AMIN MAALOUF.

Amin Maalouf à la Comédie du livre de Montpellier, 23 mai 2009

AMIN MAALOUF ET LES IDENTITES MEURTRIERES.

LA VIE DE AMIN MAALOUF. 

Amin Maalouf est un écrivain franco-libanais né le 25 février 1949 à Beyrouth. Il passe son enfance en Egypte où son grand-père maternel s’est installé. Puis il revient à Beyrouth avec sa famille. Son père est journaliste, poète et écrivain. Ses ancêtres se sont convertis au protestantisme au XIXème siècle.

Il suit des études primaires à Beyrouth dans une école française de pères jésuites. Puis il étudie la sociologie et les sciences économiques.

Il épouse une éducatrice Andrée en 1971 avec laquelle il aura 3 enfants. En 1975, la guerre civile éclate au Liban, il arrive avec sa famille en France en 1976 et s’y installe.

Il obtient le prix Goncourt pour Le Rocher de Tanios en 1993.

En 2007-2008, il partage un groupe de réflexion mandaté par la Commission européenne sur le multilinguisme.

Il obtient pour les Identités meurtrières  en 1999, le prix européen de l’essai Charles Veillon. Amin Maalouf s’interroge sur cette notion cruciale d’identité et nous invite à un humanisme ouvert qui refuse à la fois l’uniformisation planétaire et le repli sur la « tribu ».

LES IDENTITES MEURTRIERES. (Edition Grasset et Fasquelle 1998). 

QUELQUES CITATIONS. 

 » Je (Amin Maalouf) suis né au Liban que j’y ai vécu jusque l’âge de 27 ans (…) Je vis depuis vingt-deux ans sur la terre de France, je bois son eau et son vin (…) ( p7 et 8).

Moitié français  donc, et moitié libanais ? Pas du tout ! L’identité ne se compartimente pas, ne se répartit ni par moitiés, ni par tiers, ni par plages cloisonnées. Je n’ai pas plusieurs identités, j’en ai une seule, faite de tous les éléments qui l’ont façonnée, selon « un dosage  » particulier qui n’est jamais le même d’une personne à l’autre. (p8).

En raison même de cette situation, que je n’ose appeler  » privilégiée « , ils (les êtres frontaliers en quelque sorte) ont un rôle à jouer pour tisser des liens, dissiper des malentendus, raisonner les uns, tempérer les autres, aplanir, raccommoder… Ils ont pour vocation d’être des traits d’union, des passerelles, des médiateurs entre les diverses communautés, les diverses cultures.  Et c’est  justement pour cela que leur dilemme est lourd de signification : si ces personnes elles mêmes ne peuvent assumer leurs appartenances multiples, si elles sont constamment mises en demeure de choisir leur camp, sommer de réintégrer les rangs de leur tribu, alors nous sommes en droit de nous inquiéter sur le fonctionnement du monde (p11).

Les appartenances qui comptent dans la vie de chacun ne sont d’ailleurs pas toujours celles, réputées majeures, qui relèvent de la langue, de la peau, de la nationalité, de la classe ou de la religion (p20).

Il y aurait, là encore, des dizaines d’exemples pour illustrer la complexité – parfois souriante, souvent tragique – des mécanismes de l’identité (…) surtout ceux qui concernent la région d’où je viens- le Proche-Orient, la Méditerranée, le monde arabe, et d’abord le Liban. Un pays où l’on est constamment amené à s’interroger sur ses appartenances, sur ses origines, sur ses rapports avec les autres, et sur la place qu’on peut occuper au soleil ou à l’ombre (p21).

Tant il est vrai que ce qui détermine l’appartenance d’une personne à un groupe donné, c’est essentiellement l’influence d’autrui ; l’influence des proches – parents, compatriotes, coreligionnaire – qui cherchent à se l’approprier, et l’influence de ceux d’en face, qui s’emploient à l’exclure (p33).

Ce sont les blessures qui déterminent à chaque étape de la vie, l’attitude des hommes à l’égard de leurs appartenances, et la hiérarchie entre celle-ci (p34).

