AMIN MAALOUF.

Amin Maalouf à la Comédie du livre de Montpellier, 23 mai 2009

AMIN MAALOUF ET LES IDENTITES MEURTRIERES.

LA VIE DE AMIN MAALOUF. 

Amin Maalouf est un écrivain franco-libanais né le 25 février 1949 à Beyrouth. Il passe son enfance en Egypte où son grand-père maternel s’est installé. Puis il revient à Beyrouth avec sa famille. Son père est journaliste, poète et écrivain. Ses ancêtres se sont convertis au protestantisme au XIXème siècle.

Il suit des études primaires à Beyrouth dans une école française de pères jésuites. Puis il étudie la sociologie et les sciences économiques.

Il épouse une éducatrice Andrée en 1971 avec laquelle il aura 3 enfants. En 1975, la guerre civile éclate au Liban, il arrive avec sa famille en France en 1976 et s’y installe.

Il obtient le prix Goncourt pour Le Rocher de Tanios en 1993.

En 2007-2008, il partage un groupe de réflexion mandaté par la Commission européenne sur le multilinguisme.

Il obtient pour les Identités meurtrières  en 1999, le prix européen de l’essai Charles Veillon. Amin Maalouf s’interroge sur cette notion cruciale d’identité et nous invite à un humanisme ouvert qui refuse à la fois l’uniformisation planétaire et le repli sur la « tribu ».

LES IDENTITES MEURTRIERES. (Edition Grasset et Fasquelle 1998). 

QUELQUES CITATIONS. 

 » Je (Amin Maalouf) suis né au Liban que j’y ai vécu jusque l’âge de 27 ans (…) Je vis depuis vingt-deux ans sur la terre de France, je bois son eau et son vin (…) ( p7 et 8).

Moitié français  donc, et moitié libanais ? Pas du tout ! L’identité ne se compartimente pas, ne se répartit ni par moitiés, ni par tiers, ni par plages cloisonnées. Je n’ai pas plusieurs identités, j’en ai une seule, faite de tous les éléments qui l’ont façonnée, selon « un dosage  » particulier qui n’est jamais le même d’une personne à l’autre. (p8).

En raison même de cette situation, que je n’ose appeler  » privilégiée « , ils (les êtres frontaliers en quelque sorte) ont un rôle à jouer pour tisser des liens, dissiper des malentendus, raisonner les uns, tempérer les autres, aplanir, raccommoder… Ils ont pour vocation d’être des traits d’union, des passerelles, des médiateurs entre les diverses communautés, les diverses cultures.  Et c’est  justement pour cela que leur dilemme est lourd de signification : si ces personnes elles mêmes ne peuvent assumer leurs appartenances multiples, si elles sont constamment mises en demeure de choisir leur camp, sommer de réintégrer les rangs de leur tribu, alors nous sommes en droit de nous inquiéter sur le fonctionnement du monde (p11).

Les appartenances qui comptent dans la vie de chacun ne sont d’ailleurs pas toujours celles, réputées majeures, qui relèvent de la langue, de la peau, de la nationalité, de la classe ou de la religion (p20).

Il y aurait, là encore, des dizaines d’exemples pour illustrer la complexité – parfois souriante, souvent tragique – des mécanismes de l’identité (…) surtout ceux qui concernent la région d’où je viens- le Proche-Orient, la Méditerranée, le monde arabe, et d’abord le Liban. Un pays où l’on est constamment amené à s’interroger sur ses appartenances, sur ses origines, sur ses rapports avec les autres, et sur la place qu’on peut occuper au soleil ou à l’ombre (p21).

Tant il est vrai que ce qui détermine l’appartenance d’une personne à un groupe donné, c’est essentiellement l’influence d’autrui ; l’influence des proches – parents, compatriotes, coreligionnaire – qui cherchent à se l’approprier, et l’influence de ceux d’en face, qui s’emploient à l’exclure (p33).

Ce sont les blessures qui déterminent à chaque étape de la vie, l’attitude des hommes à l’égard de leurs appartenances, et la hiérarchie entre celle-ci (p34).

L’identité d’une personne n’est pas une juxtaposition d’appartenances autonomes, ce n’est pas un  » patchwork « , c’est un dessin sur une peau tendue; qu’une seule appartenance soit touchée, et c’est toute la personne qui vibre (p34).

Puis des idées nouvelles ont lentement réussi à s’imposer : l’idée que tout homme avait des droits qu’il fallait définir et respecter; (…) (p43).

Si nos contemporains ne sont pas encouragés à assumer leurs appartenances multiples, s’ils ne peuvent concilier leur besoin d’identité avec une ouverture franche et décomplexée aux cultures différentes, s’ils se sentent contraints de choisir entre la négation de soi-même et la négation de l’autre, nous serons entrain de former des légions de fous sanguinaires, des légions d’égarés (p44).

Beaucoup ont quitté leur terre natale, et beaucoup d’autres, sans l’avoir quittée, ne la reconnaissent plus. Sans doute est-ce dû, en partie, à une caractéristique permanente de l’âme humaine naturellement portée sur la nostalgie; mais c’est également dû au fait que l’évolution accélérée nous a fait traverser en trente ans ce qu’autrefois on ne traversait qu’en de nombreuses années (p47).

Parallèlement les sentiments qu’on éprouve envers le pays d’accueil ne sont pas moins ambigus. Si l’on y est venu, c’est parce qu’on y espère une vie meilleure pour soi-même et pour les siens ; mais cette attente se double d’une appréhension face à l’inconnu – d’autant qu’on se trouve dans un rapport de forces défavorable; on redoute d’être rejeté, humilié, on est à l’affût de toute attitude dénotant le mépris, l’ironie, ou la pitié (p48).

C’est dans cet esprit que j’aurais envie de dire  » aux uns  » d’abord :  » Plus vous vous imprégnerez de la culture du pays d’accueil, plus vous pourrez l’imprégner de la vôtre « ;  puis  » aux autres  » :  » Plus un immigré sentira sa culture d’origine respectée, plus il s’ouvrira à la culture du pays d’accueil.  » (p51).

(…) Si j’adhère à mon pays d’adoption, si je le considère mien, si j’estime qu’il fait partie de moi et que je fais partie de lui, et si j’agis en conséquence, alors je suis en droit de critiquer chacun de ses aspects; parallèlement, si ce pays me respecte, s’il reconnait mon apport, s’il me considère avec mes particularités, comme faisant désormais partie de lui, alors il est en droit de refuser certains aspects de ma culture qui pourraient être incompatibles avec son mode de vie ou avec l’esprit de ses institutions (p52).

Aucune religion n’est dénudée d’intolérance, mais si l’on faisait le bilan de ces deux religions  » rivales  » on constaterait que l’islam ne fait pas si mauvaise figure (p67).

On aura compris que je ne souscris pas à l’opinion commune, si répandue en Occident, qui voit commodément dans la religion musulmane la source de tous les maux dont souffrent les sociétés qui s’en réclament (p71).

Pour qu’un changement soit accepté, il ne suffit pas qu’il soit conforme à l’esprit du temps. Il faut aussi qu’au niveau des symboles il ne heurte pas, qu’il ne donne pas à ceux qu’on incite au changement l’impression de se renier (p85).

Lorsqu’ils parlent avec un Occidental, c’est toujours dans sa langue à lui, presque jamais dans la leur; au sud et à l’est de la Méditerranée, on trouve des millions de personnes capable de parler l’anglais, le français, l’espagnol, l’italien. En face, combien d’anglais, de Français, d’Espagnols, d’Italiens ont jugé utile d’étudier l’arabe ou le turc? (p87).

Mais on ne peut nier non plus que le modèle occidental, en dépit de son triomphe, en dépit du fait qu’il étend son influence sur l’ensemble des continents, se perçoit comme un modèle en crise, incapable de résoudre les problèmes de pauvreté dans ses propres métropoles, incapable de s’attaquer au chômage, à la délinquance, à la drogue, et à maints fléaux. C’est d’ailleurs l’un des paradoxes les plus déroutants de notre époque que le modèle de société le plus attrayant, celui qui a terrassé tous les autres, doute profondément de lui-même (p101).

S’agissant du  » vent  » de la mondialisation (…) il serait absurde de chercher à l’entraver; mais si l’on navigue habilement, en gardant le cap et en évitant les écueils, on peut arriver  » à bon port  » (p113).

Ce qui me donne à penser que l’évolution actuelle pourrait favoriser, à terme, l’émergence d’une nouvelle approche de la notion d’identité. Une identité qui serait perçue comme la somme de toutes les appartenances, et au sein de laquelle l’appartenance à la communauté humaine prendrait de plus en plus d’importance, jusqu’à devenir un jour l’appartenance principale, sans pour autant effacer nos multiples appartenances particulières (…) (p115).

De fait, nous sommes infiniment plus proches de nos contemporains que de nos ancêtres (p117).

En somme, chacun d’entre nous est dépositaire de deux héritages : l’un,  » vertical « , lui vient de ses ancêtres, des traditions de son peuple, de sa communauté religieuse; l’autre  » horizontal  » lui vient de son époque, de ses contemporains (p119).

Il ne s’agit pas de nier l’influence souvent décisive de notre héritage  » vertical « . Il s’agit surtout à ce stade, de mettre en lumière le fait qu’il y a un fossé entre ce que nous sommes et ce que nous croyons être (p119).

Nous traversons, en effet, une époque fort déconcertante, au cours de laquelle la mondialisation apparaît aux yeux d’un grand nombre de nos semblables non comme un formidable brassage enrichissant, pour tous, mais comme une uniformisation appauvrissante, et une menace contre laquelle il faut se battre pour préserver sa propre culture, son identité, ses valeurs ( p120).

Car la mondialisation nous entraîne, d’un même mouvement, vers deux réalités opposées, l’une à mes yeux bienvenue, l’autre malvenue, à savoir l’universalité et l’uniformité (p121).

(…) il faut tendre vers l’universalité, et même, s’il le faut, vers l’uniformité, parce que l’humanité, tout en étant multiple, est d’abord une (p125).

Il me semble également que chacun d’entre nous, s’il sait user de moyens inouïs qui sont aujourd’hui à sa portée, peut influencer de manière significative ses contemporains (p132).

Ma réflexion part d’une constatation : lorsqu’une société voit dans la modernité  » la main de l’étranger  » elle a tendance à la repousser et à s’en protéger (p139).

L’identité est d’abord une affaire de symboles (p140).

Chacun d’entre nous a besoin de ce lien identitaire puissant et rassurant (p154).

(…) Qu’une bonne connaissance de l’anglais soit aujourd’hui nécessaire si l’on désire communiquer avec l’ensemble de la planète, c’est une évidence qu’il serait vain de contester; mais il serait tout aussi vain de prétendre que l’anglais est suffisant. Même s’il répond parfaitement à certains de nos besoins actuels, il y en a d’autres auxquels il ne répond pas; notamment le besoin d’identité… (p159).

Préserver sa propre langue identitaire, ne jamais la laisser à la traîne, pour que ceux qui la parlent ne soient pas contraints à s’en détourner s’ils veulent avoir accès à ce que leur propose la civilisation d’aujourd’hui; (…) (p163).

Chacun d’entre nous devrait être encouragé à assumer sa propre diversité, à concevoir son identité comme étant la somme de ses diverses appartenances, au lieu de la confondre en une seule, érigée en appartenance suprême, et en instrument d’exclusion, parfois en instrument de guerre (p183).

(…) il faudrait faire en sorte que personne ne se sente exclu de la civilisation commune qui est entrain de naître, que chacun puisse y retrouver sa langue identitaire et certains symboles de sa culture propre, que chacun, là encore, puisse s’identifier, ne serait-ce qu’un peu, à ce qu’il voit émerger dans le monde qui l’entoure, au lieu de chercher refuge dans un passé idéalisé (p188).

ANALYSE DES IDENTITES MEURTRIERES. 

Dans les Identités meurtrières, Amin Maalouf indique que l’identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit, ni par moitié, ni par tiers mais qu’elle est faite de tous les éléments qui l’ont façonné et qui rassemblés ne donnent pas la même identité d’une personne à l’autre (p7).

Il constate qu’une communauté humaine dès qu’elle se sent humiliée ou menacée produira des meneurs qui commettront des atrocités (p37). Ceux qui pourront assumer pleinement leur diversité serviront de  » relais  » entre les diverses communautés, les diverses cultures (p11). Si ces derniers ne peuvent pas l’assumer, ils se trouveront dans ceux qui sont remplis de haine car ils auront espéré une vie meilleure pour eux et pour leur famille (p48). Ils se sentiront trahis par la patrie d’accueil et cela débouchera sur une frustration et des contestations brutales.

Par ailleurs, ceux qui s’imprègneront de la culture du pays d’accueil pourront en contre partie l’imprègner de leur culture (p51). Plus un émigré sentira sa culture d’origine respectée, plus il s’ouvrira à la culture du pays d’accueil (p51).

Aucune religion n’est dénudée d’intolérance, voir le christianisme des siècles passés. Si l’on faisait le bilan de l’islam, ce dernier ne ferait pas si mauvaise figure (p67). La religion musulmane n’est pas la représentation de tous les maux des sociétés qui s’en réclament (p71). Si les musulmans du tiers monde s’en prennent violemment à l’Occident, c’est parce qu’ils sont pauvres, dominés et que l’Occident est riche et puissant (p76).

Lorsque la civilisation de l’Europe Chrétienne a pris l’avantage, toutes les autres religions se sont mises à décliner parce que l’humanité avait désormais les moyens techniques d’une domination planétaire (p83).

Quand les non occidentaux parlent avec un Occidental, c’est toujours dans sa langue. Combien d’Anglais, de Français, d’Espagnols, d’Italiens ont-ils jugé utile d’étudier l’arabe ou le Turc ? (p87).

En faisant état de toutes les circonstances qui conduisent les jeunes du monde musulman à s’enrôler dans des mouvements religieux, on ne peut ressentir qu’un profond malaise (p102). L’avenir n’est écrit nulle part, l’avenir c’est nous qui le feront (p113). Il convient que le monde dissocie la religion et la spiritualité du besoin d’appartenance (p110).

