LES ECOLES PHILOSOPHIQUES ET LES STOÏCIENS.

Plato's Academy mosaic from Pompeii.jpg

Une mosaïque trouvée à Pompéï symbolisant l’Académie de Platon.

LES ECOLES PHILOSOPHIQUES DE L’ANTIQUITE : 

Dans l’Antiquité, les écoles philosophiques ne sont pas seulement des courants de pensée. Ce sont des écoles, des lieux où l’on commente des textes, où des professeurs enseignent des théories. Les cours achevés, ceux qui appartiennent à une même école, vivent ensemble et de la même manière. Car les Grecs et les Romains attendaient de la philosophie, une mutation de vie.

Platon, le premier avait fondé l’Académie, lieu de vie et lieu d’enseignement, communauté où les disciples résidaient selon des règles strictes.

Aristote son élève puis son rival avait fondé le Lycée qui n’était pas seulement destiné au commentaire de son oeuvre et au développement des savoirs mais aussi à la transformation de soi-même.

Epicure avec le groupe qu’il rassemble autour de lui dans sa propriété du Jardin, évoque un rassemblement d’amis décidant de partager un même mode de vie.

Diogène et ses disciples reprennent avec fierté le nom de « canins » qu’on leur a donné. Ils rappellent ainsi qu’ils ne se soucient pas des convenances, des conventions et des préjugés sociaux. Ils professent un retour à la nature, dorment à même le sol, s’accouplent en public et mangent tout ce qui traîne.

Les stoïciens ont formé aussi des écoles qui sont destinées à la réflexion et à la conversion vers la sagesse. Quand Sénèque écrit à Lucilius, ou quand Epictète donne des conseils pratiques à ses auditeurs, ce n’est pas seulement pour les instruire sur les doctrines. C’est toujours pour les accompagner dans un travail de modification de leur existence.

En conséquence, les écoles philosophiques de l’Antiquité ne se limitent pas à une activité théorique, conceptuelle et intellectuelle. Elles conservent une volonté de transformer le caractère autant que la réflexion. Leur but commun est de vouloir assurer le bonheur par une transformation de la pensée et de la manière de vivre. Mais il s’agit toujours d’une patiente, lente et régulière métamorphose vers la sagesse.

UN ENTRAÎNEMENT QUOTIDIEN : 

Le travail repose toujours sur une analyse intellectuelle, sur une vision claire des doctrines. Pour pratiquer, la compréhension doit s’accompagner d’un entraînement quotidien, ce qui a donné en français (aïskèsis) ascèse qui évoque le fait de se dépouiller de nombre d’agréments par souci de se mortifier, exercice spirituel ou exercice d’entraînement, pour se modifier et transformer son existence, ne plus être entraîné par des désirs débridés.

Il faut aller vers plus de sérénité, vers l’absence de trouble, vers la permanence de l’équilibre interne. Mais il existe des distinctions majeures :

Chez Epicure tout est centré sur le corps, sur les limites des plaisirs simples liés à la satisfaction immédiate de nos besoins.

Chez les stoïciens, il va s’agir au contraire essentiellement de l’âme. Etre heureux, c’est arriver à s’installer dans la  » Forteresse de l’âme. »

Là où l’on est véritablement souverain, après le partage de notre volonté et de toutes les choses du monde y compris notre propre corps, il devient alors possible d’échapper aux fluctuations des événements et des émotions.

La particularité de l’école des stoïciens, c’est d’avoir évolué au long de plusieurs siècles. Ces transformations sont reconstituées par les chercheurs. Mais pas avec exactitude car de très nombreuses oeuvres des Stoïciens grecs et latins sont aujourd’hui perdues.

Les premiers disciples, groupés autour du fondateur de l’école, Zénon, se réunissaient à Athènes, sur l’Agora à l’endroit appelé  » Le Portique peint.  » Cette école a obtenu un premier développement grec puis un second romain.