L’identité d’une personne n’est pas une juxtaposition d’appartenances autonomes, ce n’est pas un  » patchwork « , c’est un dessin sur une peau tendue; qu’une seule appartenance soit touchée, et c’est toute la personne qui vibre (p34).

Puis des idées nouvelles ont lentement réussi à s’imposer : l’idée que tout homme avait des droits qu’il fallait définir et respecter; (…) (p43).

Si nos contemporains ne sont pas encouragés à assumer leurs appartenances multiples, s’ils ne peuvent concilier leur besoin d’identité avec une ouverture franche et décomplexée aux cultures différentes, s’ils se sentent contraints de choisir entre la négation de soi-même et la négation de l’autre, nous serons entrain de former des légions de fous sanguinaires, des légions d’égarés (p44).

Beaucoup ont quitté leur terre natale, et beaucoup d’autres, sans l’avoir quittée, ne la reconnaissent plus. Sans doute est-ce dû, en partie, à une caractéristique permanente de l’âme humaine naturellement portée sur la nostalgie; mais c’est également dû au fait que l’évolution accélérée nous a fait traverser en trente ans ce qu’autrefois on ne traversait qu’en de nombreuses années (p47).

Parallèlement les sentiments qu’on éprouve envers le pays d’accueil ne sont pas moins ambigus. Si l’on y est venu, c’est parce qu’on y espère une vie meilleure pour soi-même et pour les siens ; mais cette attente se double d’une appréhension face à l’inconnu – d’autant qu’on se trouve dans un rapport de forces défavorable; on redoute d’être rejeté, humilié, on est à l’affût de toute attitude dénotant le mépris, l’ironie, ou la pitié (p48).

C’est dans cet esprit que j’aurais envie de dire  » aux uns  » d’abord :  » Plus vous vous imprégnerez de la culture du pays d’accueil, plus vous pourrez l’imprégner de la vôtre « ;  puis  » aux autres  » :  » Plus un immigré sentira sa culture d’origine respectée, plus il s’ouvrira à la culture du pays d’accueil.  » (p51).

(…) Si j’adhère à mon pays d’adoption, si je le considère mien, si j’estime qu’il fait partie de moi et que je fais partie de lui, et si j’agis en conséquence, alors je suis en droit de critiquer chacun de ses aspects; parallèlement, si ce pays me respecte, s’il reconnait mon apport, s’il me considère avec mes particularités, comme faisant désormais partie de lui, alors il est en droit de refuser certains aspects de ma culture qui pourraient être incompatibles avec son mode de vie ou avec l’esprit de ses institutions (p52).

Aucune religion n’est dénudée d’intolérance, mais si l’on faisait le bilan de ces deux religions  » rivales  » on constaterait que l’islam ne fait pas si mauvaise figure (p67).

On aura compris que je ne souscris pas à l’opinion commune, si répandue en Occident, qui voit commodément dans la religion musulmane la source de tous les maux dont souffrent les sociétés qui s’en réclament (p71).

Pour qu’un changement soit accepté, il ne suffit pas qu’il soit conforme à l’esprit du temps. Il faut aussi qu’au niveau des symboles il ne heurte pas, qu’il ne donne pas à ceux qu’on incite au changement l’impression de se renier (p85).

Lorsqu’ils parlent avec un Occidental, c’est toujours dans sa langue à lui, presque jamais dans la leur; au sud et à l’est de la Méditerranée, on trouve des millions de personnes capable de parler l’anglais, le français, l’espagnol, l’italien. En face, combien d’anglais, de Français, d’Espagnols, d’Italiens ont jugé utile d’étudier l’arabe ou le turc? (p87).

Mais on ne peut nier non plus que le modèle occidental, en dépit de son triomphe, en dépit du fait qu’il étend son influence sur l’ensemble des continents, se perçoit comme un modèle en crise, incapable de résoudre les problèmes de pauvreté dans ses propres métropoles, incapable de s’attaquer au chômage, à la délinquance, à la drogue, et à maints fléaux. C’est d’ailleurs l’un des paradoxes les plus déroutants de notre époque que le modèle de société le plus attrayant, celui qui a terrassé tous les autres, doute profondément de lui-même (p101).