S’agissant du vent de la mondialisation, il ne faut pas l’entraver (p113). Mais les multiples appartenances particulières ne doivent pas être effacées par l’appartenance principale (p114/115).

Chacun de nous est dépositaire de deux héritages : l’un vertical lui vient de ses ancêtres, des traditions de son peuple et de sa communauté religieuse, l’autre l’horizontal lui vient de ses contemporains (p119). Il ne s’agit pas seulement de l’influence de l’héritage vertical, il s’agit surtout de mettre en lumière le fait qu’il n’y a qu’un fossé entre ce que nous sommes et ce que nous croyons être (p119).

La mondialisation nous entraîne d’un même mouvement vers deux réalités opposées, à savoir l’universalité et l’uniformité (p120).

Un changement accepté ne doit pas seulement être conforme à l’esprit du temps. Il faut aussi qu’au niveau des symboles, il ne heurte pas, qu’il ne donne pas à ceux qu’on incite au changement l’impression de se renier (p85). L’identité est d’abord une affaire de symboles et d’appartenance (p140).

Une bonne connaissance de l’Anglais est aujourd’hui nécessaire si l’on désire communiquer avec l’ensemble de la planète, on ne peut le contester (p159). Mais pour tout être humain la langue identitaire doit-être conservée (p154). Chacun a besoin de ce lien identitaire et rassurant (p154).

Chacun d’entre nous devrait être encouragé à assumer sa propre diversité, à conserver son identité, comme étant la somme de ses diverses appartenances au lieu de la confondre avec une seule érigée en appartenance suprême. 

Il convient de faire qu’en sorte personne ne soit exclu de la civilisation commune qui est entrain de naître (p187).

Ecrit et publié par Chantal Flury le 07 Octobre 2011.background-2008_039.jpg


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LES ECOLES PHILOSOPHIQUES ET LES STOÏCIENS.

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Une mosaïque trouvée à Pompéï symbolisant l’Académie de Platon.

LES ECOLES PHILOSOPHIQUES DE L’ANTIQUITE : 

Dans l’Antiquité, les écoles philosophiques ne sont pas seulement des courants de pensée. Ce sont des écoles, des lieux où l’on commente des textes, où des professeurs enseignent des théories. Les cours achevés, ceux qui appartiennent à une même école, vivent ensemble et de la même manière. Car les Grecs et les Romains attendaient de la philosophie, une mutation de vie.

Platon, le premier avait fondé l’Académie, lieu de vie et lieu d’enseignement, communauté où les disciples résidaient selon des règles strictes.

Aristote son élève puis son rival avait fondé le Lycée qui n’était pas seulement destiné au commentaire de son oeuvre et au développement des savoirs mais aussi à la transformation de soi-même.

Epicure avec le groupe qu’il rassemble autour de lui dans sa propriété du Jardin, évoque un rassemblement d’amis décidant de partager un même mode de vie.

Diogène et ses disciples reprennent avec fierté le nom de « canins » qu’on leur a donné. Ils rappellent ainsi qu’ils ne se soucient pas des convenances, des conventions et des préjugés sociaux. Ils professent un retour à la nature, dorment à même le sol, s’accouplent en public et mangent tout ce qui traîne.

Les stoïciens ont formé aussi des écoles qui sont destinées à la réflexion et à la conversion vers la sagesse. Quand Sénèque écrit à Lucilius, ou quand Epictète donne des conseils pratiques à ses auditeurs, ce n’est pas seulement pour les instruire sur les doctrines. C’est toujours pour les accompagner dans un travail de modification de leur existence.

En conséquence, les écoles philosophiques de l’Antiquité ne se limitent pas à une activité théorique, conceptuelle et intellectuelle. Elles conservent une volonté de transformer le caractère autant que la réflexion. Leur but commun est de vouloir assurer le bonheur par une transformation de la pensée et de la manière de vivre. Mais il s’agit toujours d’une patiente, lente et régulière métamorphose vers la sagesse.

UN ENTRAÎNEMENT QUOTIDIEN : 

Le travail repose toujours sur une analyse intellectuelle, sur une vision claire des doctrines. Pour pratiquer, la compréhension doit s’accompagner d’un entraînement quotidien, ce qui a donné en français (aïskèsis) ascèse qui évoque le fait de se dépouiller de nombre d’agréments par souci de se mortifier, exercice spirituel ou exercice d’entraînement, pour se modifier et transformer son existence, ne plus être entraîné par des désirs débridés.

Il faut aller vers plus de sérénité, vers l’absence de trouble, vers la permanence de l’équilibre interne. Mais il existe des distinctions majeures :

Chez Epicure tout est centré sur le corps, sur les limites des plaisirs simples liés à la satisfaction immédiate de nos besoins.

Chez les stoïciens, il va s’agir au contraire essentiellement de l’âme. Etre heureux, c’est arriver à s’installer dans la  » Forteresse de l’âme. »

Là où l’on est véritablement souverain, après le partage de notre volonté et de toutes les choses du monde y compris notre propre corps, il devient alors possible d’échapper aux fluctuations des événements et des émotions.

La particularité de l’école des stoïciens, c’est d’avoir évolué au long de plusieurs siècles. Ces transformations sont reconstituées par les chercheurs. Mais pas avec exactitude car de très nombreuses oeuvres des Stoïciens grecs et latins sont aujourd’hui perdues.

Les premiers disciples, groupés autour du fondateur de l’école, Zénon, se réunissaient à Athènes, sur l’Agora à l’endroit appelé  » Le Portique peint.  » Cette école a obtenu un premier développement grec puis un second romain.

D’ATHENES A ROME. 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      deLes Les premières doctrines apparaissent à partir de -301 av JC avec l’arrivée à Athènes de Zénon de Citium. Antérieurement Zénon fut un des disciples principaux des philosophes cyniques, Diogène de Sinope et Cratès de Thèbes, qui étaient les plus radicaux et les plus provoquants. Il s’est détaché d’eux pour développer un enseignement différent qui donne naissance à la lignée des Stoïciens.

L’école se perfectionna avec des maîtres comme Cléanthe disciple de Zénon et surtout Chrysippe en Grèce, qui a donné la puissance théorique aux élaborations de départ. Des très nombreux ouvrages de ces philosophes, il nous reste que peu de fragments et bribes. Chrysippe aurait écrit, dit-on, 500 lignes par jour, à un grand âge et aurait laissé plus de 700 rouleaux de commentaires et de traité de philosophie. Les seules oeuvres complètes que nous possédons sont celles de Sénèque, Epictète et Marc Aurèle. Cicéron nous a transmis des débats de l’époque héllénistique qui nous renseignent sur l’ancien stoïcisme.

La philosophie stoïcienne est un tout cohérent : C’est une philosophie de la totalité qui se veut consciemment systématique, ce qui est l’un des traits caractéristiques des systèmes de pensées antiques. Et aussi pour eux, il faut ‘ vivre en accord avec la nature’.

La sagesse est la connaissance scientifique des choses divines et humaines. Selon Sénèque, cette sagesse est le bien de l’esprit humain, parvenu à sa perfection, alors que la philosophie est l’amour de la sagesse et l’aspiration vers elle par la pratique et la théorie :  » La philosophie tend là où l’autre est parvenue. » Elle est ainsi la pratique (askésis) de l’art (techne) de l’utile et le degré le plus élevé de la vertu.

Cette philosophie exhorte à la pratique d’exercices de méditation conduisant à vivre en accord avec la nature et la raison pour atteindre la sagesse et le bonheur envisagés comme ataraxie. Il s’agit d’une absence de passions, qui prend la forme d’une absence de souffrance.

Pour les premiers Stoïciens grecs, la philosophie se divisait en trois parties : logique, physique, éthique. La logique permet d’examiner nos représentations, leurs relations avec l’existence du langage et de la raison. C’est par elle que nous savons de quelle manière connaître le monde et aborder l’examen de nos décisions. La physique donne le moyen de comprendre comment l’organisme et la vie humaine s’intègrent dans le tout constitué par la nature. L’éthique montre les règles de l’action et les comportements à suivre pour être vertueux donc heureux car pour les Stoïciens la vertu suffit au bonheur.

Vertu et bonheur sont une même chose dans cette éthique de la fermeté de l’âme. Bien agir, se comporter de manière sage et vertueuse, c’est pour les Stoïciens agir  » selon la nature  » Rien d’autre ne saurait garantir que nous soyons heureux. La vertu consiste à faire ce qui correspond à la nature profonde de l’homme, qui est de vivre selon sa raison, puisque la raison constitue sa propre nature.

Les premier philosophe de l’école de la pensée stoïcienne affirme qu’il n’existe pas de rupture ni de solution de continuité entre d’une part la vie naturelle et d’autre part la vertu. Lorsque nous vivons selon la nature qui nous est propre, nous agissons bien et nous sommes heureux. Il s’agit alors d’être conforme à ce que nous sommes et de remplir correctement le rôle que l’ordre de l’univers nous a assigné.

Le sage cherche et connaît les causes des choses naturelles : la science sera donc pour lui un auxiliaire. Mais comme tout auxiliaire, elle ne fait pas partie de ce dont elle est un instrument et une aide (Sénèque, Lettres,88,25-28). La science n’est donc pas pour le stoïcien une partie de la sagesse.

Le stoïcisme se développera à Rome plus de 300 ans après sa fondation à Athènes. Pendant trois nouveaux siècles, des Latins en particulier des aristocrates ou des empereurs ont prolongé, en modifiant ses accentuations initiales, la pensée du stoïcisme. Le sage connaîtra par exemple les corps célestes, leur pouvoir et leur nature. Mais le sage stoïcien s’occupe des principes généraux, non de l’accumulation des connaissances ou des questions de fait particulières.

On passe alors de la Grèce à Rome, de la langue grecque au latin, des petites cités athéniennes au vaste empire romain où se croisent les langues, les nationalités et les peuples les plus divers. La vie à Rome se poursuit dans un climat politique troublé : despotisme, tyrannie et arbitraire se développent. Tout le monde est exposé à la violence imprévisible de l’empereur. Du jour au lendemain, les fortunes peuvent être confisquées, les familles démantelées. Ni carrière, ni intégrité physique ne sont assurées.

Dans cette inquiétude, le stoïcisme Prend une place centrale. Le repli sur soi, le retour vers les forteresses intérieures qu’il préconise conviennent à cette époque.

Dans le stoïcisme romain la logique passe au second plan, la physique est conservée mais comme cadre général. L’éthique est au premier plan.

Pour les Stoïciens, le sage est l’homme qui est parvenu à saisir entièrement le fonctionnement de la nature et de sa propre existence. Il n’existe pas d’intermédiaire entre l’homme normal, livré aux émotions, aux angoisses inutiles et le sage inébranlable à jamais. Chez ces penseurs on est un homme du commun ou un sage. Cette séparation complète entre le sage et les autres va s’estomper dans le stoïcisme romain. Le sage y incarnera toujours la perfection à atteindre mais l’accent sera mis sur le cheminement vers cet état idéal, sur la nécessité de mettre en pratique, au jour le jour les conséquences concrètes de la doctrine.

SE DEFAIRE DES ILLUSIONS. 

Le stoïcisme à Rome s’adresse à des maîtres mais aussi à des esclaves, à des dignitaires de l’empire autant qu’à des simples citoyens. Sénèque fut l’un des plus grands personnages de l’empire : précepteur de l’empereur Néron, il avait une fortune considérable.

Epictète lui était un ancien esclave qui finit par tenir un petit cours de philosophie.

Marc Aurèle fut empereur est tenta de remplir sa fonction en philosophe : il ne gouvernait pas par goût du pouvoir mais parce que la raison lui conseillait d’être à sa place et de tenir son rôle. Chacun, en effet, doit faire ce qui lui revient.

L’accent mis sur l’éthique, s’appuie chez Epictète sur ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Déjà présente dans l’ancien stoïcisme, elle occupe ici une place prépondérante.

Voilà l’illustration d’Epictète : ne dépend de moi que ma volonté, le contrôle de mon esprit et ne dépend pas de moi…tout le reste.

Les circonstances extérieures peuvent varier : de riche, je peux être ruiné, de glorifié calomnié, l’essentiel est que moi, je ne varie pas en fonction de ces circonstances. Je tiens le contrôle de mes pensées et de mes décisions. Telle est la vertu qui assure au sage stoïcien, une permanente tranquillité de l’âme.

Sénéque, Epictète et Marc Aurèle ont en commun une dernière particularité : ces trois grandes figures du stoïcisme romain sont des grands stylistes, des écrivains hors pairs. Chacun a son visage, son caractère, son écriture propre, mais tous trois ont en commun la concision des formules, la force de l’expression, la beauté et souvent l’émotion de l’écriture. Ils cultivent chacun une forme d’excellence dans l’art de la pensée, de faire saisir une idée.

De toutes les écoles de l’Antiquité, le stoïcisme est demeuré à travers les siècles, la pensée la plus vivante.

Ecrit et publié par Chantal Flury le 01 Avril 2010.background-2008_039.jpg

 

SENEQUE.

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Portrait de Sénèque par Rubens.

Sénèque est né dans l’actuelle Cordoue au sud de l’Espagne d’aujourd’hui en Bétique (actuelle Andalousie en Espagne) vers 4 av JC et est mort le 12 Avril 65 ap JC. A 20 ans, il tombe gravement malade et est envoyé en Egypte pour se rétablir. De retour à Rome en 31, il commence le cursus honorum. C’est un philosophe de l’école stoïcienne, un dramaturge et un homme d’Etat romain. Il est Conseiller à la cour impériale sous Caligula et précepteur de Néron. Il joue un rôle important, compose bon nombre de discours, auprès de ce dernier jusqu’à ce qu’il soit discrédité. Son immense fortune a nui à Sénèque. On lui reprochait de vouloir s’attirer la faveur des citoyens, la beauté de ses jardins et la magnificence de ses villas surpassant celle du Prince. Sénèque propose de restituer sa charge ‘d’ami du Prince’ et de restituer également sa fortune. Néron refuse. Il se retire de la vie publique, haït par Néron.

