LES JARDINS DE LUMIERE D’AMIN MAALOUF.

Amin Maalouf à la Comédie du livre de Montpellier, 23 mai 2009

LES JARDINS DE LUMIERE d’AMIN MAALOUF, édition Lattès JC 1991. 

Mani, prophète, peintre, médecin et philosophe oriental du IIIème siècle est nommé par les chinois  » le Bouddha de lumière » et les Egyptiens  » l’apôtre de Jésus « .

Son histoire commence moins de deux siècles après la mort de Jésus.

Mani fut enlevé enfant de sa mère par les disciples des Vêtements Blancs, secte de son père. Il fut élevé parmi ces disciples, admiré par leur chef.

Il commença à dessiner et ses dessins devinrent célèbres.  » Ma tête dessine et ma main obéit « (p223).

Il quitta la secte car il ne s’y reconnaissait pas. Son père le suivi. Il prêcha dans le monde ainsi qu’auprès des plus grands de la cour.

Il prêcha une religion où il y a d’un côté le Bien et le royaume de la Lumière et de l’autre la Mal et le royaume des Ténèbres. Les deux coexistaient sans jamais se mêler. Mais il se put arriver que les Ténèbres envahissent, lors de catastrophes, la Lumière. L’homme naquit de ce conflit, son esprit appartenait au domaine de la Lumière et son corps aux Ténèbres.

A côté de lui se trouvaient les élus, les auditeurs étant là pour les servir.

L’homme devait lutter toute sa vie entre le Bien et le Mal pour atteindre le royaume de la Lumière. Pour y parvenir, il devait réussir à abandonner tout ce qui est matériel.

Mani fut protégé par l’Empereur de Perse, Shapur Ier. Il prêcha dans tout le Moyen-Orient. Sa religion, plus tard, se répandit en Afrique du Nord, en Europe, en Asie. Shabur, lorsqu’il était à ses côtés le faisait mander jusqu’à trois fois dans la journée (p175). Mais il refusa de le suivre au combat  qui dura plusieurs années étant pacifiste. Le fils de Shapur, Hormitz, à sa mort lui succéda. Il aimait Mani comme son père l’avait aimé. Mais il fut empoisonné par les partisans de son autre fils Vahram qui monta à son tour sur le trône.

Vahram, influencé par ses proches, persécuta et tua par jalousie Mani. Il l’accusa d’avoir semé le trouble dans son pays. Mani fut jugé et mourut après une lente agonie dont il ne chercha même pas à s’échapper.

La religion de Mani est un syncrétisme inspiré du zoroastrisme, du bouddhisme et du christianisme qui néanmoins le combattirent.

De sa religion de beauté, il reste les mots « manichéen « , « manichéisme ». Tous les linguistiques de Rome et de la Perse se sont ligués pour défigurer Mani, pour l’éteindre. Ses écrits furent détruits sur les bûchers.

Sa philosophie tolérante et humaniste visait à concilier les religions de son temps. Néanmoins, elle lui valut haine et persécutions… Etait-il hors de son temps?…

Mani fut le véritable fondateur de la peinture orientale.

 

DES EXTRAITS DU LIVRE : 

L’histoire de Mani commence à l’aube de l’ère chrétienne, moins de deux siècles après la mort de Jésus (p8).

(…) sur la colline qui domine le pont de Séleucie, se dresse le temple de Nabu. Dieu de la connaissance, dieu de la chose écrite, il veille sur les sciences occultes et patentes (p8).

Aux jours glorieux de Babylone, le nom de ce dieu précédait celui des souverains, qui s’appelaient ainsi Nabunassar, Nabupolassar, Nabuchodonosor (p8).

Sans doute Mani s’est-il débattu, le jour où tous ces Vêtements Blancs vinrent l’enlever. Sans doute a-t-il même hurlé, lorsqu’ils le plongèrent par trois fois dans l’eau du canal, qu’ils lui arrachèrent ses habits. Mais en dépit de son jeune âge, il lui fallut se conformer à leur loi, porter la tunique blanche, manger leur nourriture, balbutier leurs gestes, imiter leurs prières (p36).

Ce fut au cours de ses longs moments de silence et de ravissement que Mani sentit monter en lui pour la première fois l’irrépressible désir de peindre (p51).

Mani qui apparaît, avec le recul des siècles, comme le véritable fondateur de la peinture orientale, lui dont chaque trait de pinceau allait faire naître en Perse et aussi en Inde, en Asie centrale, en Chine, au Tibet, mille vocations d’artiste. Au point que, dans certaines contrées, on dit encore  » un Mani «  quand on veut dire, avec des points d’exclamation,  » un peintre, un vrai.  » (p51).

