystificatrice, d’une morale fondée sur le choix libre, opéré par une volonté souveraine, entre les réalités opposées que seraient le Bien et le Mal, Spinoza instaure une éthique. Elle repose sur la connaissance de la réalité. Elle ne consiste pas à se former sur des valeurs abstraites, mais à se comporter selon les conséquences tirées de la connaissance des causes qui agissent en nous.

Si celui qui tue ou saccage n’est pas libre au nom de quoi va-t-on le punir ? Le blâme et le châtiment ne supposent-ils pas, comme l’éloge et la récompense des humains qui soient responsables de ce qu’ils font ?  Il ne viendrait à l’idée de personne de blâmer un nuage, de vouloir le réprimander parce qu’il envoie des grêlons sur les récoltes! Mais on se protège de l’orage aussi efficacement que possible. De ce point de vue, l’appareil judiciaire et le Code pénal gardent leur sens et leur fonction même en l’absence de toute responsabilité. Ils servent à protéger la paix publique des méfaits des criminels, de leurs désirs nuisibles pour les autres.

C’est le désir qui se trouve au coeur de la pensée de Spinoza. Quatrième point essentiel : sa philosophie montre la plénitude du désir affirmation et non manque. Depuis Platon, le désir était pensé comme privation, ce qui fait défaut. Spinoza affirme l’inverse. Il soutient la positivité du désir, il en fait la source de nos jugements et de nos conduites. Par exemple selon lui un homme trouve une femme belle parce qu’il la désire. Il ne faut plus croire qu’on la désire parce qu’elle est belle.

Spinoza retire aux hommes l’illusion et montre cette réalité dont ils ignorent l’existence. Se croyant libres, ils sont déterminés par l’enchaînement des causes naturelles émanant de leur corps et de leur esprit.

Spinoza voit dans la joie, un accroissement de notre puissance d’agir, une expansion de notre être qui s’oppose à la diminution, la restriction de l’existence que la tristesse comporte et entraîne. Sa pensée relie en profondeur le fait de connaître la nature et donc le point de vue de Dieu et le fait de parvenir à la joie. Ce lien profond correspond à ce que la connaissance vraie provoque dans l’individu.

Mourir en connaissant les causes du mal dont on est victime n’est pas tout à fait identique au fait de mourir en pensant que l’on a été puni par la volonté de Dieu pour de mauvaises actions. Je cite :  » Connaître vraiment, c’est connaître par les causes (…) « 

Ainsi la pensée de Spinoza  peut-elle être considérée comme union des contraires. Dieu et la raison se révèlent identique. Et plus encore, Dieu, la nature et la raison deviennent une seule et même réalité. Le savoir ne s’oppose pas au salut mais y conduit. De même, la nécessité la plus absolue se conjugue avec la possibilité d’une libération et d’une sérénité qui n’ont rien à voir avec la caprice ou le refus de vivre. Cette compréhension de la réalité conduit à une transformation radicale du regard.

Selon Spinoza, la béatitude, l’état dans lequel vit le sage, n’est pas une extase, un abandon de la raison. La plénitude ultime du savoir mène à la vie bienheureuse comme nécessaire et comme incluse, malgré son caractère éphémère, dans l’éternité de Dieu-la Nature. Je cite :  » Nous ressentons et nous expérimentons que nous sommes éternels. » Cette éternité est celle que nous ressentons quand notre raison parvient à des vérités qui ne sont pas soumises au temps, telles les vérités de la géométrie.

Spinoza semble retrouver ici le sens grec de sophos, qui désigne en même temps celui qui est savant et celui qui est sage. Pour les Grecs être savant et être sage n’était qu’une seule et même chose. Spinoza pense de la même façon.  » Comment vivre ?  » La réponse à cette question ne tient pas seulement dans l’énoncé de règles sur la manière de vivre, elle inclut une compréhension de la substance du monde, de la nature de l’âme, du mécanisme des passions et de la sérénité propre à la connaissance.

TRAITE DE LA REFORME DE L’ENTENDEMENT, ETHIQUE, LETTRES. 