S’agissant du  » vent  » de la mondialisation (…) il serait absurde de chercher à l’entraver; mais si l’on navigue habilement, en gardant le cap et en évitant les écueils, on peut arriver  » à bon port  » (p113).

Ce qui me donne à penser que l’évolution actuelle pourrait favoriser, à terme, l’émergence d’une nouvelle approche de la notion d’identité. Une identité qui serait perçue comme la somme de toutes les appartenances, et au sein de laquelle l’appartenance à la communauté humaine prendrait de plus en plus d’importance, jusqu’à devenir un jour l’appartenance principale, sans pour autant effacer nos multiples appartenances particulières (…) (p115).

De fait, nous sommes infiniment plus proches de nos contemporains que de nos ancêtres (p117).

En somme, chacun d’entre nous est dépositaire de deux héritages : l’un,  » vertical « , lui vient de ses ancêtres, des traditions de son peuple, de sa communauté religieuse; l’autre  » horizontal  » lui vient de son époque, de ses contemporains (p119).

Il ne s’agit pas de nier l’influence souvent décisive de notre héritage  » vertical « . Il s’agit surtout à ce stade, de mettre en lumière le fait qu’il y a un fossé entre ce que nous sommes et ce que nous croyons être (p119).

Nous traversons, en effet, une époque fort déconcertante, au cours de laquelle la mondialisation apparaît aux yeux d’un grand nombre de nos semblables non comme un formidable brassage enrichissant, pour tous, mais comme une uniformisation appauvrissante, et une menace contre laquelle il faut se battre pour préserver sa propre culture, son identité, ses valeurs ( p120).

Car la mondialisation nous entraîne, d’un même mouvement, vers deux réalités opposées, l’une à mes yeux bienvenue, l’autre malvenue, à savoir l’universalité et l’uniformité (p121).

(…) il faut tendre vers l’universalité, et même, s’il le faut, vers l’uniformité, parce que l’humanité, tout en étant multiple, est d’abord une (p125).

Il me semble également que chacun d’entre nous, s’il sait user de moyens inouïs qui sont aujourd’hui à sa portée, peut influencer de manière significative ses contemporains (p132).

Ma réflexion part d’une constatation : lorsqu’une société voit dans la modernité  » la main de l’étranger  » elle a tendance à la repousser et à s’en protéger (p139).

L’identité est d’abord une affaire de symboles (p140).

Chacun d’entre nous a besoin de ce lien identitaire puissant et rassurant (p154).

(…) Qu’une bonne connaissance de l’anglais soit aujourd’hui nécessaire si l’on désire communiquer avec l’ensemble de la planète, c’est une évidence qu’il serait vain de contester; mais il serait tout aussi vain de prétendre que l’anglais est suffisant. Même s’il répond parfaitement à certains de nos besoins actuels, il y en a d’autres auxquels il ne répond pas; notamment le besoin d’identité… (p159).

Préserver sa propre langue identitaire, ne jamais la laisser à la traîne, pour que ceux qui la parlent ne soient pas contraints à s’en détourner s’ils veulent avoir accès à ce que leur propose la civilisation d’aujourd’hui; (…) (p163).

Chacun d’entre nous devrait être encouragé à assumer sa propre diversité, à concevoir son identité comme étant la somme de ses diverses appartenances, au lieu de la confondre en une seule, érigée en appartenance suprême, et en instrument d’exclusion, parfois en instrument de guerre (p183).

(…) il faudrait faire en sorte que personne ne se sente exclu de la civilisation commune qui est entrain de naître, que chacun puisse y retrouver sa langue identitaire et certains symboles de sa culture propre, que chacun, là encore, puisse s’identifier, ne serait-ce qu’un peu, à ce qu’il voit émerger dans le monde qui l’entoure, au lieu de chercher refuge dans un passé idéalisé (p188).

ANALYSE DES IDENTITES MEURTRIERES. 