En 65 de notre ère, Néron donne l’ordre de se suicider au penseur Sénèque qui l’avait éduqué. Sénèque dès qu’il en est informé quitte la table et part se donner la mort qui ne viendra que de longues heures plus tard. Il s’ouvre les veines des bras, puis se fait sectionner celles des jambes la mort tardant et enfin prend un poison mortel.

Sénèque est le représentant le plus complet de la doctrine stoïcienne mais il n’est pas un interprète simple. Cette mise en pratique du stoïcisme ne signifie pas que le philosophe désire la mort mais qu’il ne la craint pas. C’est déjà ce qu’enseigne le traité intitulé la Vie heureuse (De Vita beata) où l’on ne découvre pas seulement l’habituelle doctrine stoïcienne qui fait de la vertu, la seule source de bonheur, mais aussi un éloge de l’itinéraire solitaire.

 » Une preuve du pire c’est la foule « , écrit Sénèque. L’existence capable de garantir le bonheur est d’abord un chemin à l’écart des opinions communes et des erreurs les plus répandues. Le philosophe n’a pas peur d’être seul contre tous. Ce sera même un signe de véracité. Je cite :  » Nous périssons par l’exemple des autres. »

Cela ne signifie pas que la vie doive être mortification. Même les avantages matériels sans être indispensables, ne sont pas à refuser. Je cite :  » Renonce donc à interdire l’argent aux philosophes : personne n’a condamné la sagesse à la pauvreté.  » Il y a là une distinction plus subtile qu’il n’y paraît : la richesse n’a pas à être recherchée, seule compte la volonté libre, mais elle n’est pas interdite, si l’on sait vivre sans s’y attacher.

De la même manière, le fait même de vivre ne doit pas être un objet d’attachement. C’est ce qu’enseigne le texte la Brièveté de la vie (De brevitate vitae). Il ne s’agit nullement de mépriser notre être, ni de faire croire que le plus tôt nous mourrons sera le mieux. Il s’agit, au contraire, de se rendre compte que nous n’avons rien de plus précieux que le temps limité de notre existence mais que, si nous comprenons comment y être pleinement, il n’importe pas que ce temps soit plus ou moins long.

Ni l’attachement, ni le dégoût, telle pourrait être la leçon, que l’on retrouve dans les Lettres à Licilius. Sénèque y invente un genre nouveau, inconnu avant lui dans la littérature latine : la correspondance pédagogique. De lettre en lettre, il explique, à partir de faits vécus et de situations quotidiennes, non seulement les principes du stoïcisme mais leur application concrète. Pour comprendre ce que sont les exercices de transformation du soi, il n’existe pas d’oeuvre plus simple ni plus forte.

Il condamne les pratiques superstitieuses, car elles substituent à l’amour la crainte et au lieu d’être un culte et elles sont donc un outrage. Mais Sénèque s’occupe peu du polythéisme officiel. En parlant de la puissance divine, il emploie aussi bien le mot de Dieu que les Dieux. Pour lui cependant, il n’y a qu’un seul dieu qui se présente sous une foule d’aspects différents. Je cite :  » qu’est-ce que Dieu? L’âme de l’univers. Il échappe aux yeux, c’est la pensée seule qui peut l’atteindre. »  » Le premier culte à leur rendre, c’est de croire en leur existence, puis de reconnaître leur majesté, leur bonté (…).  »  » Le sage ne diffère de Dieu que par la durée. « 

Sénèque, fidèle à la doctrine stoïcienne, place au premier rang les passions. Le sage ne doit ressentir ni la joie, ni le désir, ni la crainte. Sénèque ne veut pas de ces dangereux auxiliaires. Il remplace ces mouvements excessifs par la sérénité, la volonté, la circonspection, la juste mesure. De plus, la colère peut produire la valeur, la crainte peut former la prudence.

Ses tragédies sont un des meilleurs exemples du théâtre tragique latin, avec des oeuvres qui nourriront le théâtre classique français du XVIIème siècle comme Médée, Oedipe ou Phèdre.

Ecrit et publié par Chantal Flury le 01 Avril 2010.background-2008_039.jpg

EPICTETE.

 Epictète

Epictète est probablement né à Hérapolis (Sud-ouest de la Phrygie). Il est emmené à Rome, enfant, comme esclave au service de Epaphrodite, maître cruel. Ce dernier lui aurait cassé une jambe d’où son surnom d’Epictète le boiteux.

Epictète réussit à assister aux conférences du stoïcien Musonius Rufus. Comme Socrate, il n’a rien écrit. Puis ancien esclave affranchi (on n’en connait pas les conditions), il étudie la philosophie et le stoïcisme en particulier. Mais en 89 -94, il doit quitter Rome à la suite d’un édit, contre les philosophes, dicté par l’empereur Domitien. Il va à Nicopolis d’Epire où il ouvre une école qui connaît un grand succès. Il enseigne sous forme de discussions et de remises en questions.

Il revient ensuite à Rome où il serait devenu un familier de l’empereur Hadrien. Il crée à son tour un enseignement de philosophie où il expliquait à ses disciples les principes de base de la morale stoïcienne sous la forme de libres discussions et de réponses à leurs questions. C’est probablement Flavius Arrien qui a rédigé le résumé vivant que constitue deux de ses ouvrages : Les entretiens et  Le Manuel.

La question principale à laquelle tente de répondre Epictète est de savoir comment il faut vivre sa vie : tous les autres questionnements de la philosophie sont de peu d’importance à ses yeux. Dans toutes les choses du monde, certaines sont en notre pouvoir exclusif, d’autres ne le sont pas.

Sont de notre pouvoir exclusif : nos opinions, nos mouvements, nos désirs, nos inclinaisons, nos aversions soit toutes nos actions. Puis le corps, les biens, la réputation, les dignités, soit ce qui n’appartiennent pas à nos actions et ne sont donc  pas en notre pouvoir exclusif : il les appelle les aprohairetiques. Epictète nous dit aussi que ‘ la prohairesis’ est la faculté qui nous fait différents de tous les êtres vivants, cette faculté nous permet de désirer et d’avoir de l’aversion, de ressentir un besoin impulsif ou de la répulsion, de dire oui ou non, selon nos jugements. Le jugement ‘dihairesis’ nous permet de respecter, dans n’importe quelle situation, la nature des choses. Il faut avoir, face à tout ce qui est aprohairetique, le courage de jouer et de vaincre. En effet, l’homme fait partie intégrante d’un système qui le dépasse. Il en déduit que si l’on a sauvegardé la liberté de notre prohairesis, même en cas d’échec d’un jour, l’homme a toujours gagné.

Le Manuel est un texte court est une sorte d’aide-mémoire pour celui qui s’est mis en chemin vers la sagesse. Les conseils d’Epictète s’efforcent de lui indiquer les conduites à tenir, les pièges à éviter et les signes qui indiquent que l’on a quitté la folie ordinaire pour la paix des sages.

Ecrit et publié par Chantal Flury le 01 Avril 2010.  background-2008_039.jpg

MARC AURELE.

MARC AURELE. dans Philosophie. MarcAurele

Statue équestre de Marc Aurèle- Au centre de la place du Capitole à Rome.

Marc Aurèle est né le 26 Avril 121 à Rome et est mort le 17 Mars 180 probablement à Vindobona lors d’une de ses campagnes sur le Danube, peut-être de la peste. Toute sa vie il cultiva la lecture et eut une grande rigueur morale. Il était le fils d’Annius Verus. Il fut élevé à l’endroit où il était né dans la maison de son aïeul Verus, près du palais de Latéran. Il a eu une plus jeune soeur nommée Annia Cornifia.

Il porta d’abord le nom de son bisaïeul Catilius Severus. Mais après la mort de son père, Hadrien le nomma Annius Verissimus. Et lorsqu’il prit la toge virile, il fut son père mort, élevé et adopté par son aïeul paternel, sous le nom de Marcus Annius Verus. Ce père décédé, l’empereur Hadrien (117-138 ap JC) le prit sous sa protection puis demanda à son fils adoptif Antonin, en 138, de l’adopter à son tour et il devient Marcus Aelius Aurelius Verus.

Il est associé au pouvoir impérial en 138, puis accède au plein exercice à la mort d’Antonin le 07 mars 161. Il associe alors son frère d’adoption Lucius Verus à l’Empire. Il accomplit une oeuvre législative importante. En janvier 169 Lucius Verus meurt épuisé et malade et laisse ainsi Marc Aurèle comme seul empereur.

En 145, il épousa sa cousine germaine, Annia Faustina (Faustine la Jeune), la fille d’Antonin.

Ses maîtres à penser furent pour la philosophie Apollonius de Chalcédoine, pour la littérature grecque Sextus de Chéronée, petit fils de Plutarque, pour les lettres latines et la rhétorique Fronton.

L’empereur Marc Aurèle, sur les bords du Danube, défendant l’Empire contre les barbares, écrivait le grec, sous sa tente pour rester un philosophe. Ce n’est pas un empereur qui s’intéresse à la philosophie, c’est un philosophe qui tient son rôle d’empereur et qui cherche en accomplissant ses fonctions, à ne pas se laisser disperser, égarer ou transformer par le commandement qu’il exerce.

Il est direct, lucide et généreux. Il observe la dureté du monde et sa beauté. Il nous a légué avec ses Pensées, qui lui sont destinées, un chef d’oeuvre destiné en réalité à tous.

L’empereur avait suffisamment intégré l’enseignement d’Epictète, de Sénèque et de Zénon pour prolonger la connaissance de la maîtrise des passions que formule l’enseignement du stoïcisme. Mais aussi il bénéficie de l’apport philosophique de Platon, Epicure, Démocrite, Héraclite. L’art de décider doit toujours s’articuler à cette interrogation : veux-tu le pouvoir pour le pouvoir ou l’exercice du pouvoir ? soit : ton ambition est-elle d’obtenir la puissance ou d’être capable à travers elle de réfléchir, dire et agir afin qu’un chemin vertueux soit tracé pour la cité ? Beaucoup d’hommes politiques d’aujourd’hui devraient y méditer.

Marc Aurèle souligne tout au long de ses écrits les plus hautes valeurs de l’être humain : Prudence, Justice, Courage et Tempérance qui depuis Platon sont les quatre vertus principales du Philosophe, celles qui assurent la cohérence et la force des actions de ce dernier. 

Marc Aurèle manifeste un sens très haut de sa responsabilité dans l’Etat et se critique sévèrement tout en s’interrogeant sans cesse sur la finalité de l’action politique. Je cite :  » Prend l’habitude de te demander à quelle fin se rapporte cette action, que désire l’homme qui veut agir ?  » De plus dans tous les cas, il insiste très longuement sur l’idée que la vision du Tout, de ses éternelles transformations, élève l’âme de l’homme.

Marc Aurèle rappelle l’importance de l’harmonie, la potentialité de joindre aux manifestations incertaines de l’existence individuelle et collective, un équilibre menant à une part relative de stabilité, nous laissant la possibilité de comprendre la nature et de réfléchir sur notre conduite.

Marc Aurèle développe le savoir. Il donne un traitement fixe aux rhéteurs et aux philosophes, assure le recrutement des maîtres, partage au Sénat avec les plus grands sénateurs «  un conseil de réflexion pour la cité « . Il crée également quatre chaires d’enseignements pour les grandes écoles philosophiques : l’Académie platonienne, le Lycée aristotélicien, le Jardin épicurien et le Portique stoïcien. Il fonde plusieurs établissements éducatifs pour cinq mille jeunes filles pauvres.

Marc Aurèle cherchera toujours à reconnaître au sein de la complexité des relations humaines et des formations même physiques ce que l’homme peut apporter en termes d’équilibre autant pour lui-même que pour le monde.  » (…) Tous les êtres sont coordonnés ensemble, tous concourent à l’harmonie du même monde. « 

Néanmoins un reproche, il persécute les Chrétiens qu’il juge comme une menace pour l’empire. De plus, il ne connaît que quatre ans de paix sur vingt cinq et sera obligé sans cesse de guerroyer pour défendre son empire.

Bibliographie écrite et publiée par Chantal Flury le  01 Avril 2010.background-2008_039.jpg

DENIS DIDEROT.

Diderot par Louis-Michel van Loo, 1767.

Diderot par Louis-Michel van Loo-1767.

LA VIE DE DIDEROT OU l’ENCHANTEUR DES LUMIERES. 

Diderot est un écrivain, philosophe et encyclopédiste français. Il est né le 05 octobre 1713 à Langres et est mort le 31 juillet 1784 à son domicile à Paris. Il est inhumé à l’église de Saint-Roch dans la chapelle de la Vierge le 01 août 1784. Mais, à la révolution, les tombes de l’église Saint-Roch sont profanées et les corps mis à la fosse commune. La sépulture et la dépouille de Diderot ont donc disparus.

De 1723 à 1728, il suit les cours du collège jésuite proche de son domicile. A 12 ans, il envisage la prêtrise et le 22 août 1726, il reçoit la tonsure de l’évêque de Langres.

En 1728, il part étudier à Paris car il n’est pas intéressé par l’entreprise familiale et la carrière ecclésiastique choisie pour lui par son père. De 1728 à 1732, il suit des cours au collège d’Harcourt puis de théologie à la Sorbonne. Il reçoit le 06 août 1735, une attestation de l’université de Paris qui confirme qu’il a étudié avec succès la philosophie pendant 2 ans et la théologie pendant 3 ans.

Pendant 1737-1740, Diderot donne des cours, compose des sermons, est clerc auprès d’un procureur. Il fréquente les théâtres, apprend l’anglais. Ses premiers écrits interviennent à partir de 1743.