Le Traité de la réforme de l’entendement, inachevés, fait partie des premières oeuvres de Spinoza qu’il n’a jamais publié. C’est une esquisse préparatoire et néanmoins un texte d’une grande beauté. On le retrouve proche de la pensée de Descartes mais il s’en éloigne aussi en annonçant des thèmes qui seront développés dans l’Ethique. La pensée est une tâche que l’on choisit, un pari que l’on prend dans l’existence, convaincu qu’il vaut la peine de s’y consacrer. Par définition toute action est une idée complète qui procède de l’entendement tandis que toute passion est une idée incomplète qui procède de l’imagination. C’est pourquoi, il suffit que l’on prenne conscience d’une passion pour qu’elle devienne une action.

 » Après que l’expérience m’eut appris que tout ce qui arrive fréquemment dans la vie commune est vain et futile (…)  » Cette première phrase du Traité signale qu’un changement est à prendre. La philosophie exige qu’on s’y consacre, qu’elle permette de trouver un bien qui ne sera ni futile, ni vain. C’est un chemin difficile mais la réussite est envisageable. « Tout ce qui est beau est difficile autant que rare. »

L’Ethique appartient au petit nombre de  » livres-univers « . On parle des livres qui construisent à eux seuls un monde. Autant de fois on lira l’Ethique qu’on fera des découvertes nouvelles. Spinoza donne ses définitions, formule ses axiomes et organise les démonstrations de ses thèses comme s’il s’agissait de théorèmes. Il s’agit de donner à sa pensée la forme la plus rigoureuse. L’Ethique peut sembler déroutant parfois et décourager…

Les Lettres offrent une voie d’accès à la pensée de Spinoza. S’adressant à des correspondants différents par leur culture, leur formation, leurs centres d’intérêt, ces lettres parfois longues traitent de sujets scientifiques ou philosophiques sur un ton relativement familier. Sa conception du mal est développée en particulier dans les Lettres à Blyenbergh ou Lettres du mal.

Bibliographie écrite et publiée par Chantal Flury le 18 Février 2010.background-2008_039.jpgimage74


Archive pour février, 2010

FRANCOIS DE LA ROCHEFOUCAULD.

François VI de La Rochefoucauld

François VI de La Rochefoucauld.

LA VIE DE FRANCOIS DE LA ROCHEFOUCAULD. 

François de La Rochefoucauld est né à Paris le 15 Septembre 1613 et y est mort le 17 mars 1680. C’est un écrivain et moraliste français. Il est le fils de François V de la Rochefoucauld et de Gabrielle du Plessis-Liancourt.

Il porte le titre de prince de Marcillac jusqu’à la mort de son père en 1650 puis devient duc de La Rochefoucauld. Comme tous les ainés de sa maison de La Rochefoucauld, il porte le prénom de François.

N’ayant pas réussi dans ses études, il entre à l’armée très jeune, à 16 ans. En revenant de campagne militaire, ami de Marie de Rohan, il se rapproche de la Reine Anne d’Autriche. Il complote, dans une de ses querelles contre Richelieu et se retrouve emprisonné à la Bastille pendant une semaine en 1637. Puis il est exilé dans ses terres. Il repart à la guerre et est blessé à la bataille de Rocroi qui se termine en 1643. En 1642, après la mort de Richelieu, il devient un personnage public important. Mais Mazarin le devance.

François de La Rochefoucauld a une liaison avec la duchesse Anne de Longueville, soeur des princes de Condé et de Conti vers 1645. De 1648 à 1653, il est Frondeur du parti de Condé. Il est blessé au visage lors de la guerre civile. On a pensé qu’il allait perdre la vue. Il s’exhile alors pour se reposer et pour se faire oublier. Il rentre en grâce auprès du roi en 1659.

François de La Rochefoucauld se consacre à l’écriture de ses mémoires dans la solitude. Il les publie en 1662. De nombreux de ses amis en les lisant sont blessés et il en nie vite l’authenticité.