Dans les Identités meurtrières, Amin Maalouf indique que l’identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit, ni par moitié, ni par tiers mais qu’elle est faite de tous les éléments qui l’ont façonné et qui rassemblés ne donnent pas la même identité d’une personne à l’autre (p7).

Il constate qu’une communauté humaine dès qu’elle se sent humiliée ou menacée produira des meneurs qui commettront des atrocités (p37). Ceux qui pourront assumer pleinement leur diversité serviront de  » relais  » entre les diverses communautés, les diverses cultures (p11). Si ces derniers ne peuvent pas l’assumer, ils se trouveront dans ceux qui sont remplis de haine car ils auront espéré une vie meilleure pour eux et pour leur famille (p48). Ils se sentiront trahis par la patrie d’accueil et cela débouchera sur une frustration et des contestations brutales.

Par ailleurs, ceux qui s’imprègneront de la culture du pays d’accueil pourront en contre partie l’imprègner de leur culture (p51). Plus un émigré sentira sa culture d’origine respectée, plus il s’ouvrira à la culture du pays d’accueil (p51).

Aucune religion n’est dénudée d’intolérance, voir le christianisme des siècles passés. Si l’on faisait le bilan de l’islam, ce dernier ne ferait pas si mauvaise figure (p67). La religion musulmane n’est pas la représentation de tous les maux des sociétés qui s’en réclament (p71). Si les musulmans du tiers monde s’en prennent violemment à l’Occident, c’est parce qu’ils sont pauvres, dominés et que l’Occident est riche et puissant (p76).

Lorsque la civilisation de l’Europe Chrétienne a pris l’avantage, toutes les autres religions se sont mises à décliner parce que l’humanité avait désormais les moyens techniques d’une domination planétaire (p83).

Quand les non occidentaux parlent avec un Occidental, c’est toujours dans sa langue. Combien d’Anglais, de Français, d’Espagnols, d’Italiens ont-ils jugé utile d’étudier l’arabe ou le Turc ? (p87).

En faisant état de toutes les circonstances qui conduisent les jeunes du monde musulman à s’enrôler dans des mouvements religieux, on ne peut ressentir qu’un profond malaise (p102). L’avenir n’est écrit nulle part, l’avenir c’est nous qui le feront (p113). Il convient que le monde dissocie la religion et la spiritualité du besoin d’appartenance (p110).

S’agissant du vent de la mondialisation, il ne faut pas l’entraver (p113). Mais les multiples appartenances particulières ne doivent pas être effacées par l’appartenance principale (p114/115).

Chacun de nous est dépositaire de deux héritages : l’un vertical lui vient de ses ancêtres, des traditions de son peuple et de sa communauté religieuse, l’autre l’horizontal lui vient de ses contemporains (p119). Il ne s’agit pas seulement de l’influence de l’héritage vertical, il s’agit surtout de mettre en lumière le fait qu’il n’y a qu’un fossé entre ce que nous sommes et ce que nous croyons être (p119).

La mondialisation nous entraîne d’un même mouvement vers deux réalités opposées, à savoir l’universalité et l’uniformité (p120).

Un changement accepté ne doit pas seulement être conforme à l’esprit du temps. Il faut aussi qu’au niveau des symboles, il ne heurte pas, qu’il ne donne pas à ceux qu’on incite au changement l’impression de se renier (p85). L’identité est d’abord une affaire de symboles et d’appartenance (p140).

Une bonne connaissance de l’Anglais est aujourd’hui nécessaire si l’on désire communiquer avec l’ensemble de la planète, on ne peut le contester (p159). Mais pour tout être humain la langue identitaire doit-être conservée (p154). Chacun a besoin de ce lien identitaire et rassurant (p154).

Chacun d’entre nous devrait être encouragé à assumer sa propre diversité, à conserver son identité, comme étant la somme de ses diverses appartenances au lieu de la confondre avec une seule érigée en appartenance suprême. 

Il convient de faire qu’en sorte personne ne soit exclu de la civilisation commune qui est entrain de naître (p187).

Ecrit et publié par Chantal Flury le 07 Octobre 2011.background-2008_039.jpg

 


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