Le 06 novembre 1743, il se marie malgré un refus de son père avec Anne-Antoinette Champion (1710-1796). Mais Diderot est infidèle dès 1745. Néanmoins il a eu de ce mariage 4 enfants dont seule la cadette Marie-Angélique (1743-1824) atteint l’âge adulte.

En 1759 son père, coutelier à Langres, meurt et il retourne à Langres pour régler la succession. Il y écrira des textes importants dont l’Entretien d’un père à ses enfants.

Il est mal connu de ses contemporains, il est loin des polémiques de son temps et des conventions sociales. Il est mal reçu par la révolution et devra attendre la fin du XIXème siècle pour connaître l’intérêt et la reconnaissance de la postérité.

Mais Diderot sait conduire le lecteur où il le veut pour le désorienter, le laisser enthousiasme et troublé à la fois. Il est très doué pour les mises en scène et les dramaturgies. Il vit au siècle des Lumières et de la montée des libertés. Avec Diderot, les idées s’animent, s’incarnent, se toisent et se répondent. Il s’aventure dans des récits qui se transforment en images et il présente des dialogues inattendus. Il nous enchante par son style ou plutôt par plusieurs styles : Romans, nouvelles, théâtre, critique, pamphlets, essais, lettres, poèmes…

Il est libertin dans Les Bijoux indiscrets (des sexes féminins doués de la parole…), un peu provocateur dans La Religieuse (où les règles monastiques et les désirs du corps sont en conflit), virtuose dans Le Neveu de Rameau (personnage hors-norme), moderne dans Jacques le fataliste et son maître.

Après le mariage de sa fille, du 11 juin 1773 au 21 octobre 1774 Diderot entreprend un long voyage à Saint-Petersbourg marqué par des entretiens avec Catherine II. Diderot était invité depuis 11 ans auprès d’elle. Toutefois l’écriture de l’Encyclopédie et son caractère casanier lui avaient fait reporter ce voyage considéré comme pénible à l’époque.

L’ENCYCLOPEDIE. 

Le projet de l’Encyclopédie, au départ ne devait être qu’une traduction et adaptation de la Cyclopedia de Chambers. A la place, il va imposer, promouvoir et soutenir une entreprise différente. Ce sera une aventure éditoriale, une lutte contre les dogmatismes et pour la liberté de pensée, un outil d’éducation intellectuelle et scientifique. Pour l’écrire il rassemble de grandes plumes, des savants, des techniciens, des ingénieurs et des artisans.

L’année 1747 marque le début des pleines responsabilités de Diderot dans ce vaste projet éditorial de l’Encyclopédie. Le Prospectus parait en 1750 et le 1er volume l’année suivante. Il consacre vingt ans de sa vie à ce projet qui s’achève en juillet 1765.

Dans cet ouvrage, il rassemble à l’usage du public les connaissances humaines dans tous les domaines. Ce qui l’amène à montrer toute l’ingéniosité humaine. Elle regroupe ce que des générations d’artisans et de scientifiques ont su concevoir et réaliser pour améliorer la puissance d’agir de l’humanité.

Elle enseigne également beaucoup de choses sur l’homme qui l’a dirigée et défendue. Diderot s’y consacra rédigea près de milles articles. Cette circulation des connaissances était nouvelle. L’accroissement des connaissances au siècle des Lumières s’accompagnait d’une émancipation politique et l’humanité devenait moralement meilleure.

UN PENSEUR POPULAIRE. 

Diderot est un penseur populaire tout d’abord par ses origines familiales qui le rattache aux artisans. Son père est coutelier à Langres. Même lorsqu’il fréquente les princes et qu’il devient l’un des conseillers de Catherine II de Russie, Diderot reste proche du peuple. De plus, il a fait toutes sortes de métiers pour subvenir à ses besoins : traducteur, correcteur, précepteur… Et il a souffert de difficultés d’argent avant que l’impératrice de Russie lui achète sa bibliothèque, en viager, pour permettre au philosophe d’en garder l’usage jusqu’à sa mort. Catherine II le nomme bibliothécaire et lui verse une pension confortable le rétribuant pour cette fonction. Il peut aussi doter correctement sa fille et se mettre à l’abri des problèmes financiers.

Diderot se rappelle des trois mois où il a été incarcéré à Vincennes pour avoir publié, en 1749, la Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient. Ayant pris peur, il se méfia ensuite de ne publier que les oeuvres qui ne lui vaudrait pas d’emprisonnement. Même si l’Encyclopédie fut interdite (en 1752) puis bloquée (le privilège est suspendu en 1759), il ne risqua jamais par elle la prison ou la mort.

Par contre, les proclamations d’athéisme, la critique ouverte du christianisme, le refus de la monarchie auraient pu l’entraîner dans de graves ennuis. Néanmoins Diderot athée, matérialiste, opposé aux privilèges de l’aristocratie comme à l’absolutisme royal préféra ne rien publier de son vivant des ouvrages qui véhiculaient ces idées. Une grande partie de ses oeuvres étaient destinées à n’être publiées qu’après sa mort et reversées ainsi à la postérité. Certaines ne l’ont été qu’au XIXème siècle, et d’autres seulement au XXème siècle. Et c’est alors que l’on a vu l’ampleur et la diversité de sa pensée.

Ce que désirait Diderot c’est que la philosophie puisse être à la portée du plus grand nombre. On le constate par son style, son travail éditorial et dans ses oeuvres. Ce projet d’édifier une philosophie populaire émerge d’ailleurs tout au long du XVIIIème siècle, surtout en Allemagne.

La popularisation de la philosophie est en relation directe avec la question de l’enchantement. Sans une part de spectacle, sans une apparence de conte, de quelques folies, il est difficile de rendre la pensée ludique et attirante. C’est pourquoi Diderot se fait enchanteur et non professeur.

L’HYPOYHESE LA PLUS FOLLE. 

La première fois qu’on lit que les pierres sentent ou qu’il n’y a pas de différence majeure entre l’homme et la statue, on trouve Diderot extravagant. Néanmoins il a présenté cette idée comme pure hypothèse, une théorie énoncée en rêve. Il y a là toutefois une aventure théorique qui a sa justification rationnelle.

Dans le matérialisme dont Diderot se réclame, se situe un point faible. Si tout est corps, si seuls des assemblages de molécules expliquent la vie, la sensibilité, la pensée, la conscience, la volonté, on ne saisit pas comment ces phénomènes peuvent se produire à partir de la matière inerte : comment une molécule dépourvue de sensibilité deviendrait-elle capable de sentir en étant seulement située à un autre emplacement ?

Il en découle pour Diderot que si la sensibilité ne peut venir du dehors aux molécules, il faut supposer qu’elle est déjà présente au sein de chacune d’elle ! Ce qui en découle qu’à leur manière, les pierres pensent, tout comme les plantes désirent. Les qualités qui se développent chez les êtres organisés, comme chez les mammifères et les êtres humains existent partout, mais à l’état latent, inhibé, immobile. Il appartient à la vie complexe de rendre mobiles et vives ces forces liées.

Cela consiste à pourvoir toute la nature de vie et de sensibilité. Elles ne peuvent pas venir du dehors, ni surgir d’un coup. Je cite, ce qu’écrit Diderot en 1759, dix ans avant de rédiger Le Rêve de d’Alembert (réd 1769, ed 1830) :  » Un corps s’accroît ou diminue, se meut ou se repose; mais s’il ne vit pas par lui-même, croyez-vous qu’un changement quel qu’il soit puisse lui donner la vie ? (…) Cela se peut. Le sentiment et la vie sont éternels. «  L’élaboration de sa pensée prend la même direction à partir de ce dîner de 1759 chez le baron d’Holbach dont il parle ainsi :  » Le reste de la soirée s’est passé à me plaisanter sur mon paradoxe. On m’offrait de belles poires qui vivaient, des raisins qui pensaient. »

Dans l’article  » Naître » de l’Encyclopédie, Diderot écrit :  » La vie est une qualité primitive et essentielle dans l’être vivant; il ne l’acquiert point, il ne la perd point.  » Puis en 1765, il affirme :  » Selon moi, la sensibilité est une propriété universelle de la matière.  » Et cette formule qui est dite au début du Rêve de d’Alembert (réd 1769, ed 1830):  » Il faut que la pierre sente. »

C’est pourquoi, philosophiquement, Diderot est enchanteur : il réanime le monde, lui rend une sensibilité que l’on croyait effacée par la science. Face au désenchantement du monde, au vu du déclin des croyances religieuses, il répond par une animation universelle de toutes les molécules, une vie bien présente.

UN MAITRE A VIVRE. 

La difficulté vient du fait que si nous sommes que des amas de molécules inertes, on ne sait sur quoi fonder la dignité humaine, la nécessité de la respecter. D’où provient la règle qui conduit la relation entre deux êtres humains. S’ils ne sont que deux brouillards de particules? Que deviennent les normes esthétiques? Sur quoi se fonde la beauté quand tout est seulement agencement de matière?

Le matérialisme semble supprimer dans leur principe l’éthique et esthétique. Mais Diderot parvient à dissiper cette impression. Il fait découler la morale de la nature, la piété filiale des relations familiales, les vertus de la sensibilité inhérente à la matière. L’émotion esthétique est aussi un effet de la nature, renforcé par le spectacle de la vertu.

Les Eléments de Physiologie est un livre athée, intégralement matérialiste et il se termine par cette triple recommandation :  » Il n’y a qu’une vertu la justice; qu’un devoir, de se rendre heureux; qu’un corollaire, de ne pas se surfaire la vie, et de ne pas craindre la mort. » Cet enchanteur est aussi un maître à vivre. Il enseigne que le corps est habité de sentiments, la matière traversée d’émotions, la pensée composée aussi de passion.

PENSEES PHILOSOPHIQUES, LETTRES SUR LES AVEUGLES, ENTRETIEN ENTRE D’ALEMBERT ET DIDEROT, SUPPLEMENT AU VOYAGE DE BOUGAINVILLE. 

Diderot évolue dans la religion dans le temps vers le théisme, le déisme et enfin il adhère aux idées matérialiste. Contrairement à Voltaire qui est convaincu de l’existence d’un Dieu architecte créateur d’un monde naturel, à la différence de Rousseau qui célèbre l’être suprême. Diderot ne perçoit la nature que comme un assemblage temporaire d’atomes destinés à se disperser.

Les Pensées philosophiques, publiées en 1746, indiquent que dépourvu de créateur, le monde est constitué uniquement de matière, les corps seuls existent, l’âme pure pensée, l’âme immatérielle, distincte du corps, n’est qu’une fiction. De plus, il trouve des solutions inédites à l’existence de la morale et de l’esthétique.

La Lettre sur les aveugles développe en particulier une question qui fascinait les penseurs de cette époque. Un aveugle de naissance, sachant reconnaître par le toucher des formes géométriques, les reconnaitrait-il sans hésitation s’il retrouvait d’un coup la vue?

Selon ces philosophes, rien ne peut exister dans notre esprit qui ne provienne du monde extérieur et donc qui soit passé par nos sens. Nos idées proviennent directement ou indirectement de ce que nous avons vu, goûté, touché, entendu etc… Or dans cette perspective , l’image du carré ou du triangle n’a jamais pu se former dans l’esprit de l’aveugle. Ce qui est gravé en lui n’est que le toucher. L’esprit peut-il passer d’un registre à un autre? Peut-il faire le lien?

Dans l‘Entretien entre d’Alembert et Diderot, qui ouvre le Rêve de d’Alembert, il renoue comme Platon avec des contemporains réels et célèbres. Diderot met en scène d’Alembert pour développer l’hypothèse de la sensibilité universelle de la matière, entravée dans la pierre et libérée dans le vivant. Ce choix de la fiction, la vivacité de réaction des personnages, les ruptures dans la continuité des propos en font une oeuvre enchanteresse.

Dans le Supplément au Voyage de Bougainville qui décrit une expédition d’un homme d’Europe qui arrive dans les îles du Pacifique, des Tahitiens le renvoient chez lui car ils ne veulent pas de sa présence et de son mode de vie et disent pourquoi. C’est un texte qui critique violemment la civilisation occidentale. En suivant la nature, en cultivant le repos, ces tahitiens vivent sans guerre, sans peine, sans inquiétude. Ils ont compris que les prétendus civilisés ne leur apportent que des maux en même temps que les techniques et les sciences.

 

Après la mort de Diderot, le 31 juillet 1784, sa bibliothèque et ses archives sont envoyées à Saint-Petersbourg où elles n’ont pas reçu, contrairement à celles de Voltaire, assez d’attention. La perte, la disparition et l’absence d’inventaire nuiront à la connaissance et à la bonne réception de l’ensemble de l’oeuvre de Diderot.

Bibliographie écrite et publiée par Chantal Flury le 01 Mars 2010.background-2008_039.jpg

BARUCH SPINOZA.

Portrait de 1665 tiré de la Herzog-August-Bibliothek

Potrait de Spinoza-1665-tiré de Herzog-August-Bibliothek.

LA VIE DE SPINOZA. 

Spinoza est également connu sous le nom de Bento de Espinoza ou Bénédictus de Spinoza. Il naît le 24 novembre 1632. Il est mort à la Haye le 21 Février 1677. C’est un philosophe Néerlandais dont la pensée fut influente sur ses contemporains et sur de nombreux penseurs postérieurs. Il vit dans une communauté juive d’Amsterdam, dans une famille venue du Portugal à la fin du XVIème siècle. Cette famille s’est fixée à Amsterdam comme beaucoup de marchands juifs. Cette ville respecte les croyances et les libertés de chacun. Cette communauté juive d’Amsterdam devient rapidement une des plus actives d’Europe. Le père de Spinoza est un commerçant estimé et riche. Spinoza  fréquente le Talmud Torah (école juive élémentaire) de sa communauté.

Spinoza acquiert une grande maîtrise de l’hébreu et de la culture rabbinique. Il est rapide pour lire l’hébreu, il comprend vite les questions du Talmud. Il en propose des commentaires et interprétations très pertinentes. Les rabbins crurent en lui et se mettent en colère lorsqu’il les déçoit.