(…) Mani poursuit son discours (p84) :

- …aux commencements de l’univers, deux mondes existaient, séparés l’un de l’autre : le monde de la Lumière et celui des Ténèbres. Dans les jardins de la Lumière étaient toutes les choses désirables, dans les ténèbres résidait le désir, un désir puissant, impérieux et rugissant. Et soudain, à la frontière des deux mondes, un choc se produisit, le plus violent et le plus terrifiant que l’univers ait connu. Les particules de Lumière se sont alors mêlées aux Ténèbres, de mille façons différentes, et c’est ainsi que sont apparus toutes les créatures, les corps célestes et les eaux, et la nature de l’homme… (p84).

Entre¨Pattig et Mani allaient se tisser les plus étranges rapports qui puissent se concevoir entre un père et un fils. Au fil des ans, une amitié allait naître et grandir, une affection réelle, profonde, mais qui ne devaient rien à leur lien de sang. Bien au contraire, elle se ferait en dépit de ce lien, et comme pour le nier. Patti serait, jusqu’à sa mort, un proche disciple de Mani, son plus fidèle compagnon de voyage, son auditeur le plus assidu (p91).

Les idéaux meurent pourtant de n’avoir pas été bafoués, c’est par les pudiques compromissions des maîtres, c’est par la trahison des disciples que les doctrines survivent et prospèrent au milieu  du monde et de ses princes (p216).

Chaque religion aura eu ses légions. Pas celle de Mani. S’était-il trompé d’âge? Se serait-il trompé de planète?( p216).

- Mani , fils de Pattig, en abandonnant la Religion Vraie qui était celle de tes ancêtres, tu t’es rendu coupable d’apostasie. En professant des idées novatrices qui ont perturbé les croyants, tu t’es rendu coupable d’hérésie. Deux crimes contre le Ciel (p241-242).

Mani fut livré au supplice des fers. Une lourde chaîne scellée autour du cou, trois autres autour du buste, trois à chaque jambe, et trois encore à chaque bras. Sans autre violence, ni sévices, ni cachot. Il était seulement retenu dans une cour dallée, près du poste de garde. Sous le poids, sa vie allait s’épuiser goutte à goutte. Ordre avait été donné de le nourrir pour qu’il survive plus longtemps. Pour qu’il souffre plus longtemps (p243).

Au quatorzième jour, les badauds s’étaient lassés et les fidèles s’assemblèrent nombreux (p246).

Au dix-septième jour, on crut la fin imminente, et les gardes laissèrent les fidèles s’approcher (p246).

Tout son visage s’était illuminé. Et ses paumes, ses doigts, sa gorge, son buste (p247).

- Passé l’instant d’incrédulité, chacun retrouve ses travers, ses habitudes. Et le tri s’opère entre les humains. Sans besoin de tribunal. Celui qui a vécu par la domination souffrira de ne plus être obéi ; celui qui a vécu dans l’apparence a perdu toute apparence ; celui qui a vécu pour la possession ne possède plus rien, sa main se ferme sur le néant. Ce qui était à lui appartient désormais à d’autres. Comme un chien au bout de sa laisse il hantera à jamais les lieux de son séjour terrestre, attaché. Mendiant ignoré là où il fut maître.

 » Les Jardins de Lumière appartiennent à ceux qui ont vécu détachés.  » (p247-248).

Au vingtième jour, il ordonna à ses fidèles de partir. Tous les hommes et les femmes jeunes, ceux sur lesquels pouvait s’abattre la persécution (p248).

Au vingt-sixième matin s’acheva le dernier acte de sa passion (p249).

Seules le veillaient encore des femmes aux cheveux gris (p249).

C’était en l’an 584 des astronomes de Babel, le quarantrième jour du mois d’Addar – pour l’ère chrétienne le 2 mars 274, un lundi (p249-250). (Sa mort)

Et, pour défier la mort, ses fidèles se jurèrent de ne plus l’appeler autrement que  » Mani-Hayy », Mani-le-Vivant, Termes devenus inséparables dans leurs récits comme dans leurs prières, au point que les Grecs n’entendront qu’un mot unique qu’ils transcriront « Manikhaios ». D’autres disant « Manichaeus » encore « Manichée (p251).

 » Je suis venu du pays de Babel, disait-il, pour faire retentir un cri à travers le monde.  » (p252).

Puis les bûchers firent leur oeuvre, consumant dans le même feu ténébreux ses écrits, ses icônes, les plus parfaits de ses disciples, et ces femmes altières qui refusaient de cracher sur son nom (p251).

DEFINITION :

Manichéisme : première religion syncrétique du Persan Mani, alliant à un fonds chrétien des éléments pris au bouddhisme et pour laquelle le Bien et le Mal sont deux principes fondamentaux égaux et antagonistes.

Se dit de toute conception dualiste du bien et du mal.

Manichéisme délirant, délire chronique sur le thème du Bien et du Mal.

On qualifie aujourd’hui de manichéenne une pensée ou une action sans nuance, voire simpliste, où le bien et le mal sont clairement définis et séparés.

Ecrit et publié par Chantal Flury le 26 Octobre 2011.background-2008_039.jpg

 


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