Il commence, ruiné et mal vu de la cour, la rédaction de ses Maximes en 1653, lors d’une correspondance avec Mme de Sablé et Jacques Esprit. La fréquentation des salons lui servit à les composer. Il publie deux ans après son ouvrage. Il les rééditera à quatre reprises en les retravaillant. La collection constituée par la dernière édition sous contrôle de l’auteur, la 5ème intervient en 1678. D’autres collections dites maximes supprimées et maximes posthumes auront lieu.

Il commence une grande amitié vers 1665 avec Madame de Lafayette qui dura jusqu’à la fin de sa vie.

Il fait une dernière campagne militaire en 1667, se retire et meurt infirme à Paris en 1680.

Ses Maximes auront un grand succés et seront commentée par la Reine Christine de Suède.

LES MAXIMES DE LA ROCHEFOUCAULD. 

Avec ses Maximes La Rochefoucauld devient un des plus grands hommes de lettres.

La Rochefoucauld parle du coeur humain et dit :

Il y a dans le coeur humain, une génération perpétuelle de passions, la disparition de l’une est toujours l’établissement d’une autre (maxime 10).

Et il pense que les passions, en lesquelles se perd notre volonté, sont bien des passions du corps et de lui seul.

 » Les humeurs du corps ont un cours ordinaire et réglé, qui meut et qui tourne imperceptiblement notre volonté; elles roulent ensemble et exercent successivement un empire secret en nous : de sorte qu’elles ont une part considérable à toutes nos actions, sans que nous le puissions connaître.  » (maxime 297)

La Rochefoucault va aussi dans une méchanceté revendiquée qui met à mal notre conscience, en dévoilant ses secrets.

  » Nul ne mérite d’être loué de bonté, s’il n’a pas la force d’être méchant : toute autre bonté n’est le plus souvent qu’une paresse ou une impuissance de la volonté. » (maxime 237)

 » Il n’appartient qu’aux grands hommes d’avoir de grands défauts . » (maxime 190)

Et aussi  » Il y a des héros en mal comme en bien. » (maxime 185)

Ou encore  » Il n’est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des hommes que de leur faire trop de bien.  » (maxime 238)

En écartant la corruption originelle du pécheur, il dit qu’il suffit aux hommes de se persuader que leurs vertus ne sont le plus souvent que des vices déguisés. Tout devient alors l’objet d’une dénonciation : extraits des maximes suivantes.

Les vertus ne sont qu’un assemblage décousu de circonstances hasardeuses (maxime 1).

La sagesse, qui, à l’image de nos biens, est un effet produit de la fortune (maxime 323).

L’esprit qui n’est que l’effet de la bonne ou mauvaise disposition de nos organes (maxime 44).

La justice, qui est pour la plupart des hommes la crainte de l’injustice (maxime 78).

La pitié, qui est « un sentiment de nos propres maux dans les maux d’autrui  » (maxime 264).

Le mérite, que le monde ne récompense qu’à la mesure de ses apparences (maxime 166).

La modestie, car  » le refus des louanges est un désir d’être loué deux fois »(maxime 149).

Les femmes, dont les plus honnêtes sont parfois « lasses de leur métier » (maxime 367).

La Rochefoucauld nomme le hasard pour les grandes actions :

Quoique les hommes se flattent de leurs grandes actions, elles ne sont pas souvent l’objet d’un grand dessein, mais des effets du hasard (maxime 57).

Les 504 maximes de l’édition de 1678, se terminent sur un long développement consacré à la mort. Mais aussi :

Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement (maxime 26).

 

François de La Rochefoucauld utilise un style très concis pour faire admettre le fond désenchanteur et même accusateur de ses Maximes. Néanmoins il ménage la susceptibilité de ses lecteurs sans renoncer à son but.

Il nous montre, que par les événements historiques, les valeurs aristocratiques sont dépassées et qu’un nouvel art de vivre en société est en train d’émerger.

Il propose que ce nouvel art de vivre soit fondé sur l’honnêteté. Il se pose en observateur de la vie humaine.

Bibliographie écrite et publiée par Chantal Flury le 11 Février 2010.background-2008_039.jpg

 

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