L’oeuvre de Spinoza a été admirée et en même temps scrutée et ignorée. Lui même était vénéré comme un sage ou bien poursuivi comme un démon menaçant l’ordre établi ou même la pensée. On le prétend aussi bien athée que mystique. Il critique les religions et leurs clergés mais médite l’idée de dieu. En politique, il est aussi bien rebelle que conservateur.

A la mort de son père en 1654, il reprend l’entreprise familiale avec son frère.

Juif de naissance et d’éducation, il fut chassé de la communauté en 1656 à presque vingt quatre ans. Spinoza vit pauvrement, ne publie pratiquement pas mais sa réputation croît dans toute l’Europe. Il polit des lentilles pour lunettes astronomiques et télescopes pour gagner sa vie et par ailleurs il est connu de tous les princes de son temps. Louis XIV veut se faire dédier aussi un livre du philosophe et des chaires de philosophie lui sont proposées. Le jour de son enterrement alors qu’il ne possédait que quelques habits, ses livres et un lit, six carrosses le suivent. Ce cortège était anonyme car la fréquentation de Spinoza était jugée comme dangereuse.

Ses écrits publiés par des admirateurs peu après sa mort seront brûlés l’année suivante. Pendant sa vie Spinoza affirme l’inexistence de toute volonté libre en l’homme et même en dieu. La philosophie conduit le sage à une contemplation d’une forme d’éternité et d’infini dans les choses singulières.

UNE VIE POUR CONSTRUIRE SON OEUVRE. 

Vers 1660-1661, Spinoza s’installe à Rijnsburg, centre intellectuel des collègiants. C’est là qu’il reçoit la visite d’Henry Oldenburg secrétaire de la Royal Sociéty avec lequel il échange une longue et riche correspondance.

En 1663, il quitte Rijnsburg pour Voorburg et commence à enseigner à un élève Caséarius, la doctrine de Descartes. De ces cours, il tire les Principes de la philosophie de Descartes dont la publication en 1663 donne lieu à une correspondance centrée sur le problème du mal avec Willem van Blijenberg, un marchand calviniste.

Il interrompt l’écriture de l’Ethique pour rédiger le Traité théologico-politique dans lequel il défend la liberté de philosopher et conteste l’accusation d’athéisme qui le concerne. L’ouvrage paraît en 1670 sous couvert d’anonymat et avec un faux lieu d’édition. Il soulève de nombreuses polémiques. Les autorités religieuses condamnent unanimement l’ouvrage.

En 1675, il tente de publier l’Ethique. La fin ultime de la philosophie c’est la constitution d’une authentique éthique du bonheur et de la liberté. Il commence à rédiger le Traité politique. Il meurt deux ans plus tard le 21 Février 1677.

La vie de Spinoza pourrait par son apparence être jugée comme discrète car elle incarne le retrait du sage, l’effacement du philosophe derrière son oeuvre. En réalité, dans sa maîtrise de l’existence, la constitution d’une éthique est le projet majeur de sa vie. De plus, il n’a jamais cessé d’être au sein d’un réseau d’amis et de correspondants.

Cette volonté de s’ancrer dans le monde a conduit précocement Spinoza à prendre ses distances envers la religion et envers la loi juive. On ignore cependant les doctrines qu’il professait et qui l’ont fait exclure du milieu juif. Un rituel, à vingt trois ans nommé herem le chasse :  » Vous ne devez avoir avec Spinoza aucune relation écrite ni verbale. Qu’il ne lui soit rendu aucun service et que personne ne l’approche à moins de quatre coudées. Que personne ne demeure sous le même toit que lui et que personne ne lise aucun de ses écrits. » Cette exclusion peut-être temporaire mais dans son cas, elle ne fut jamais levée.

Spinoza ne peut donc plus travailler au sein de la communauté juive et également en tant que juif, trouver du travail chez les chrétiens. Il a dû alors connaître une situation très difficile. Après avoir été hébergé par quelques communautés de chrétiens contestataires de la seconde Réforme, proches des libres penseurs, il s’est orienté vers un travail manuel. En assurant sa subsistance, il appliquait ses connaissances scientifiques et correspondait avec les plus grands savants de son temps.

Spinoza dans son travail est devenu un artisan estimé des scientifiques de son temps. Mais il poursuit aussi la construction d’une pensée philosophique capable de saisir la totalité du monde, de l’existence et des actions humaines.

Il aurait porté longtemps le manteau troué d’un coup de couteau qui provenait d’une tentative d’assassinat à laquelle il avait échappé avant d’être excommunié.

Ses oeuvres sont :

Court traité de Dieu de l’homme et de la Béatitude( vers 1660 découvert en 1852),

Le traité de la réforme de l’entendement (1661, publié en 1677),

Traité Théologico-Politique (1670),

Principes de la philosophie de Descartes (1663),

Ethique (publié en 1677),

Le Traité politique (1677),

Abrégé de grammaire hébraïque (publié en 1677),

Lettres (75 publiées en 1677, 88 découvertes à ce jour).

DIEU C’EST A DIRE LA NATURE. 

Sa définition est surprenante et fondamentale pour la philosophie :  » Deus sive Natura.  » (Dieu c’est à dire la Nature). Dieu se trouve synonyme de la nature, la nature équivaut à dieu. Les deux noms renvoient à la même réalité. Dieu et nature sont deux dénominations d’une même substance. Ces appellations ne désignent pas des réalités distinctes, ni séparées.

Spinoza rompt avec la conception traditionnelle de la séparation de dieu et du monde. Il refuse l’idée d’un dieu dépourvu de toute matérialité. Voilà qui est révolutionnaire. Dans un premier cas, on peut la considérer comme une proclamation d’athéisme. Dieu dissout dans la nature est supprimé. Alors seul l’univers matériel existe.

Dans un deuxième cas, on peut comprendre qu’il y a divination du monde, non par transformation de dieu en matière mais transmutation de la réalité physique en substance divine. C’est en comprenant que Dieu et nature ne font qu’un qu’il devient possible en élucidant les mécanismes naturels, de saisir leur nécessité. La perfection divine est présente dans les moindres réalités. Cette perfection n’est pas le résultat d’une décision quelconque d’un plan divin librement créé par la volonté de Dieu.

Aucun choix n’est opéré par Dieu-la Nature (deuxième point à considérer…). Car la volonté libre ne se rencontre nulle part dans le monde, ni dans la nature, ni en Dieu, ni en l’homme. Les hommes se croient libres. Ils croient prendre des décisions, de constituer ainsi le cours de leur propre existence. Ils imaginent que cette faculté de choix les différencie radicalement des choses et des vivants sans liberté de choix, plantes ou animaux guidés par leur instinct. Ce qui les entraîne à attribuer à Dieu une volonté et une liberté qui lui ferait prendre aussi telle ou telle décision. Dieu aurait le choix de dire oui ou non. Cela n’existe pas aux yeux de Spinoza. Ce ne sont que des constructions imaginaires engendrées par notre ignorance.

Dieu-la Nature obéit à des enchaînements de causes à conséquences qui sont tous régis par une absolue nécessité. Et les hommes sont régis vaussi par ce déterminisme absolu. Il n’est pas en leur pouvoir de décider librement. S’ils le croient, c’est qu’ils ignorent les causes réelles qui les font agir. Je me crois libre à la mesure de l’ignorance où je suis de ce qui me détermine.

Dieu est soumis à la nécessité interne de son essence. Le propre de Dieu-la Nature c’est de n’être soumis à aucune nécessité extérieure. Rien ne pèse sur la nature, rien ne cause en elle des effets dont elle n’est pas elle-même la cause. Si par exemple Dieu-la Nature était un carré, ses propriétés découleraient de sa forme sans la moindre intervention extérieure, sans la moindre volonté capable de la changer. Les propriétés du monde découlent de l’essence de Dieu, sans que dieu en décide, sans qu’il en choisisse le moindre élément. Nos décisions découlent aussi des causes qui nous déterminent mais ces causes ont cette différence c’est qu’elles sont extérieures à nous.

Une telle représentation paraît exclure toute morale du champ de l’existence (3ème point à considérer). C’est ici que Spinoza fit scandale. Il explique en effet que Bien et Mal ne correspondent à rien, qu’il s’agit de représentations vides. Les hommes construisent ces illusions en fonction de l’agrément ou du désagrément qu’ils trouvent aux situations qui se présentent. On pensa qu’une telle affirmation ruinait tout ordre social, toute possibilité de rétribution des mérites ou de punition des méfaits. Mais c’est faux.

JUSTICE, DESIR, BEATITUDE. 

Spinoza doit, à travers sa pensée, sauver ordre et justice tout en ruinant les fondements de la morale. Contre la conception, qu’il juge illusoire et mystificatrice, d’une morale fondée sur le choix libre, opéré par une volonté souveraine, entre les réalités opposées que seraient le Bien et le Mal, Spinoza instaure une éthique. Elle repose sur la connaissance de la réalité. Elle ne consiste pas à se former sur des valeurs abstraites, mais à se comporter selon les conséquences tirées de la connaissance des causes qui agissent en nous.

Si celui qui tue ou saccage n’est pas libre au nom de quoi va-t-on le punir ? Le blâme et le châtiment ne supposent-ils pas, comme l’éloge et la récompense des humains qui soient responsables de ce qu’ils font ?  Il ne viendrait à l’idée de personne de blâmer un nuage, de vouloir le réprimander parce qu’il envoie des grêlons sur les récoltes! Mais on se protège de l’orage aussi efficacement que possible. De ce point de vue, l’appareil judiciaire et le Code pénal gardent leur sens et leur fonction même en l’absence de toute responsabilité. Ils servent à protéger la paix publique des méfaits des criminels, de leurs désirs nuisibles pour les autres.

C’est le désir qui se trouve au coeur de la pensée de Spinoza. Quatrième point essentiel : sa philosophie montre la plénitude du désir affirmation et non manque. Depuis Platon, le désir était pensé comme privation, ce qui fait défaut. Spinoza affirme l’inverse. Il soutient la positivité du désir, il en fait la source de nos jugements et de nos conduites. Par exemple selon lui un homme trouve une femme belle parce qu’il la désire. Il ne faut plus croire qu’on la désire parce qu’elle est belle.

Spinoza retire aux hommes l’illusion et montre cette réalité dont ils ignorent l’existence. Se croyant libres, ils sont déterminés par l’enchaînement des causes naturelles émanant de leur corps et de leur esprit.

Spinoza voit dans la joie, un accroissement de notre puissance d’agir, une expansion de notre être qui s’oppose à la diminution, la restriction de l’existence que la tristesse comporte et entraîne. Sa pensée relie en profondeur le fait de connaître la nature et donc le point de vue de Dieu et le fait de parvenir à la joie. Ce lien profond correspond à ce que la connaissance vraie provoque dans l’individu.

Mourir en connaissant les causes du mal dont on est victime n’est pas tout à fait identique au fait de mourir en pensant que l’on a été puni par la volonté de Dieu pour de mauvaises actions. Je cite :  » Connaître vraiment, c’est connaître par les causes (…) « 

Ainsi la pensée de Spinoza  peut-elle être considérée comme union des contraires. Dieu et la raison se révèlent identique. Et plus encore, Dieu, la nature et la raison deviennent une seule et même réalité. Le savoir ne s’oppose pas au salut mais y conduit. De même, la nécessité la plus absolue se conjugue avec la possibilité d’une libération et d’une sérénité qui n’ont rien à voir avec la caprice ou le refus de vivre. Cette compréhension de la réalité conduit à une transformation radicale du regard.

Selon Spinoza, la béatitude, l’état dans lequel vit le sage, n’est pas une extase, un abandon de la raison. La plénitude ultime du savoir mène à la vie bienheureuse comme nécessaire et comme incluse, malgré son caractère éphémère, dans l’éternité de Dieu-la Nature. Je cite :  » Nous ressentons et nous expérimentons que nous sommes éternels. » Cette éternité est celle que nous ressentons quand notre raison parvient à des vérités qui ne sont pas soumises au temps, telles les vérités de la géométrie.

Spinoza semble retrouver ici le sens grec de sophos, qui désigne en même temps celui qui est savant et celui qui est sage. Pour les Grecs être savant et être sage n’était qu’une seule et même chose. Spinoza pense de la même façon.  » Comment vivre ?  » La réponse à cette question ne tient pas seulement dans l’énoncé de règles sur la manière de vivre, elle inclut une compréhension de la substance du monde, de la nature de l’âme, du mécanisme des passions et de la sérénité propre à la connaissance.

TRAITE DE LA REFORME DE L’ENTENDEMENT, ETHIQUE, LETTRES. 

Le Traité de la réforme de l’entendement, inachevés, fait partie des premières oeuvres de Spinoza qu’il n’a jamais publié. C’est une esquisse préparatoire et néanmoins un texte d’une grande beauté. On le retrouve proche de la pensée de Descartes mais il s’en éloigne aussi en annonçant des thèmes qui seront développés dans l’Ethique. La pensée est une tâche que l’on choisit, un pari que l’on prend dans l’existence, convaincu qu’il vaut la peine de s’y consacrer. Par définition toute action est une idée complète qui procède de l’entendement tandis que toute passion est une idée incomplète qui procède de l’imagination. C’est pourquoi, il suffit que l’on prenne conscience d’une passion pour qu’elle devienne une action.

 » Après que l’expérience m’eut appris que tout ce qui arrive fréquemment dans la vie commune est vain et futile (…)  » Cette première phrase du Traité signale qu’un changement est à prendre. La philosophie exige qu’on s’y consacre, qu’elle permette de trouver un bien qui ne sera ni futile, ni vain. C’est un chemin difficile mais la réussite est envisageable. « Tout ce qui est beau est difficile autant que rare. »

L’Ethique appartient au petit nombre de  » livres-univers « . On parle des livres qui construisent à eux seuls un monde. Autant de fois on lira l’Ethique qu’on fera des découvertes nouvelles. Spinoza donne ses définitions, formule ses axiomes et organise les démonstrations de ses thèses comme s’il s’agissait de théorèmes. Il s’agit de donner à sa pensée la forme la plus rigoureuse. L’Ethique peut sembler déroutant parfois et décourager…

Les Lettres offrent une voie d’accès à la pensée de Spinoza. S’adressant à des correspondants différents par leur culture, leur formation, leurs centres d’intérêt, ces lettres parfois longues traitent de sujets scientifiques ou philosophiques sur un ton relativement familier. Sa conception du mal est développée en particulier dans les Lettres à Blyenbergh ou Lettres du mal.