D’ATHENES A ROME. 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      deLes Les premières doctrines apparaissent à partir de -301 av JC avec l’arrivée à Athènes de Zénon de Citium. Antérieurement Zénon fut un des disciples principaux des philosophes cyniques, Diogène de Sinope et Cratès de Thèbes, qui étaient les plus radicaux et les plus provoquants. Il s’est détaché d’eux pour développer un enseignement différent qui donne naissance à la lignée des Stoïciens.

L’école se perfectionna avec des maîtres comme Cléanthe disciple de Zénon et surtout Chrysippe en Grèce, qui a donné la puissance théorique aux élaborations de départ. Des très nombreux ouvrages de ces philosophes, il nous reste que peu de fragments et bribes. Chrysippe aurait écrit, dit-on, 500 lignes par jour, à un grand âge et aurait laissé plus de 700 rouleaux de commentaires et de traité de philosophie. Les seules oeuvres complètes que nous possédons sont celles de Sénèque, Epictète et Marc Aurèle. Cicéron nous a transmis des débats de l’époque héllénistique qui nous renseignent sur l’ancien stoïcisme.

La philosophie stoïcienne est un tout cohérent : C’est une philosophie de la totalité qui se veut consciemment systématique, ce qui est l’un des traits caractéristiques des systèmes de pensées antiques. Et aussi pour eux, il faut ‘ vivre en accord avec la nature’.

La sagesse est la connaissance scientifique des choses divines et humaines. Selon Sénèque, cette sagesse est le bien de l’esprit humain, parvenu à sa perfection, alors que la philosophie est l’amour de la sagesse et l’aspiration vers elle par la pratique et la théorie :  » La philosophie tend là où l’autre est parvenue. » Elle est ainsi la pratique (askésis) de l’art (techne) de l’utile et le degré le plus élevé de la vertu.

Cette philosophie exhorte à la pratique d’exercices de méditation conduisant à vivre en accord avec la nature et la raison pour atteindre la sagesse et le bonheur envisagés comme ataraxie. Il s’agit d’une absence de passions, qui prend la forme d’une absence de souffrance.

Pour les premiers Stoïciens grecs, la philosophie se divisait en trois parties : logique, physique, éthique. La logique permet d’examiner nos représentations, leurs relations avec l’existence du langage et de la raison. C’est par elle que nous savons de quelle manière connaître le monde et aborder l’examen de nos décisions. La physique donne le moyen de comprendre comment l’organisme et la vie humaine s’intègrent dans le tout constitué par la nature. L’éthique montre les règles de l’action et les comportements à suivre pour être vertueux donc heureux car pour les Stoïciens la vertu suffit au bonheur.

Vertu et bonheur sont une même chose dans cette éthique de la fermeté de l’âme. Bien agir, se comporter de manière sage et vertueuse, c’est pour les Stoïciens agir  » selon la nature  » Rien d’autre ne saurait garantir que nous soyons heureux. La vertu consiste à faire ce qui correspond à la nature profonde de l’homme, qui est de vivre selon sa raison, puisque la raison constitue sa propre nature.

Les premier philosophe de l’école de la pensée stoïcienne affirme qu’il n’existe pas de rupture ni de solution de continuité entre d’une part la vie naturelle et d’autre part la vertu. Lorsque nous vivons selon la nature qui nous est propre, nous agissons bien et nous sommes heureux. Il s’agit alors d’être conforme à ce que nous sommes et de remplir correctement le rôle que l’ordre de l’univers nous a assigné.

Le sage cherche et connaît les causes des choses naturelles : la science sera donc pour lui un auxiliaire. Mais comme tout auxiliaire, elle ne fait pas partie de ce dont elle est un instrument et une aide (Sénèque, Lettres,88,25-28). La science n’est donc pas pour le stoïcien une partie de la sagesse.

Le stoïcisme se développera à Rome plus de 300 ans après sa fondation à Athènes. Pendant trois nouveaux siècles, des Latins en particulier des aristocrates ou des empereurs ont prolongé, en modifiant ses accentuations initiales, la pensée du stoïcisme. Le sage connaîtra par exemple les corps célestes, leur pouvoir et leur nature. Mais le sage stoïcien s’occupe des principes généraux, non de l’accumulation des connaissances ou des questions de fait particulières.

