SENEQUE.

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Portrait de Sénèque par Rubens.

Sénèque est né dans l’actuelle Cordoue au sud de l’Espagne d’aujourd’hui en Bétique (actuelle Andalousie en Espagne) vers 4 av JC et est mort le 12 Avril 65 ap JC. A 20 ans, il tombe gravement malade et est envoyé en Egypte pour se rétablir. De retour à Rome en 31, il commence le cursus honorum. C’est un philosophe de l’école stoïcienne, un dramaturge et un homme d’Etat romain. Il est Conseiller à la cour impériale sous Caligula et précepteur de Néron. Il joue un rôle important, compose bon nombre de discours, auprès de ce dernier jusqu’à ce qu’il soit discrédité. Son immense fortune a nui à Sénèque. On lui reprochait de vouloir s’attirer la faveur des citoyens, la beauté de ses jardins et la magnificence de ses villas surpassant celle du Prince. Sénèque propose de restituer sa charge ‘d’ami du Prince’ et de restituer également sa fortune. Néron refuse. Il se retire de la vie publique, haït par Néron.

En 65 de notre ère, Néron donne l’ordre de se suicider au penseur Sénèque qui l’avait éduqué. Sénèque dès qu’il en est informé quitte la table et part se donner la mort qui ne viendra que de longues heures plus tard. Il s’ouvre les veines des bras, puis se fait sectionner celles des jambes la mort tardant et enfin prend un poison mortel.

Sénèque est le représentant le plus complet de la doctrine stoïcienne mais il n’est pas un interprète simple. Cette mise en pratique du stoïcisme ne signifie pas que le philosophe désire la mort mais qu’il ne la craint pas. C’est déjà ce qu’enseigne le traité intitulé la Vie heureuse (De Vita beata) où l’on ne découvre pas seulement l’habituelle doctrine stoïcienne qui fait de la vertu, la seule source de bonheur, mais aussi un éloge de l’itinéraire solitaire.

 » Une preuve du pire c’est la foule « , écrit Sénèque. L’existence capable de garantir le bonheur est d’abord un chemin à l’écart des opinions communes et des erreurs les plus répandues. Le philosophe n’a pas peur d’être seul contre tous. Ce sera même un signe de véracité. Je cite :  » Nous périssons par l’exemple des autres. »

Cela ne signifie pas que la vie doive être mortification. Même les avantages matériels sans être indispensables, ne sont pas à refuser. Je cite :  » Renonce donc à interdire l’argent aux philosophes : personne n’a condamné la sagesse à la pauvreté.  » Il y a là une distinction plus subtile qu’il n’y paraît : la richesse n’a pas à être recherchée, seule compte la volonté libre, mais elle n’est pas interdite, si l’on sait vivre sans s’y attacher.

De la même manière, le fait même de vivre ne doit pas être un objet d’attachement. C’est ce qu’enseigne le texte la Brièveté de la vie (De brevitate vitae). Il ne s’agit nullement de mépriser notre être, ni de faire croire que le plus tôt nous mourrons sera le mieux. Il s’agit, au contraire, de se rendre compte que nous n’avons rien de plus précieux que le temps limité de notre existence mais que, si nous comprenons comment y être pleinement, il n’importe pas que ce temps soit plus ou moins long.

Ni l’attachement, ni le dégoût, telle pourrait être la leçon, que l’on retrouve dans les Lettres à Licilius. Sénèque y invente un genre nouveau, inconnu avant lui dans la littérature latine : la correspondance pédagogique. De lettre en lettre, il explique, à partir de faits vécus et de situations quotidiennes, non seulement les principes du stoïcisme mais leur application concrète. Pour comprendre ce que sont les exercices de transformation du soi, il n’existe pas d’oeuvre plus simple ni plus forte.

Il condamne les pratiques superstitieuses, car elles substituent à l’amour la crainte et au lieu d’être un culte et elles sont donc un outrage. Mais Sénèque s’occupe peu du polythéisme officiel. En parlant de la puissance divine, il emploie aussi bien le mot de Dieu que les Dieux. Pour lui cependant, il n’y a qu’un seul dieu qui se présente sous une foule d’aspects différents. Je cite :  » qu’est-ce que Dieu? L’âme de l’univers. Il échappe aux yeux, c’est la pensée seule qui peut l’atteindre. »  » Le premier culte à leur rendre, c’est de croire en leur existence, puis de reconnaître leur majesté, leur bonté (…).  »  » Le sage ne diffère de Dieu que par la durée. « 

Sénèque, fidèle à la doctrine stoïcienne, place au premier rang les passions. Le sage ne doit ressentir ni la joie, ni le désir, ni la crainte. Sénèque ne veut pas de ces dangereux auxiliaires. Il remplace ces mouvements excessifs par la sérénité, la volonté, la circonspection, la juste mesure. De plus, la colère peut produire la valeur, la crainte peut former la prudence.

Ses tragédies sont un des meilleurs exemples du théâtre tragique latin, avec des oeuvres qui nourriront le théâtre classique français du XVIIème siècle comme Médée, Oedipe ou Phèdre.

Ecrit et publié par Chantal Flury le 01 Avril 2010.background-2008_039.jpg

 


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