Bibliographie écrite et publiée par Chantal Flury le 18 Février 2010.background-2008_039.jpgimage74

FRANCOIS DE LA ROCHEFOUCAULD.

François VI de La Rochefoucauld

François VI de La Rochefoucauld.

LA VIE DE FRANCOIS DE LA ROCHEFOUCAULD. 

François de La Rochefoucauld est né à Paris le 15 Septembre 1613 et y est mort le 17 mars 1680. C’est un écrivain et moraliste français. Il est le fils de François V de la Rochefoucauld et de Gabrielle du Plessis-Liancourt.

Il porte le titre de prince de Marcillac jusqu’à la mort de son père en 1650 puis devient duc de La Rochefoucauld. Comme tous les ainés de sa maison de La Rochefoucauld, il porte le prénom de François.

N’ayant pas réussi dans ses études, il entre à l’armée très jeune, à 16 ans. En revenant de campagne militaire, ami de Marie de Rohan, il se rapproche de la Reine Anne d’Autriche. Il complote, dans une de ses querelles contre Richelieu et se retrouve emprisonné à la Bastille pendant une semaine en 1637. Puis il est exilé dans ses terres. Il repart à la guerre et est blessé à la bataille de Rocroi qui se termine en 1643. En 1642, après la mort de Richelieu, il devient un personnage public important. Mais Mazarin le devance.

François de La Rochefoucauld a une liaison avec la duchesse Anne de Longueville, soeur des princes de Condé et de Conti vers 1645. De 1648 à 1653, il est Frondeur du parti de Condé. Il est blessé au visage lors de la guerre civile. On a pensé qu’il allait perdre la vue. Il s’exhile alors pour se reposer et pour se faire oublier. Il rentre en grâce auprès du roi en 1659.

François de La Rochefoucauld se consacre à l’écriture de ses mémoires dans la solitude. Il les publie en 1662. De nombreux de ses amis en les lisant sont blessés et il en nie vite l’authenticité.

Il commence, ruiné et mal vu de la cour, la rédaction de ses Maximes en 1653, lors d’une correspondance avec Mme de Sablé et Jacques Esprit. La fréquentation des salons lui servit à les composer. Il publie deux ans après son ouvrage. Il les rééditera à quatre reprises en les retravaillant. La collection constituée par la dernière édition sous contrôle de l’auteur, la 5ème intervient en 1678. D’autres collections dites maximes supprimées et maximes posthumes auront lieu.

Il commence une grande amitié vers 1665 avec Madame de Lafayette qui dura jusqu’à la fin de sa vie.

Il fait une dernière campagne militaire en 1667, se retire et meurt infirme à Paris en 1680.

Ses Maximes auront un grand succés et seront commentée par la Reine Christine de Suède.

LES MAXIMES DE LA ROCHEFOUCAULD. 

Avec ses Maximes La Rochefoucauld devient un des plus grands hommes de lettres.

La Rochefoucauld parle du coeur humain et dit :

Il y a dans le coeur humain, une génération perpétuelle de passions, la disparition de l’une est toujours l’établissement d’une autre (maxime 10).

Et il pense que les passions, en lesquelles se perd notre volonté, sont bien des passions du corps et de lui seul.

 » Les humeurs du corps ont un cours ordinaire et réglé, qui meut et qui tourne imperceptiblement notre volonté; elles roulent ensemble et exercent successivement un empire secret en nous : de sorte qu’elles ont une part considérable à toutes nos actions, sans que nous le puissions connaître.  » (maxime 297)

La Rochefoucault va aussi dans une méchanceté revendiquée qui met à mal notre conscience, en dévoilant ses secrets.

  » Nul ne mérite d’être loué de bonté, s’il n’a pas la force d’être méchant : toute autre bonté n’est le plus souvent qu’une paresse ou une impuissance de la volonté. » (maxime 237)

 » Il n’appartient qu’aux grands hommes d’avoir de grands défauts . » (maxime 190)

Et aussi  » Il y a des héros en mal comme en bien. » (maxime 185)

Ou encore  » Il n’est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des hommes que de leur faire trop de bien.  » (maxime 238)

En écartant la corruption originelle du pécheur, il dit qu’il suffit aux hommes de se persuader que leurs vertus ne sont le plus souvent que des vices déguisés. Tout devient alors l’objet d’une dénonciation : extraits des maximes suivantes.

Les vertus ne sont qu’un assemblage décousu de circonstances hasardeuses (maxime 1).

La sagesse, qui, à l’image de nos biens, est un effet produit de la fortune (maxime 323).

L’esprit qui n’est que l’effet de la bonne ou mauvaise disposition de nos organes (maxime 44).

La justice, qui est pour la plupart des hommes la crainte de l’injustice (maxime 78).

La pitié, qui est « un sentiment de nos propres maux dans les maux d’autrui  » (maxime 264).

Le mérite, que le monde ne récompense qu’à la mesure de ses apparences (maxime 166).

La modestie, car  » le refus des louanges est un désir d’être loué deux fois »(maxime 149).

Les femmes, dont les plus honnêtes sont parfois « lasses de leur métier » (maxime 367).

La Rochefoucauld nomme le hasard pour les grandes actions :

Quoique les hommes se flattent de leurs grandes actions, elles ne sont pas souvent l’objet d’un grand dessein, mais des effets du hasard (maxime 57).

Les 504 maximes de l’édition de 1678, se terminent sur un long développement consacré à la mort. Mais aussi :

Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement (maxime 26).

 

François de La Rochefoucauld utilise un style très concis pour faire admettre le fond désenchanteur et même accusateur de ses Maximes. Néanmoins il ménage la susceptibilité de ses lecteurs sans renoncer à son but.

Il nous montre, que par les événements historiques, les valeurs aristocratiques sont dépassées et qu’un nouvel art de vivre en société est en train d’émerger.

Il propose que ce nouvel art de vivre soit fondé sur l’honnêteté. Il se pose en observateur de la vie humaine.

Bibliographie écrite et publiée par Chantal Flury le 11 Février 2010.background-2008_039.jpg

 

FRIEDRICH NIETZSCHE.

FRIEDRICH NIETZSCHE. dans Philosophie. 195px-FWNietzscheSiebe

Friedrich Nietzsche.

LA VIE ET LES ORIENTATIONS DE NIETZSCHE. 

Friedrich Nietzsche est né le 15 octobre 1844 à Röcken en Saxe et est mort le 25 août 1900 à Weimar en Allemagne. C’est un plilosophe allemand. Son père Karl Ludwig Nietzsche et sa mère Franziska Oehler sont issus d’anciennes familles Luthériennes. Le couple s’installe à Röcken où son père prend les fonctions de pasteur. En 1849, son père meurt, à 36 ans, d’une tumeur au cerveau et son frère l’année suivante. Nietzsche est très affecté par ces décés malgré son très jeune âge. Son grand-père était également pasteur. Il grandit dans un milieu exclusivement féminin entouré de sa mère, de sa soeur, de sa grand-mère et de ses tantes.

Nietzsche commence des études Théologiques Puis perdant la foi, il choisit de poursuivre des études classiques de philologie à Pforta, puis monte à Bonn et à Leipzig . A 24 ans, il était devenu professeur de philologie à l’université de Bâle. L’érudition allemande est première au monde dans le domaine de la philologie. 

En 1870, il s’engage, comme infirmier volontaire, dans la guerre franco-allemande, mais il doit quitter l’armée pour raison de santé. 

Puis il démissionne dix ans plus tard de l’université, en 1878, toujours en raison de problèmes de santé qui l’affecteront toute sa vie (céphalée en particulier). De plus, l’austère précision de la philologie apparaît au penseur rebelle comme un mirage ou une entrave. » Les érudits tricotent les chaussettes de l’esprit. » dira Zarathoustra.

En janvier1872 paraît La Naissance de la Tragédie qui obtient un certain succés. En 1875, il tombe gravement malade, subissant des crises de paralysie, de violentes nausées, son état d’esprit se dégrade et même effraye ses amis.

En 1878, il obtient une pension de l’université et il commence une vie errante (Venise, Gènes, Turin, Nice). En 1882, il recouvre la santé et le moral.

Nietzsche a 38 ans lorsqu’il rencontre Lou Andréas-Salomé (née en 1861 morte en 1937) avec laquelle il projette, avec son ami Paul Ré, de créer un « cercle d’esprit libre », une « Trinité »  d’étude au sens de la mythologie grecque. Il est subjugué et ébloui par l’intelligence de Lou. Cette dernière a 21 ans. Il vit, durant l’été 1882, sa seule véritable histoire d’amour dans une escapade à trois. Elle repousse par deux fois la demande en mariage de Nietzsche. Ce qui l’affecte profondément. Lou sait reconnaître les hommes hors du commun et se les attacher mais elle veut rester indépendante.

La même année, Nietzsche commence à écrire Ainsi parlait Zarathoustra (1885) lors d’un séjour à Nice.

Il écrit avec un rythme accéléré. Cette période prend fin brutalement le 03 janvier 1889 avec une crise de folie qui perdurera jusqu’à sa mort.

Contrairement à la plupart des philosophes allemands, Nietzsche écrit de façon limpide, imagée et littéraire. Néanmoins, il est difficile de se repérer dans la multiplicité de ses écrits. Nietzsche affirme quelque chose et soutient l’inverse quelques pages plus loin. De plus, il change de style et de genre littéraire : par exemple il passe de l’étude au pamphlet, de l’invective à l’argumentation et il écrit principalement par fragments.

Les livres de Nietszsche sont nombreux et certains volumineux. Mais ils sont presque tous composés de bribes, aphorismes ou courts développements mis bout à bout.

Cependant, dans l’histoire de la philosophie, l’ensemble de la pensée de Nietzsche se définit nettement. La fin de vérité ne cesse d’orienter son oeuvre et son projet d’ensemble. Elle touche, en effet, ses relations à la philosophie, à la religion et à la science.

LA FIN DE VERITE. 

Depuis son départ, la philosophie s’est donnée comme objectif de chercher des vérités, de parvenir à connaître celles qui sont accessibles à la raison humaine. Nietzsche entreprend de dénoncer, de démontrer et de dépasser ce but premier.

Chez Platon, se trouve l’idée d’une vérité philosophique immuable, fixe, identique située dans un autre monde que le nôtre où tout change, se dégrade et passe. Nietzsche s’en défend. Il combat toutes ces représentations d’un arrière monde. Il y voit une sorte de maladie profonde qui porte à se détourner du monde vivant et à inventer pour vivre dans l’illusion. Ce serait donc, par peur de la vie, par incapacité à supporter le monde tel qu’il est, que les philosophes auraient forgé cette fiction nommée  » vérité « .

Le monde réel est pour Nietzsche celui des changements perpétuels, des forces qui s’affrontent. C’est aussi celui des instincts et de leurs conflits. La raison ne fait que suivre en croyant commander. En imaginant des vérités immuables, les philosophes ont créés de nouvelles illusions, des artifices. Ces vérités sont des mensonges plaisants, utiles, ingénieux ou méprisables, admirables ou maladroits mais en aucun cas des réalités.

Par conséquent, les prétendues vérités sont mises en cause. Celui qui veut l’égalité de tous serait incapable de dominer. Son désir de justice ne serait qu’un masque pour son ressentiment, sa volonté de se venger de ceux que la nature a mieux dotés. Le châtiment, qui passe pour l’expression de la justice accomplie, est animé par la joie de faire souffrir, la jouissance de regarder des corps tordus par la douleur.

C’est ainsi que contrairement à ce qui était fait avant lui, qu’au lieu de voir des vérités unanimement partagées et des repéres valables pour tous, Nietzsche y discerne l’expression de sentiments particuliers, le résultat d’instincts souvent opposés à ce que les valeurs proclament. En effet pour Nietzsche, la charité se révèle pour lui domination, l’altruisme ressentiment. C’est avec motif que Nietzsche a pu être considéré à côté de Marx et de Freud comme un des maîtres du soupçon. En effet, en dépit de leurs disparités, ils ont introduit un doute majeur pour ce qui se donne pour universel, rationel et vrai. Le sens immédiat ou que l’on donne n’est à leurs yeux qu’une façade où agissent des instincts(Nietzsche), des intérêts (Marx) ou des pulsions (Freud).

LA MORT DE DIEU. 

Il ne faut pas seulement briser le vieux socle de la philosophie ou jeter un regard dubitatif ou sarcastique sur les valeurs morales pour en finir avec la vérité. Il faut aussi mettre en cause la religion et la science, qui sont liées pour Nietzsche, avec l’illusion mise en place par Platon et le « monde des idées ».

Le christianisme est pour Nietzsche l’adversaire principal. A ce sujet, il écrit :  » J’abhorre le Christianisme d’une haine mortelle.  » Il ne met pas en cause l’image du Christ qu’il trouve d’une incontestable grandeur. C’est le christianisme, comme une déformation du message de Jésus, qui lui paraît haïssable.

Le christianisme construit, comme le platonisme, un arrière-monde, un espace céleste et divin séparé de notre confusion terrestre. Ce monde supérieur qui y est créé sert à mieux mépriser le nôtre, à dévaloriser le corps, à tourner le dos à la vie. De plus, les vérités religieuses se donnent comme immuables, mises en place pour l’éternité. Dieu est ici donné comme garant de la vérité à la fois originaire et ultime.