On passe alors de la Grèce à Rome, de la langue grecque au latin, des petites cités athéniennes au vaste empire romain où se croisent les langues, les nationalités et les peuples les plus divers. La vie à Rome se poursuit dans un climat politique troublé : despotisme, tyrannie et arbitraire se développent. Tout le monde est exposé à la violence imprévisible de l’empereur. Du jour au lendemain, les fortunes peuvent être confisquées, les familles démantelées. Ni carrière, ni intégrité physique ne sont assurées.

Dans cette inquiétude, le stoïcisme Prend une place centrale. Le repli sur soi, le retour vers les forteresses intérieures qu’il préconise conviennent à cette époque.

Dans le stoïcisme romain la logique passe au second plan, la physique est conservée mais comme cadre général. L’éthique est au premier plan.

Pour les Stoïciens, le sage est l’homme qui est parvenu à saisir entièrement le fonctionnement de la nature et de sa propre existence. Il n’existe pas d’intermédiaire entre l’homme normal, livré aux émotions, aux angoisses inutiles et le sage inébranlable à jamais. Chez ces penseurs on est un homme du commun ou un sage. Cette séparation complète entre le sage et les autres va s’estomper dans le stoïcisme romain. Le sage y incarnera toujours la perfection à atteindre mais l’accent sera mis sur le cheminement vers cet état idéal, sur la nécessité de mettre en pratique, au jour le jour les conséquences concrètes de la doctrine.

SE DEFAIRE DES ILLUSIONS. 

Le stoïcisme à Rome s’adresse à des maîtres mais aussi à des esclaves, à des dignitaires de l’empire autant qu’à des simples citoyens. Sénèque fut l’un des plus grands personnages de l’empire : précepteur de l’empereur Néron, il avait une fortune considérable.

Epictète lui était un ancien esclave qui finit par tenir un petit cours de philosophie.

Marc Aurèle fut empereur est tenta de remplir sa fonction en philosophe : il ne gouvernait pas par goût du pouvoir mais parce que la raison lui conseillait d’être à sa place et de tenir son rôle. Chacun, en effet, doit faire ce qui lui revient.

L’accent mis sur l’éthique, s’appuie chez Epictète sur ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Déjà présente dans l’ancien stoïcisme, elle occupe ici une place prépondérante.

Voilà l’illustration d’Epictète : ne dépend de moi que ma volonté, le contrôle de mon esprit et ne dépend pas de moi…tout le reste.

Les circonstances extérieures peuvent varier : de riche, je peux être ruiné, de glorifié calomnié, l’essentiel est que moi, je ne varie pas en fonction de ces circonstances. Je tiens le contrôle de mes pensées et de mes décisions. Telle est la vertu qui assure au sage stoïcien, une permanente tranquillité de l’âme.

Sénéque, Epictète et Marc Aurèle ont en commun une dernière particularité : ces trois grandes figures du stoïcisme romain sont des grands stylistes, des écrivains hors pairs. Chacun a son visage, son caractère, son écriture propre, mais tous trois ont en commun la concision des formules, la force de l’expression, la beauté et souvent l’émotion de l’écriture. Ils cultivent chacun une forme d’excellence dans l’art de la pensée, de faire saisir une idée.

De toutes les écoles de l’Antiquité, le stoïcisme est demeuré à travers les siècles, la pensée la plus vivante.

Ecrit et publié par Chantal Flury le 01 Avril 2010.background-2008_039.jpg

 

 


Autres articles

Un commentaire

  1. Bonsoir,
    Ce nouveau blog contient des articles très intéressants. Je reviendrai avec plaisir.
    Paul

Répondre

"Le regard des autres", 1er... |
Atelier permanent de lectur... |
Ilona, Mahée et Mila. |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les Ailes du Temps
| David Besschops
| professeur.de.français