Le plus grand espoir dans la perspective chrétienne est pour Nietzsche un leurre, la plus grande tromperie. Tout le sens de la vie s’en trouve faussé. Nietzsche veut faire comprendre que désormais seul le monde réel va pouvoir apparaître comme divin, débordant de nouvelles possibilités et aventures.

Les athées du siècle des lumières pensaient que l’abandon de la croyance de Dieu allait délivrer l’humanité de sa peur, de la superstition, de la crainte. Au contraire dans  » Ainsi parlait Zarathoustra (1885)  », décrit l’homme qui a tué Dieu comme le plus malheureux des hommes. La perte de Dieu, la plus grande illusion ayant jamais existé s’éprouve comme un terrifiant malheur.

La vérité scientifique est aussi remise en cause par Nietzsche. Bien qu’elle se présente comme objective, contrôlée, toujours exposée à une réfutation expérimentale, elle est une descendante directe de l’illusion platonienne. La science est une sorte de religion qui vénère l’objectivité, l’impersonnalité, les sacrifices des chercheurs, leur abnégation, leur effacement derrière leurs découvertes.

A l’arrière plan de cette humilité montrée, Nietzsche débusque une arrogance des savants, une volonté de monopoliser le domaine de la vérité et d’établir ainsi une domination capable de succéder à celle des prêtres. Ce que nous prenons pour la vérité scientifiquement établie repose aussi sur des croyances, et avant tout sur celle que la vérité est préférable à l’erreur, le savoir à l’ignorance, le réel à l’illusion.

Mais pour Nietzsche, au contraire, il faut faire entendre que nous chérissons les illusions et que nous en avons besoin. Nos erreurs sont plus utiles ou plus fécondes que les prétendues vérités…

UN PHILOSOPHE ARTISTE. 

La fin de la vérité ne signifie en rien celle de la pensée, ni celle de la création. Mais la philosophie de Nietzsche change, s’éloigne de la science et se rapproche de l’art. Les mondes artistiques ne se jugent pas selon des critères de vérité ou de fausseté. Ils constituent des univers distincts, avec des caractéristiques singulières. Le propre d’un artiste est de construire l’avenir, un monde nouveau inconnu avant lui que ce soit dans le domaine musical, pictural ou verbal.

C’est sur le modèle de l’oeuvre d’art que Nietzsche se représente la philosophie. Voir émerger un monde intellectuel inédit, en comprendre les perspectives nouvelles. Comme l’artiste, il puisera dans sa vie c’est à dire dans ses émotions, ses maladies, ses désirs, ses terreurs, ses jouissances qui sont le matériau premier de sa pensée. Pour presque tous les philosophes, la dimension existentielle peut paraître anecdotique ou secondaire : avec lui elle devient centrale.

Pour en finir avec la vérité, il travaille à partir de sa propre existence et il s’éloigne des rôles où le hasard l’avait placé. Nietzsche est resté jusqu’à son adolescence très chrétien et conventionnel. Son combat est avant tout une confrontation avec son identité de jeune homme pieux, respectueux des dogmes chrétiens autant que des conventions sociales.

Dénoncer la vérité comme illusion, c’est pour Nietzsche une manière de se défaire de sa seconde identité, celle de savant. Il a été en effet formé à la philosophie, la science des textes transmis à travers les siècles.

Nietzsche va préférer recréer les Grecs, en forgeant une représentation puissante des conflits qui les traversaient. Dès son premier livre « Naissance de la tragédie (1871-Janvier 1872) « , il rompt avec l’image harmonieuse et équilibrée qu’on se faisait des Grecs, au risque de faire scandale. Il y oppose un pôle apollinien où dominent ordre, mesure, clarté, individuation, raison et un pôle dionysiaque où se conjuguent ivresse, perte de contrôle, désordre, démesure, folie.

Nietzsche lutte encore contre son identité de philosophe. Ce furent des périodes d’errance, d’obstination, de victoire sur la maladie. Sa santé est en effet très fragile. Des migraines oculaires intenses l’empêchent parfois de lire et d’écrire, pendant plusieurs jours. Comme je l’ai dit ci-dessus, malade, il prend sa retraite de l’université à 35 ans… et vit alors avec une très petite pension et il voyage en Europe. Il recherche ainsi la lumière, l’air et le calme. Il écrit alors chef d’oeuvre sur chef d’oeuvre dans une grande solitude et dans l’indifférence de ses contemporains.

La musique joue pour Nietzsche un rôle exceptionnel contrairement aux philosophes qui en général ne s’en soucie pas. Il écrit même que sans la musique la vie serait une erreur. Il est lui-même compositeur, pianiste de qualité. Il n’est pas seulement mélomane. Il accorde aux styles musicaux le privilège d’exprimer des attitudes mentales et culturelles. Il est enthousiasmé par Wagner dont il sera l’ami. Puis il le considérera comme l’incarnation de ce que l’esprit allemand peut produire de pire. Alors il rédige Richard Wagner à Bayreuth (1876). Il ne se sent plus lié avec lui par la philosophie de Schopenhauer. De plus,Wagner s’est révèlé un ami indiscret ce qui conduira Nietzsche à ressentir certains propos comme des offences mortelles (par exemple dire de Nietzsche qu’il a des penchants contre nature). Il abandonne ses idées sur l’Allemagne dans laquelle il ne voit plus que grossièreté et illusions.

Cette incandescence se termine par un effondrement. En janvier 1889, Nietzsche cesse d’être lucide. Il signe certaines de ses lettres Dionysos, veut convoquer à Rome les monarques de l’Europe et sombre dans une sorte d’hébétude dont il ne sortira plus. Il restera ainsi onze années, recueilli par sa mère et sa soeur dans la maison familiale de Weimar. On attribue cet état à une syphilis que Nietzsche aurait contractée dans sa jeunesse…

CONFLIT DE SEXE. 

Pour Nietzsche, l’homme doit assujettir la femme pour assurer et possèder pleinement son identité sexuelle propre en sorte qu’une éducation des instincts et notamment de la sexualité devienne possible et créatrice de la haute culture.

Car si la femme est dans l’esprit de l’homme qui la désire l’être réactif, c’est à dire un être faible et servile qui ne peut s’accoupler que dans la servitude, elle participe indirectement à la culture, en suscitant chez l’homme le plaisir de donner et d’affirmer son désir.

Ainsi Nietzsche rappelle que le rôle de la femme est de mettre des enfants au monde et d’être un divertissement pour les hommes : leur force est précisément dans la faiblesse de leur nature, dans la séduction qu’elles exercent, et qui leur permet à leur tour de donner et de former la sensibilité morale et instinctive masculine.

Nietzsche ne nie pas que certaines femmes peuvent être exceptionnelles. Les femmes d’exception souffrent d’autant plus que les conditions ne leur permettent pas d’assouvir leurs besoins intellectuels et physiques aussi librement que les hommes.

Nietzsche estime que l’émancipation de la femme s’accompagne de son enlaidissement moral et intellectuel : une femme moderne est sotte et sans intérêt parce qu’elle se dépouille de la force de sa faiblesse et tente de s’imprégner des vertus masculines ce qui lui fait perdre toute influence bénéfique sur l’homme.

Homme et femme possèdent l’un et l’autre un pouvoir de domination spécifique qui les opposent et les réunit tour à tour et que l’on ne peut pas égaliser sans affaiblir à la fois l’homme et la femme car on abolirait ainsi la lutte féconde des sexes.

Ce pouvoir des sexes possède sa racine commune dans l’attirance sexuelle, cette forme la plus primitive de la volonté de puissance.

A LA LECTURE DE NIETZSCHE… ATTENTION ! 

Néanmoins on mettra de côté l’erreur tenace qui voit en Nietzsche une des sources de l’idéologie nazie. Il écrit d’ailleurs à sa soeur le 26 décembre 1887 :  » C’est pour moi une question d’honneur que d’observer envers l’antisémitisme une attitude absolument nette et sans équivoque (…) « 

Toutefois si Nietzsche n’est pas nazi, sa pensée peut-être dangereuse. La biologie imaginaire qu’il ne cesse d’élaborer est ambigüe. Pour expliquer  que la religion et la morale condamnent la chair, méprisent le corps et disent non à la vie, il forge l’hypothèse d’une vie malade, déficiente, incapable d’affronter la lutte et finissant par se condamner elle-même.

Il faut aussi être attentif au point de vue à partir duquel il exprime chacun de ses jugements autrement on pourrait penser qu’il se contredit d’une page à l’autre. Par exemple on lit aussi bien des éloges que des condamnations du bouddhisme qui ont des buts différents : les éloges servent à sa lutte contre le christianisme et  les condamnations à sa lutte contre les doctrines qui disent non à la vie et jugent préférable de la fuir.

De plus, il ne faut pas oublier que ce rebelle est aussi un peu provocateur. Mais il faut le considérer comme un accélérateur de pensées. Nietzsche casse et disperse les idées et libère leur énergie. Il adopte en multipliant les points de vue, une marche inverse à celle de Platon. Ce dernier unifiait la pensée, rassemblait la diversité du monde dans la pureté des idées.

DES OEUVRES DE NIETZSCHE. 

Ainsi parlait Zarathoustra (1885) de Nietzsche est son chef d’oeuvre le plus connu mais sans doute aussi le plus difficile de ses livres. Il se présente comme une série de récits qui mettent en scène un prophète des temps à venir et ses rencontres successives avec des figures symboliques. Parmi les termes de ce livre devenus célèbres, le « surhomme » et l’ »Eternel retour » ont suscité des interprétations erronées.

Nietsche ne parle pas de « Surhomme » et n’annonce pas la venue d’une sorte de Superman ou de représentant d’une nouvelle espèce mais simplement un dépassement de l’humain. Le « Surhumain » est une transformation à venir de la vie humaine, qui pourrait devenir à la fois plus sage et plus forte dans la mesure où elle n’est pas figée.

Quant à l’éternel retour, il ne s’agit pas de répétition à l’identique des événements de manière cyclique. Il s’agit de mettre à l’épreuve la volonté : mon désir est-il assez fort pour que je veuille aussi que tout ce qui va s’ensuivre se répète indéfiniment. Pour Nietzsche aimer la vie, c’est aimer qu’elle revienne, à l’infini.

Ce livre demeure incomparable et fascinant, à l’entrecroisement du mythe, de la pensée philosophique et de la poèsie…

- Le Crépuscule des idoles (1888 publié en janvier 1889), est rédigé par Nietzsche à l’automne 1888, quelques mois avant sa maladie. On y trouve la plupart des lignes de force et des thèmes de l’ensemble de son oeuvre. Critique de la religion, de la science, de la philosophie, de recréation des Grecs, inversion de toutes les valeurs, multiplication des points de vue, extrême rapidité des déplacements d’un point de vue à l’autre, acuité du style et des analyses psychologiques se retrouvent ici condensées.

- Ecce homo, (rédigé également à l’automne 1888 et publié en avril 1908), est un texte de génie mais aussi déroutant. En apparence, il ressemble à une autobiographie intellectuelle : Nietzsche y passe en revue ses livres et retrace le cheminement qui conduit de l’un à l’autre. De plus, il tente d’exposer ce qui fait sa singularité absolue comme sujet et comme individu.

 » Je est un autre » dit Rimbaud à peu près à la même époque. Ce qu’affirme Nietzsche est bien plus étonnant encore :  » Je est plusieurs, multiplicité, conflits – à la fois personne et tout le monde.

 

Peu reconnu de son vivant, il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands penseurs ayant exercé l’influence la plus profonde sur la pensée du XXème siècle.

Devenue antisémite ainsi que l’homme qu’elle épouse et rencontrant Hitler, Elisabeth sa soeur transformera certains extraits des textes de son frère afin de soutenir une cause nationaliste et antisémite. La critique historique a établi qu’Elisabeth a procédé à des falsification des oeuvres de jeunesse de Nietzsche, des lettres et des Fragments posthumes (1854-1889) de son frère.

Biographie écrite et publiée par Chantal Flury le 11 décembre 2009.background-2008_039.jpg

JEAN-JACQUES ROUSSEAU.

 Pastel de Maurice Quentin de La Tour, Jean-Jacques Rousseau, en 1753, (alors âgé de 41 ans)

Pastel de Maurice Quentin de la Tour – JJ Rousseau en 1753 à l’âge de 41 ans.

La vie de Rousseau.  

  Jean-Jacques Rousseau est né le 28 Juin 1712 à Genève et est mort à Ermenonville, près de Paris, le 02 Juillet 1778. C’est un écrivain, philosophe et musicien genèvois de langue française. Il est un illustre philosophe du siècle des Lumières. Il est particulièrement célèbre pour ses travaux sur l’homme, la société ainsi que sur l’éducation.

  La mère de Jean Jacques Rousseau, Suzanne Bernard, fille de l’horloger Jacques Bernard (1673-1712) est morte 9 jours après sa naissance. Son père Isaac Rousseau était horloger comme son propre père et son grand-père. Rousseau est élevé par son oncle Samuel Bernard à partir de l’âge de 9 ans. Il est abandonné par son père qui doit quitter Genève et mettre Rousseau en pension alors qu’il n’a que 10 ans. Il passe 2 ans chez le pasteur Lambercier à Bossey (1722-1724). Ensuite son oncle le place comme apprenti chez un greffier, puis en 1725 chez un maître graveur. Rousseau quitte Genève à 16 ans en 1728. Il est envoyé chez la baronne de Warens, catholique. La baronne l’envoie à Turin où il se convertit au catholicisme. Puis il retourne chez elle, près de Chambéry. Elle deviendra sa maîtresse.

  Rousseau demeure toute sa vie du côté des humbles, du peuple. Il exerce les professions de laquais, secrétaire, musicien, précepteur, copiste de musique. Il ne sera jamais riche, ni propriétaire. Il a une exitence à l’inverse de Voltaire qui cherche et trouve la gloire, la fortune et le luxe. Il ne cesse de voyager à pieds. En 1730, il voyage à pieds jusqu’à Neuchatel où il enseigne la musique. Ces longues marches le lient avec la nature, à son goût de la solitude et de la rêverie. En 1732, il revient à Chambery où il travaille aux Services administratifs du duché de Savoie puis comme maître de musique auprès de jeunes filles. En 1734, il devient l’intendant de Mme de Warens. Il écrit pour elle en 1739, son premier livre, le Verger de Madame la baronne de Warens. Jean Jacques Rousseau ne se sent pas bien dans les salons littéraires, ni avec les intellectuels.

  Il est à Paris en 1742-1743. Il se lie alors avec Denis Diderot et Mme Epinay. Après avoir rédigé quelques articles de musique et de science politique pour l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, il se brouille avec les philosophes. En 1745 à Paris, il rencontre Thérèse Levasseur, servante d’auberge. Il a avec elle 5 enfants qu’il confie ensuite aux Enfants Trouvés (Assistance Publique). Il finira par l’épouser le 30 août 1768 à Bourgoin-Jallieu. Il s’est fâché avec Voltaire. Après avoir rejoint l’Angleterre et David Hume en 1765, il rompt avec lui aussi rapidement. Entre 1766 et 1769, il écrit les Confessions dans lesquelles il se justifie de l’abandon de ses enfants.

  Il rentre à Paris en 1770, à la veille de la chute de Choiseul. En 1772, il entame la rédaction des Dialogues de Rousseau juge de Jean-Jacques.

  Les Rêveries d’un promeneur Solitaire sont rédigées les dernières années de sa vie.

  Jean-Jacques Rousseau a donc deux facettes : d’un côté, il est réservé, sensible et fragile et de l’autre il est radical, résolu et intransigeant. Mais c’est aussi un révolutionnaire qui constitue une révolution dans l’histoire de la pensée et dans celle de la littérature. Il bouleverse aussi la philosophie. Pour lui, l’avancée technique a toujours un prix à humainement payer.

Rousseau et Les lumières. 

  Rousseau pense qu’il faut abandonner l’idée chère aux penseurs des Lumières d’une marche parallèle du progrès moral et du progrès des sciences et des techniques. Au contraire plus nous sommes savants moins nous pouvons être sages. Nos savoirs nous rendent plus froids, plus égoïstes voir plus pervers. Avec des savoirs nous sommes plus puissants mais notre âme devient difforme et desséchée. Sa laideur croit en même temps que se développe la face brillante des savoirs et des techniques.

  Rousseau rompt ainsi la pensée que toutes les améliorations nous font évoluer dans un même sens positif. Inutile d’attendre de la science une éducation plus relationnelle et une amélioration de l’humanité, c’est un leurre! De plus, la révolution de Rousseau est plus radicale et plus profonde qu’une opposition à l’évolution de son siècle. Il dit qu’il faut rompre avec l’antique conception héritée de Socrate et de Platon selon laquelle la connaissance accroît la vertu. Un savant n’est pas nécessairement un sage.

  Rousseau ne trouve pas seulement l’homme bon mais il découvre que la société le corrompt. De plus, à la question de qui suis-je Rousseau ne répond pas comme Descartes  » un être qui pense », il affirme « je suis mon coeur ». Donc le sentiment remplace chez lui la réflexion. Il est possible, par le moyen du coeur, la nature. Rousseau est le premier philosophe qui accorde la primauté à l’émotion. Jusqu’à lui, l’affectivité, la sensibilité, les passions étaient jugées inférieures et dangereuses. Pour être un philosophe, il fallait s’en défier et les maîtriser par la raison. La voix de la nature se trouve neutralisée par la raison et Rousseau se révolte. Il ne peut pas supporter l’insensibilité, la froideur, les coeurs éteints. Coeur, sentiment, intuition, voies de la conscience sont utilisés par Rousseau. Ces expressions ne sont pas des synonymes mais elles convergent vers une source unique que nous pouvons nommer sensibilité et qu’il privilègie. Pour lui ce qui est le plus important c’est cette voix intérieure pure. Rousseau juge que ce qui parle en nous est plus décisif que ce que nous lisons. La sagesse de la nature, la voix de la conscience, le divin se lisent à coeur ouvert sans intermédiaire, sans artifices, sans livres. En conséquence, la réflexion et les connaissances ne sont plus des soutiens indispensables pour la philosophie. L’intelligence risque de brouiller ou d’étouffer la voix de la nature. En effet, elle peut instaurer des distances avec notre coeur. Elle peut nous tendre des pièges et nous perdre.

La raison rend insensible. 

  Voyant quelqu’un souffrir nous souffrons aussi si nous ne sommes pas dénaturés. Nous voulons le secourir spontanément sans avoir au préalable réfléchi. Nous ne lui demandons pas les raisons de son malheur. Nous agissons par le mouvement de notre coeur et voulons alléger cette souffrance. Regardons agir les mouvements de solidarité lors des accidents quotidiens ou lors de grandes catastrophes humanitaires!

  Si la raison étouffe ce mouvement originaire que déclenche la pitié, nous sommes profondèment dénaturés. Pour Rousseau, le philosophe est capable de s’endormir lorsqu’on égorge quelqu’un sous sa fenêtre. Rousseau, par rapport à la philosophie antérieure rend la conscience morale indépendante de la raison. Cette conscience ne résulte pas d’un processus logique ni d’un dispositif théorique. Elle nous permet de discerner directement le bien du mal, nous indique immédiatement et spontanément notre devoir sans que nous ayons besoin d’y réfléchir. Cette voix de la nature constitue pour Rousseau ce que Dieu nous dit. Nous le sentons dans notre coeur sans avoir besoin d’y réfléchir de manière logique.

  Cette primauté du coeur est aussi celle de la subjectivité. Je ne trouve pas le devoir, le bien et le mal, la vérité dans un monde idéal et objectif, mais au contraire je les éprouve à l’intérieur de moi, dans mon histoire avec mes sentiments et mes mots. Ce double mouvement conjuguant coeur et subjectivité forment des points cruciaux dans la démarche de Rousseau. Par exemple la critique de l’histoire humaine. Car l’évolution de l’humanité nous éloigne des mouvements de notre coeur. Elle nous entraîne dans des artifices, de la froideur, dans des passions dénaturées et nous rend sourds à la voix de la nature. Cette critique de l’histoire est aussi une critique de la société. Cette société considérée par Rousseau comme abus de l’artifice et des conventions. La solidarité fait place à des rivalités absurdes, la pitié est remplacée par l’égoïsme. La philosophie est critiquée et vécue comme une hypertrophie de la rationalité. Au regard de la pureté de la nature, la culture peut toujours être regardée dans un sens péjoratif.

  La révolution que propose Rousseau c’est de faire renaître la pureté première de la nature dans nos coeurs, dans nos moeurs et dans l’histoire universelle. Car la pureté n’est jamais complètement morte. Elle n’est qu’obscursie, enfouie, déformée et transformée par l’histoire et la société. Elle peut toujours ressurgir. Ce retour de la pureté résurgence de la nature dans la civilisation correspond à un mouvement profond de la vie de Rousseau. Pour Rousseau, il est possible de dissocier son existence intime et le mouvement de sa pensée. 

Une vie solitaire. 

  Dans les confessions, Rousseau a consacré plusieurs volumes à une période restrainte de son existense. Il avoue tout pour se faire aimer. Cet aveu fut un grand facteur d’incompréhension pour son entourage en particulier avec les philosophes de son époque. Sa vie est marquée par des brouilles, par des rencontres et des éloignements.

  Ce qui domine la vie de Rousseau est la solitude choisie ou subie.

  A la fin de sa vie, dans les Confessions (écrites de 1766-1769) et dans l’Emile publié en 1762 (avec Du contrat social), Rousseau est obsédé pour rejoindre cette voix de la nature. En effet, elle persiste pour exister toujours en nous mais si elle est temporairement recouverte par nos lâchetés ou nos indifférences. Il est possible de la rejoindre par l’aveu, l’exposition de soi-même sans faux semblant ni masque ou de la préserver par une éducation différente de l’ordinaire contrainte.

  Ainsi Rousseau se présente avec les traits du romantismes et encore de la modernité : homme seul contre les pouvoirs, homme simple contre les puissants, homme vertueux contre les intrigants, naïf contre les pervers, révolutionnaire contre les despotes. Mais aussi il dérive à plusieurs reprises vers la fin de sa vie dans les parages de la folie…

Critique des Lumières. 

  Rousseau critique Les lumières car l’optimisme des Lumières est à ses yeux excessif et mensonger. Il est aussi un adversaire des sciences et des techniques mais celà ne signifie pas qu’il en condamne tout : Il combat l’idée que ce progrès doit entraîner un progrès humain et moral. Il a la conviction que toute avancée sur un plan se double d’une face sombre.

  Comment s’est mis en place cette dégradation, cet éloignement de la nature, ce départ si éloigné de la vie authentique ? Voilà la question de Rousseau. Il veut comprendre comment nous sommes passés de l’homme nature à l’homme de l’homme. Nous comparerons le sauvage supposé simple et vertueux, proche de la nature originelle, solidaire de ses semblables et le courtisan jugé capable de trahir un ami proche pour obtenir d’un tyran une faveur qui ne dure pas : une spirale de l’histoire qui combine le malheur, la corruption, le despotisme. La voie de la nature se trouve alors presque étouffée sous les artifices de la perversion. Une fois éclaircie l’énigme de la dégradation des moeurs, le problème est de savoir si nous pouvons y remédier et comment. Si la nature en nous n’est pas détruite, il faut faire renaître l’homme de la nature dans la société. L’éducation va devoir réapprendre à écouter la nature, d’éviter de la déformer.

  Ce sera la tâche de l’Emile ou De l’éducation, publié en 1762, qui est condamné par le Parlement de Paris. Les connaissances ne viennent pas à l’enfant du dehors, il les découvre en lui s’il n’est pas entravé ni contraint à autre chose. Pour Rousseau, chez l’enfant l’amour est un instinct de conservation. Chez l’adolescent nait l’amour physique. L’amour de soi devient l’amour propre. L’adolescent a des contacts et de là naissent la jalousie, le mensonge. Il a plus de besoins et se compare aux autres ce qui engendre, la vanité, l’orgueil. L’amour physique est purement sexuel. On choisit un corps. Puis pour ne pas perdre sa bien aimée, il faut rivaliser avec les autres. L’amour moral fait partie lui d’un choix propre à l’individu.

  Sur le plan politique, Du contrat social publié également en 1762, est condamné aussi par le Parlement de Paris. Il propose un modèle de pacte dans lequel chacun est à la fois gouvernant et gouverné, et ne se déssaisit pas de sa liberté. Voltaire l’accuse de vouloir nous faire marcher à quatre pattes. Mais il s’agit d’une idée fausse car Rousseau n’appelle pas à revenir à une situation antérieure de la société, il souhaite faire de la pureté première une pureté de l’avenir. Il ne faut pas revenir à ce qu’il y avait autrefois mais à ce qu’il y a en nous. La nature est dans notre propre coeur. Il s’agit de la retrouver et d’y puiser à nouveau : il y a un retour à l’interieur de soi mais non un retour en arrière. L’Emile et Du contrat social sont interdits en France, au Pays Bas, à Genève et à Berne. 

Trois oeuvres majeures. 

  Comment avons nous perdu la nature et comment pouvons nous la retrouver ? Ces deux questions organisent les trois oeuvres majeures de Rousseau que sont le Discours sur les sciences et les arts, le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes et Du contrat social.

  Le Discours sur les sciences et les arts est le premier texte qui rendit Rousseau célèbre. Il lit le sujet : la question est de savoir  » si le rétablissement des arts a contribué à épurer les moeurs. «  A peine a-t-il lu le sujet proposé par l’Académie de Dijon pour le prix de morale de 1750 qu’il a une vision  » Je vis un autre univers et je vis un autre homme.  » dit-il et il se retrouve dans un état second. Ce Discours est une description de notre éloignement progressif de la nature et une méditation sur l’obscurcissement de notre âme. Ce discours frappe ceux qui vivent en un temps où sont quotidiennement dénoncés les méfaits des machines, les ravages réels ou possibles des sciences.

  Dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes de 1754, Rousseau reprend l’état de nature. Pour Rousseau dans cette situation de  » pure nature » les hommes vivent dépourvus de tout lien social. Ils errent en solitaire dans les forêts, se nourissent de leur cueillette, privés de tout instinct communautaire, dépourvus de langage et de techniques. Rien ne les déstabilise et ne les pousse à se sortir de cet état originaire. Rousseau doit donc imaginer des catastrophes externes : éruptions, inondations, changement climatique. ces hommes vont alors se regrouper et se forcer à vivre ensemble, à se parler, à échanger des biens et des services etc…Ces hommes commencent donc à inventer les techniques, le pouvoir et bientôt la propriété comme le premier des malheurs. Ces changements vont engendrer la détérioration et la corruption. Les humains au fur et à mesure qu’ils progressent, inventent, découvrent, apprennent, deviennent inhumains et violents jusqu’à l’extrème et le despotisme et la tyrannie qui engendre la révolution. La nature s’oppose à la culture. 

   Avec Du contrat social, publié je le rappelle en 1762, Rousseau se charge de forger des concepts essentiels pour analyser la démocratie moderne comme ceux de la volonté génèrale ou de Souverain ( le peuple). Il énonce la solution politique permettant de retrouver la liberté de la nature au sein de la société. Chacun s’engage à renoncer à la force, non pas au profit d’un seul (le Prince) le maître de tous, mais envers tous les membres de la communauté. Chacun est ainsi gouverné et gouvernant et demeure libre. Son influence, avec Du contrat social, trouve sa pleine expression avec la Révolution Française.

  En 1778, le marquis de Girardin lui offre l’hospitalité dans un pavillon de son domaine d’Ermenonville près de Paris. Rousseau y meurt subitement le 02 Juillet 1778.

  Le 11 Octobre 1794, les cendres de Jean-Jacques Rousseau sont transférées d’Ermenonville au Panthéon.

Article écrit et publié par Chantal Flury le 22 Octobre 2009.background-2008_039.jpg

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